A la veille du 49è anniversaire de l'indépendance de la République Démocratique du Congo, il nous parait utile de relancer le débat sur la signification profonde de l'indépendance de ce pays-continent. Le 30 juin 1960 a apporté à ce pays une souveraineté nationale de subordination, une indépendance nominale. Il sied de rappeler que le Congo-Zaïre a servi de proxy stratégique à certaines puissances occidentales dès son accession à l'indépendance, et pendant toute la période de la guerre froide, période caractérisée par de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre deux superpuissances : Les États-Unis d'Ameriques et l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), et leurs respectifs alliés. Ainsi, de Kasa-Vubu à Mobutu Sese Seko, la gestion du Congo-Zaïre n'était jamais l'affaire des leaders du Congo seulement. La Troïka (La Belgique, la France, et les Etats-Unis) a eu une part active et directe dans la direction et l'orientation des décisions politiques, militaires, économiques et sociales qui affectaient le Congo-Zaïre. En 1996, la guerre dite de „ libération « de l'ADFL a ouvert une ère nouvelle au Congo, celle de l' immiscion massive des pays voisins dans la gestion quotidienne du Congo-Zaïre . En effet, le destin du Congo-Zaïre est passé sous la coupe des pays voisins (Rwanda, Ouganda, Angola, Zimbabwe, Burundi, Tanzanie, etc.) avec la bénédiction et/ou l'appui direct ou indirect de la Troïka. Comme l'on peut s'en rendre compte, la RDC est encore loin de jouir de son indépendance. I. La République Démocratique du Congo : Dindon de la farce ! La République Démocratique du Congo a subi 3 guerres d'invasion et d'occupation commanditées par des pays voisins, singulièrement le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda . Il convient de noter que toutes ces guerres du Congo se sont toujours inscrites dans les cycles infernaux de viol, de pillage, de dépeuplement, et de colonisation. Le sol et le sous-sol congolais étant très convoités, ces pays de la région avaient délibérément violé la souveraineté territoriale de la RDC pour des raisons d'hégémonie et de contrôle stratégique de ses ressources naturelles . Le Rwanda, l'Ouganda, et leurs mentors avaient fabriqué des rebellions pour renverser tour à tour les régimes des présidents Mobutu, Laurent Désiré Kabila et Joseph Kabila Kabange. Pour mettre fin aux hostilités et rétablir l'autorité de l'état dans des zones contrôlées par les rebelles, la RDC s'est résigné à signer des accords de paix qui ont hypothéqué sa souveraineté nationale. En 2003, à l'issue du dialogue inter-congolais tenu à Sun City en Afrique du Sud et n'ayant pas gagné la guerre, le gouvernement de la RDC a accepté un partage de pouvoirs. Cela a conduit à la formation d'un gouvernement mammouth d'union nationale avec 4 vice-présidents, un schéma jamais vu au monde, et dicté par l'ancien Président Sud-Africain Thabo Mbeki. Cette stratégie qui consiste à sacrifier les acquis de la souveraineté nationale au nom de la paix aliène l'indépendance de la République Démocratique du Congo . Car après le dialogue inter-congolais, des soldats rebelles des tous les groupes armés ont intégré l'armée nationale. Parmi ces rebelles, il faut noter qu'une grande partie est venue de la branche armée du RCD-Goma qui était composée des soldats rwandais (tutsi en majorité). Cela a fragilisé davantage l'armée nationale (les FARDC) qui ployait déjà sous le poids d'un embargo de l'ONU pour l'achat d'armes. Cette infiltration ne s'est pas seulement opéré au sein de l'armée, elle s'est opéré également dans l'univers politique (où des personnalités tutsi rwandaises ont intégré les institutions politiques du Congo), dans l'univers économique (où la gestion de certaines entreprises clefs du Congo a été confiée à des personnalités venues du Rwanda voisin), dans la sécurité (où des anciens du RCD-Goma contrôlent encore des structures dirigeantes de l'ANR), etc. Cette stratégie vient d'être utilisée encore au mois de janvier dernier. Le gouvernement Rwandais et le gouvernement Congolais ont signé en catimini un accord de paix pour finalement mettre fin à 13 années de guerre. Encore une fois, la RDC a encore été le dindon de la farce. L'accord a ouvert la voie aux troupes rwandaises d'investir l'est de la RDC pour chasser les rebelles du FDLR. Cet accord, bien qu'ayant permis de mettre fin aux aventures meurtrières du rebelle Tutsi Laurent Nkunda, a en même temps permis aux milliers de soldats du CNDP ( qui ont perpétré des viols des femmes, et des massacres à grande échelle) d'intégrer l'armée nationale (en toute impunité). Le CNDP s'est mué en parti politique et se préparerait à intégrer le gouvernement ! Quel gâchis ? Mais la personne qui est à la tête de ce nouveau parti politique (Désiré Kamanzi) est un sujet rwandais bien connu. Des preuves abondent partout pour le démontrer. Le Rwanda a donc su trouver une autre marionnette pour remplacer Laurent Nkunda. Comment les autorités de la RDC peuvent-elles accepter qu'un citoyen rwandais gère un parti politique dans un pays qui n'est pas le sien ? Or, nous savons que l es autorités rwandaises ne peuvent jamais accepter qu'un congolais en fasse au tant au Rwanda ! En clair, le Rwanda a trouvé une autre marionnette pour remplacer le rebelle Laurent Nkunda Mihigo. A propos, ouvrons une petite parenthèse sur le rebelle Laurent Nkunda. En effet, depuis son „ arrestation «, aucune autorité Congolaise ne l'a déjà vu personnellement, ou n'a vu son lieu de détention ! Mais déjà, le Congo s'apprête à ouvrir l'ambassade du Rwanda à Kinshasa. La RDC est déjà ouverte à l'idée de la circulation libre des personnes et de leurs biens entre ce pays et le Rwanda ! Au nom de quel principe ? Apaisement ? Paix ? Bon voisinage ? Alors que Kinshasa est sommé d'extrader les dirigeants hutus du FDLR au Rwanda, Kigali dribble Kinshasa chaque fois qu'il s'agit de retourner les criminels tutsis au Congo. Mutebusi, Nkunda et autres se pavanent au Rwanda comme s'ils n'ont jamais commis des crimes de guerre au Congo. Et dire que le Congo se plie aux injonctions du Rwanda, il y a de quoi se demander ce qui fait plier les autorités congolaises ! II. L'Angola teste la faisabilité d'une annexion d'une partie du Congo Les troupes Angolaises testent à souhait la faisabilité d'une annexion de quelques villes du Bas-Congo sans que ces actes de provocation poussent les autorités congolaises à sceller définitivement cette partie du pays. Doit-on souligner ici l'importance de l'axe Kuzi - Sava Ina - Mbanza-Ngungu ? Cet axe ouvre la porte à la capitale du pays. Pourquoi alors cet axe n'est-il pas défendu vigoureusement ? N'existe-t-il plus une base militaire à Mbanza-Ngungu ? Pourquoi ne déploie-t-on pas ces militaires congolais à la frontière avec l'Angola ? Plutôt que de continuer à supplier l'Angola à retirer ses troupes, pourquoi ne pas aligner des soldats congolais aguerris du côté congolais de la frontière ? Après les aventures des soldats angolais à Kahemba dans le Bandundu, doit-on continuer à douter de mauvaises intentions de l'Angola ? III. Le Rwanda ne lâchera pas le Congo si tôt Le Rwanda n'a pas encore joué sa dernière carte. Ce qu'il n'a pas su obtenir par la force, il cherchera à l'obtenir autrement. Il est important que les dirigeants Congolais sachent que le régime au pouvoir au Rwanda n'est pas prêt à lâcher la RDC. En effet, le Rwanda a ses pions dans toutes les sphères politico-militaro-économiques stratégiques de la RDC. Aussi longtemps que les extrémistes tutsi seront au pouvoir au Rwanda et refuseront de dialoguer avec les opposants hutus vivant à l'étranger, la RDC ne connaitra pas de paix. Le pouvoir rwandais continuera d'utiliser ses pions au Congo pour entretenir l'instabilité dans ce pays au profit du Rwanda. La faiblesse et la fragilisation à dessein de l'armée nationale confortent le Rwanda dans son souci de continuer à avoir une main mise sur les richesses de l'est du Congo. Nkundabatware Mihigo a été savamment instrumentalisé à cette fin par le Rwanda. Quand on observe aujourd'hui l'est du Congo, des avions et véhicules continuent d'assurer le transport des minerais vers le Rwanda et l'Ouganda sans que l'exploitation minière de cette partie du pays bénéficie au gouvernement congolais ou à sa population. La philosophie du nouveau président américain Barack Obama a peut-être fait fléchir le président Paul Kagame qui veut sauver les apparences tout en maintenant un certain contrôle sur le Congo. Le président Barack Obama mène une politique étrangère différente de celle du président George W Bush. Les observateurs avisés ont pu noter que le président Paul Kagame n'a pas été reçu par le nouveau président américain lors de sa récente visite au pays de l'Oncle Sam lorsqu'il est venu recevoir un prix de l'UNICEF. IV. Comment en finir avec les rebellions Le Congo n'a jamais joui de son indépendance depuis 1960. Alors qu'à une certaine époque, la RDC a eu une armée nationale (FAZ) très forte et qui se faisait respecter dans la région des Grands-Lacs et même dans tout le continent africain en dépit de son indiscipline pour assurer la sécurité de la population civile, la nouvelle armée nationale Congolaise (FARDC) issue des tractations politiques avec les rebelles fait encore piètre figure. Elle est hétéroclite, infiltrée, impayée, démotivée, incapable de mettre fin aux velléités des miliciens (CNDP, FDLR, PARECO, LRA, Maï-Maï). Il faut reformer et réorganiser cette armée, la rendre plus professionnelle et la débarrasser des infiltrés et des traitres. Nous avons déjà proposé une approche génétique pour débarrasser cette armée de certains auteurs des crimes sexuels. L'histoire récente vient de nous montrer qu'il y a une bonne façon de mettre fin à des guerres récurrentes. Il faut mobiliser des moyens conséquents pour déstabiliser les mouvements rebelles et anéantir les responsables de ces mouvements. Les exemples nous viennent de l'Angola, du Tchad, et du Sri Lanka. L'exemple du Sri Lanka est particulièrement très intéressant pour le Congo. V . Le Congo doit s'inspirer de l'exemple du Sri Lanka Le 18 mai 2009, le président du Sri Lanka, Mahinda Rajapakse, a annoncé la victoire des forces gouvernementales face à la rébellion sécessionniste „ L'organisation séparatiste des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) « dirigée par un personnage radical et insaisissable, le rebelle Vellupillai Prabhakaran. En effet, Les Tigres tamouls luttaient depuis 1983 pour l'obtention d'un "Eelam" ou un territoire autonome et indépendant pour l'ethnie minoritaire Tamoule qui se sentait marginalisée par la majorité cinghalaise au Sri Lanka . Après l'échec des accords signés entre le pouvoir et les rebelles en 2002, le nouveau président du Sri Lanka est venu au pouvoir avec la détermination de mettre fin à la rébellion. Il a mis le paquet pour que cet objectif soit atteint. En dépit du soutien dont ont bénéficié les rebelles, la détermination du gouvernement n'a eu d'égal que le succès de son action et de sa stratégie pour restaurer l'autorité de l'état dans la partie que contrôlait le groupe rebelle. Et cela fut fait. Le leader rebelle et ceux qui le soutenaient étaient tués. En somme, la discipline de l'armée Sri-lankaise et les moyens mis à sa disposition ont aidé à remettre de l'ordre dans ce pays. Au Congo, les anciens leaders de la rébellion se promènent dans la capitale avec des milices privées. En l'absence d'un tribunal national ou international sur le Congo ou d'une commission vérité et réconciliation ou encore d'une commission „ Justice, Vérité et Réconciliation « comme le souhaite notre compatriote Jean-Pierre Mbelu, ils n'osent demander pardon à la population et continuent même à narguer cette même population avec des menaces à peine voilés de soutien aux mouvements rebelles. On a l'impression que des gens qui ont commis des crimes au Congo sont aujourd'hui protégés par Kinshasa et par Kigali. Si Bemba doit être jugé à la Cour Pénale Internationale (CPI), pourquoi d'autres acteurs ( tels que Azarias Ruberwa, Laurent Nkunda, Emile Ilunga, Adolphe Onosumba, Roger Lumbala, John Numbi, Bosco Ntaganda, Amissi Tango Fort, etc.) impliqués dans la planification et l'exécution de crimes commis à l'est du pays et même à l'ouest du pays doivent-ils échapper à la justice ? VI . Pour une Indépendance Réelle de la République Démocratique du Congo Quarante-neuf ans après l'indépendance de la République Démocratique du Congo, il y a de quoi se demander pourquoi ce pays semble toujours être téléguidé de l'extérieur. A ce jour, la RDC n'est pas un modèle de développement, de démocratie, de justice sociale, ou de progrès social, en dépit de sa position géostratégique au cœur de l'Afrique et de nombreuses ressources (humaines et naturelles) qu'elle regorge. Outre les ingérences extérieures qui freinent le développement de la RDC, il y a à priori une myopie cruelle dans la gestion et l'exploitation stratégiques des ressources naturelles des leaders qui ont géré ce pays depuis 49 ans. Rien n'empêche à la RDC aujourd'hui d'être réellement indépendante. Tout doit partir d'une volonté politique de s'autogérer, de protéger sa population et ses frontières, et de sortir du carcan du sous-développement. A cette fin utile, il faut commencer par déployer de moyens robustes pour construire une armée forte et dissuasive (bien équipée et bien motivée), un système éducatif efficace (pas avec un budget de moins de 2&percnt du budget national comme c'est le cas aujourd'hui), et une économie forte avec des infrastructures routières, ferroviaires, immobilières, scolaires, touristiques, industrielles, hospitalières, techniques… adéquates. Les moyens ne font pas défaut. Il suffit d'exploiter et de gérer correctement les ressources naturelles et humaines du pays. Il suffit de sanctionner sérieusement la corruption et de briser le cycle infernal d'impunité. Il suffit de faire preuve de patriotisme. Imaginons la peine qu'éprouveraient les victimes de la guerre de voir défiler leurs bourreaux d'hier (anciens rebelles du CNDP) devant les membres du gouvernement à Goma, capitale du Nord-Kivu lors des festivités du 49ème anniversaire de l'indépendance du pays demain 30 juin 2009 ! Comment peut-on comprendre que des rebelles des FDLR continuent à contrôler des sites miniers à l'est du pays ? A quand la vraie décentralisation du pays ? Pourquoi le pouvoir central peine-t-il à ce jour à remettre aux provinces leur part des revenues (40&percnt) pourtant prescrite dans la constitution ? Il faut absolument créer les conditions d'une stabilité politique, économique et sociale. Les autorités congolaises doivent comprendre qu'elles ne doivent pas continuer à récompenser les rebelles. Chaque fois qu'il le fait, il encourage d'autres délinquants à suivre le même chemin. La preuve en est qu'il y a déjà d'autres groupes à l'est du pays qui viennent de voir le jour et qui veulent tuer un nombre important de congolais dans l'espoir d'être intégré dans les institutions du pays. Le mauvais précédent créé au Congo suscite des émules. La meilleure façon de mettre fin à la traîtrise et au cycle infernal de rebellions est d'étendre l'autorité de l'état sur l'ensemble du territoire national. Il faut également améliorer les conditions de vie de la population. Le Congo sera réellement indépendant si l'indépendance apporte aux citoyens de ce pays une meilleure qualité de vie quotidienne. L'indépendance signifie que le pays est maître de son destin. L'indépendance n'est pas un concept creux. Elle se vit au quotidien. Elle est synonyme de justice sociale, de liberté, de démocratie, de développement... La RDC sera réellement indépendante quand elle sera capable de domestiquer, de maîtriser et de transformer son espace physique, ses ressources naturelles, son système éducatif, les nouvelles technologies, et la langue de la démocratie et du développement. Qui plus est, la RDC a besoin d'une nouvelle classe politique („ The Beautiful Ones Are Not Yet Born « comme Ayi Kwei Armah intitulait son livre) et d'une classe d'élite plus responsable et créatrice d'emploi. La population congolaise dans son ensemble est donc appelée à consentir des sacrifices pour une indépendance réelle, et non nominale, de la République Démocratique du Congo. L'indépendance est à ce prix.