08 février 2010
Les «hallucinations» de l’eurodéputé Louis Michel
Les «hallucinations» de l’eurodéputé Louis Michel
L’eurodéputé belge Louis Michel. Photo C.I.C
Reçu mardi 2 février, à Kinshasa, par Joseph Kabila, l’eurodéputé libéral francophone belge Louis Michel assure avoir constaté un certain changement. Une manière de faire oublier les critiques articulées le 16 décembre dernier, au Parlement européen à Strasbourg, par le commissaire européen libéral flamand Karel De Gucht selon lesquelles la RD Congo serait devenue un «énorme gâchis». Applaudis par les «kabilistes», Louis Michel - qui est également co-président de l’Assemblée paritaire ACP-UE – n’a pas manqué d’exaspérer une certaine opinion congolaise déçue par l’incapacité des gouvernants en place à répondre aux attentes les plus basiques de la population (sécurité des personnes et des biens, approvisionnement en eau et en électricité, nourriture, soins de santé, éducation etc.). Des milieux congolais suspectent des personnalités politiques et médiatiques francophones belges d’être impliqués dans un «complot international» dont le but se résume au maintien de Joseph Kabila au pouvoir.
Quel était le but de la visite que vient d’effectuer l’eurodéputé Louis Michel au Congo ? Etait-ce un voyage d’agrément à l’occasion du 9ème anniversaire de l’accession de Joseph Kabila à la tête de l’Etat ou un déplacement dans le cadre de ses nouvelles fonctions de co-président de l’Assemblée paritaire ACP-UE ? Etait-il allé «consoler» son ancien «protégé»? Au regard des déclarations faites par l’intéressé, il apparaît que l’ancien chef de la diplomatie belge s’est rendu à Kinshasa pour «panser les plaies» infligées au «raïs» par les déclarations décapantes faites par le commissaire Karel De Gucht lors du débat du 16 décembre dernier au Parlement européen. «Karel» regrettait de ne pas trouver des «interlocuteurs appropriés» dans ce Congo qui est devenu, selon lui, un «énorme gâchis». Rappelons que l’eurodéputé Louis Michel avait choisi de hurler avec les loups dans son intervention ce 16 décembre. Il relevait notamment que «les carences du système judiciaire congolais créent un sentiment généralisé d’impunité» avant de souligner que «ce qui reste à reconstruire au Congo, c’est un Etat de droit avec de véritables fonctions régaliennes qui, aujourd’hui, sont totalement inexistantes et donc créent un vide extrêmement grave.»
Fourberie
A Kinshasa, c’est un tout autre homme qui est apparu. Un Louis Michel mielleux, frisant la fourberie. L’homme use et abuse des paraboles. Sans convaincre. Preuve, si besoin en était qu’il n’a pas d’éléments matériels pour démontrer les fondements de ses éloges. «Le malade était gravement malade. Mais le malade sort petit à petit de sa convalescence et retrouve les couleurs», a-t-il déclaré à l’issue de ses entretiens avec le «raïs». De qui, de quoi parle-t-il ? Michel poursuit son monologue en se disant persuadé que la RD Congo dispose des atouts indiscutables pour que la machine se remette à «fonctionner». L’eurodéputé d’ajouter : «Chaque fois que je viens ici je trouve des éléments nouveaux». Lesquels ? On peut imaginer qu’il fait allusion aux travaux de réfection de quelques altères de la capitale – à ne point finir - autant qu’au «boom immobilier» perceptible à travers la ville. Michel s’est dit «impressionné» par la volonté de Kabila à «accélérer le processus». Qu’en est-il de la qualité de vie de la population? Pas un mot.
Michel a fait l’éloge du Parlement de la RD Congo. «Je trouve dans ce Parlement un véritable esprit de débats, de contrôle démocratique, a-t-il estimé. Je vais suffisamment dans des pays en développement pour vous dire et vous témoigner qu’on ne voit pas cela partout». Le parlementaire européen feint d’ignorer que la présidence de l’Assemblée nationale a été décapitée par le président de la République. On peut gager que l’homme n’a pas évoqué les sujets qui fâchent avec le "raïs". C’est le cas des députés provinciaux qui ont passé à tabac à Lubumbashi par des membres de la «Jeunesse» du parti du président de l’assemblée provinciale du Katanga.
Tiraillement
Notons que le commissaire européen Karel De Gucht était, dimanche 31 janvier, l’invité du journaliste Pascal Vrebos de la télévision commerciale RTL-Tvi. L’homme n’a pas voulu remuer le couteau dans la plaie en commentant les récentes critiques qu’il a formulées à l’encontre du tout nouveau ministre belge des Affaires étrangères, le CD&V Steven Vanackere, qui a été photographié entrain de trinquer avec Kabila. N’aime-t-il pas le Congo parce qu’on y parle français ?, demande le journaliste. «J’aime beaucoup le Congo, répond De Gucht. J’ai beaucoup visité ce pays. Je suis peiné de voir le Congo dans sa situation actuelle.»
Depuis le début des années 90, les hommes politiques flamands et francophones belges semblent s’affronter au sujet de l’attitude à adopter vis-à-vis du Congo-Zaïre. Si un certain unanimisme était perceptible sous le régime Mobutu, cette unité de vue est partie en éclat depuis l’arrivée des Kabila au pouvoir. Le monde politique flamand est resté globalement «très critique» sur le processus démocratique, la gouvernance et les droits et libertés. Les milieux francophones paraissent plus accommodants. On entend des formules du genre «il faut donner le temps au temps.»
On peut comprendre que certains citoyens congolais suspectent des personnalités politiques et médiatiques francophones de faire partie d’une «vaste conspiration internationale» dont le but est de maintenir Joseph Kabila au pouvoir pour conforter certains intérêts étrangers. Et ce, en dépit de son bilan «globalement négatif» au plan sécuritaire, économique et social. Les partisans de cette thèse épinglent quelques faits. Dans un article publié dans son édition daté 20 janvier 2001, le quotidien bruxellois annonçait que Joseph Kabila, désigné pour succéder au «Mzee», «est à moitié tutsi», par sa mère. Cette information a fait le tour du monde. Une semaine après, soit le 26 janvier, «Le Soir» s’est rétracté en soutenant cette fois que la mère de «Joseph» «est bien Congolaise». Son nom : Safi (Sic !) Manya. Depuis l’arrivée de Joseph au pouvoir les articles revêtus de la signature de la journaliste Colette Braeckman ressemblent de plus en plus à de «papiers de propagande». C’est le cas notamment d’un commentaire intitulé : «Botika Mwana». En lingala dans le texte. Traduction littérale : Foutez la paix au gamin ! Un étrange revirement éditorial de la part d’un organe de presse qui avait fait mine un moment de «se battre» pour la promotion des valeurs démocratiques et du respect des droits de l’homme au Congo-Zaïre.
Hallucinations
En octobre 2004, Karel De Gucht, tout nouveau ministre des Affaires étrangères, entame sa première tournée africaine. A l’étape de Kigali, il lâche : «Je n’ai pas rencontré des hommes d’Etat au Congo». De Gucht aurait été surpris par le peu de souci que les dirigeants congolais – le chef de l’Etat en tête - accordaient aux questions d’intérêt général. Le libéral francophone Armand de Decker, alors ministre de la Coopération au développement réagit vivement : «Cette prise de position est de nature à affaiblir le président Joseph Kabila et à renforcer les mobutistes qui risquent de revenir au pouvoir.» Au lendemain des affrontements entre les soldats attachés à la sécurité de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba et les hommes de la garde prétorienne de Kabila en mars 2007, De Decker est interrogé au journal télévisé de RTL-Tvi à 13 heures. Sans attendre les conclusions de l’enquête ouverte par la Monuc, il désigne le coupable et les innocents: «J’espère que Jean-Pierre Bemba est conscient de la responsabilité politique très, très grande qu’il porte». Il ajoute : «Nous sommes dans une situation où, après des élections transparentes, un gouvernement légitime est en place. Et le perdant ne veut pas accepter sa défaite. Aussi, lance-t-il ses hommes dans la ville pour déstabiliser le régime». «Jean-Pierre Bemba doit comprendre qu’il ne peut pas prendre la reconstruction du Congo en otage pour ses intérêts personnels. Maintenant le président Kabila et le Premier ministre Gizenga peuvent poursuivre leur travail avec une détermination plus grande», conclut-il. Rappelons que lors d’un voyage à Kinshasa, De Decker avait trouvé des mots pour justifier le massacre des adeptes de Bundu dia Kongo par des policiers, qualifiés de "membres d’un mouvement insurrectionnel". On devrait parler d’aveuglement.
Inutile de rappeler les interventions partisanes du commissaire européen Louis Michel sur la même chaîne au cours desquelles il a présenté l’actuel président congolais comme étant «l’espoir pour le Congo» ou encore «L’homme de la situation.»
Tous ces compliments laissent sceptiques les premiers intéressés en l’occurrence les Congolais. La grande majorité des Congolais attendent depuis neuf ans les premiers signes du changement dans sa vie quotidienne. A Kinshasa, Louis Michel n’a rien vu. Il a été victime de ses hallucinations.
Madeleine Wassembinya/B.A.W
01 février 2010
Il y a 50 ans: La fin du Congo belge et le début du néo-colonialisme

Suite aux révoltes qui éclatèrent en 1959 dans la colonie belge du Congo, la conférence, dite de « la Table Ronde », entre les grands partis belges et les tout nouveaux partis congolais débutait en janvier 1960 à Bruxelles. Cette conférence allait déboucher sur la promesse d’octroyer l’indépendance du Congo pour juin 1960 mais en coulisse le gouvernement et la bourgeoisie belge préparaient la poursuite du pillage des riches ressources congolaises.
Pour comprendre les enjeux de cette conférence, il faut se replacer dans le contexte de l’effondrement du système colonial après 1945. Le choc de la Deuxième Guerre mondiale avait renforcé les contradictions des sociétés coloniales à travers le monde. La guerre avait généré des famines. Elle avait aussi transformé des millions d’hommes colonisés en soldats qui avaient été plongés dans les combats les plus meurtriers et qui ne voulaient plus être traités comme des esclaves. L’explosion anticolonialiste débuta directement à la fin de la guerre avec les révoltes dans l’empire français en Indochine (actuels Vietnam, Laos et Cambodge), à Sétif en Algérie, à Madagascar ainsi que dans l’empire britannique des Indes. Le retrait britannique de l’Inde, la défaite de l’armée française par les combattants anti-impérialistes indochinois en 1954 et le début de la guerre d’Algérie montraient aux grandes puissances impérialistes européennes qu’il serait de plus en plus difficile de garder les colonies comme telles.
Pourtant, le gouvernement belge ne voulu rien savoir. Dès 1946, le gouverneur général belge qui dirigeait le Congo avait pourtant constaté que rien ne serait plus comme avant la guerre et qu’il faudrait changer de système. Mais les gouvernements belges comme la puissante Société Générale de Belgique, la plus grande multinationale belge qui contrôlait les ressources minières du Congo, ne voulait pas lâcher la poule aux œufs d’or. Les colons blancs ne voulaient pas renoncer à leurs privilèges face aux indigènes qu’ils traitaient comme des domestiques et qu’ils exploitaient dans des conditions similaires à celle de l’Europe du 19ème siècle, voire du Moyen Age.
Les filiales des multinationales belges opérant au Congo étaient capables de générer du profit deux fois plus vite que les entreprises opérant en Belgique. La Société Générale et le gouvernement belge pillèrent l’uranium du Congo pour aider le développement de l’armement nucléaire américain et pour développer l’industrie nucléaire belge dans les années 1950 (Electrabel sera une filiale de la Société Générale). A la fin des années 50, l’indépendance du Congo n’était pas à l’ordre du jour de la bourgeoisie belge et de son gouvernement. Ainsi, un rapport officiel belge de 1958 prévoyait que le Congo pourrait éventuellement devenir indépendant dans les années 1980 !
Si la colonie rapportait beaucoup, elle n’avait pratiquement rien coûté aux dirigeants belges. Les infrastructures restaient très peu développées, hormis ce qui était nécessaire à la production et au transport des matières premières pillées par les entreprises belges. Elles avaient été construites par le travail forcé des peuples indigènes du Congo dont l’exploitation brutale de la fin du 19ème siècle s’était traduite par des millions de victimes. Les systèmes, plus que rudimentaires, de santé et d’éducation des congolais étaient principalement organisés par des religieux. En 1959, il n’y avait que quelques dizaines de congolais qui avaient eu accès à l’enseignement supérieur. La modernisation de la colonie s’était donc limitée à ce qui était indispensable au pillage des ressources naturelles du Congo.
Pendant cinquante ans les colonisateurs belges ,« civilisateurs », s’appuyèrent sur les chefs de tribus traditionnels pour diriger la colonie plus facilement et à moindre coût. Cela renforça des logiques tribales qui divisèrent les différentes ethnies congolaises pendant des décennies, qui bloquèrent l’émancipation des femmes et la diffusion des idées progressistes. Il fallait maintenir les colonisés dans l’ignorance et le conservatisme pour éviter des révoltes généralisées contre l’oppresseur colonial.
Le gouvernement colonisateur belge avait tout fait pour limiter l’émergence d’une conscience politique au sein des masses congolaises. Pourtant, l’explosion eut lieu en 1959. Le gouvernement belge se rendit à l’évidence, les populations congolaises ne se laisseraient plus faire comme jadis alors que tant d’autres peuples luttaient pour leur indépendance, y compris par la voie armée. En pleine guerre d’Algérie, le gouvernement belge ne pouvait que constater l’échec de l’armée française empêtrée dans ses guerres coloniales sanglantes, coûteuses et de plus en plus impopulaires en France elle-même. Le Congo ne pouvait pas devenir une autre Algérie.
En janvier-février 1960, le gouvernement belge organisa alors une conférence, dite de « la Table Ronde », à laquelle il invita les grands partis belges (sauf le Parti communiste) et les partis congolais qui venaient de se former. Quelques mois auparavant, le gouvernement belge envisageait encore de garder pendant des dizaines d’années un contrôle belge au Congo sur les affaires étrangères, la défense, l’économie, les transports et communications, la monnaie. Mais face à l’opposition des congolais indépendantistes et la peur d’une révolte générale, il fut convenu de donner l’indépendance au Congo pour juin 1960 ! Les grands partis belges (chrétiens, libéraux et socialistes) prétendirent ainsi « remettre toutes les clefs » du Congo aux Congolais.
Rien n’était plus faux. Le gouvernement belge, la Société Générale et les autres capitalistes belges ayant des intérêts au Congo continuèrent d’intervenir pour garder le contrôle des richesses minières congolaises. Ils décidèrent de créer une guerre civile qui allait déboucha sur la mise en place la dictature sanglante de Mobutu qui soumettra le Congo aux puissances occidentales pendant plus de trente ans !
Après la conférence, dite de « la Table Ronde, le gouvernement belge continua de contrôler l’appareil d’Etat colonial, certains partis congolais et la formation des cadres de l’armée, notamment du premier futur chef d’Etat major, un jeune sergent du nom de Mobutu. Malgré cela, les premières élections virent le succès de Patrice Lumumba, un ancien commis postier et petit employé d’une brasserie qui était devenu militant anticolonialiste. Lumumba voulait bâtir un Congo indépendant, moderne, capable de dépasser les clivages ethniques. Il devint alors le premier ministre du Congo indépendant au grand dam de la bourgeoisie belge qui ne le trouvait pas assez docile. La bourgeoisie belge le présenta comme communiste pro soviétique (ce qu’il n’était pas). Ainsi le grand journal catholique la Libre Belgique n’hésitait pas à la caricaturer avec des cornes de diable et à publier un éditorial qui regrettait que l’armée belge ne l’élimine pas simplement « d’un geste viril »!
Pour casser Lumumba, le gouvernement belge et la Société Générale organisèrent la guerre de sécession de la province du Katanga, la plus riche en ressources minières, dix jours seulement après la proclamation de l’indépendance. Le Congo fut alors plongé dans une sanglante guerre civile. Mais le gouvernement américain s’opposa à l’intervention directe belge car il craignait qu’une démarche aussi grossièrement colonialiste ne renforce le camp anti-impérialiste à travers toute l’Afrique. Le choix des services secrets américains et belges se porta alors sur le servile Mobutu et ils décidèrent d’assassiner Lumumba. Sous le couvert d’une intervention de l’ONU, les gouvernements des Etats-Unis et la Belgique aidèrent Mobutu à prendre le pouvoir organisant un coup d’Etat militaire.
Mobutu devint le dictateur à vie qui allait laisser les multinationales belges, américaines et françaises piller son pays tout en s’enrichissant de manière scandaleuse. Pendant des décennies, Mobutu prit 15 à 18% du budget de l’Etat pour sa présidence, soit environ 100 millions de dollars par an ! A ceux qui osaient le contester, les bourreaux de Mobutu n’hésitaient pas à torturer, à violer et assassiner par milliers les opposants. Cela n’empêcha pas la Belgique de continuer à former des officiers de l’armée du dictateur, pendant que le roi Baudouin et la reine Fabiola devenaient les parrains des enfants de Mobutu !
La corruption, la répression et le pillage systématique du pays par Mobutu et sa clique ainsi que par les grandes entreprises étrangères finirent par provoquer l’effondrement progressif de l’Etat au cours des années 1980-1990. En 1997, le gouvernement de Mobutu fut chassé par les armées voisines du Rwanda et de l’Ouganda et son régime s’effondra. Le pays se retrouva alors plongé dans une guerre sanglante pendant plus de dix ans dans laquelle se sont affrontés des bandes armées des seigneurs de guerre congolais ou étrangers, soutenues par les grandes puissances occidentales comme la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.
Mais les matières premières ont continué d’être pillées pour le profit des firmes multinationales. En 2007, les Nations-Unies estimaient que, depuis 1997, entre 5 et 10 milliards de dollars de matières premières avaient été pillées pour être revendues sur les marchés internationaux par les divers seigneurs de guerre opérant au Congo. La guerre au Congo a déjà tué plus de trois millions de personnes. Des centaines de milliers de femmes ont été violées et mutilées par des soldats. Ces massacres en ont fait le conflit le plus sanglant dans le monde depuis la deuxième guerre mondiale et le gouvernement actuel n’a aucune marge de manœuvre face aux grandes puissances occidentales et aux entreprises étrangères qui continuent de piller le pays.
Il y a 50 ans se terminait officiellement la colonisation belge au Congo. Mais aussitôt les puissances impérialistes occidentales, en premier lieu la Belgique, les Etats-Unis et la France, mirent en place un système de contrôle indirect qui devait assurer la poursuite du pillage des ressources du nouvel Etat pseudo indépendant. La dictature brutale de Mobutu allait dégénérer au point de mener à une des plus sanglantes guerres de l’histoire de l’humanité. Voilà le triste bilan de la colonisation capitaliste belge au Congo et du système néocolonial mis en place dans les années 1960.
Deux bilans de la colonisation belge au Congo
Lors de la cérémonie de passation de pouvoir pour l’indépendance qui se déroula le 30 juin 1960 à Léopoldville (actuelle Kinshasa), le Roi Baudouin, paré de sa tenue d’apparat militaire coloniale blanche, présenta la version officielle de l’histoire du Congo belge :
« L'indépendance du Congo constitue l'aboutissement de l'œuvre conçue par le génie (sic) du roi Léopold II. Pendant 80 ans, la Belgique a envoyé sur votre sol les meilleurs de ses fils, d'abord pour délivrer le bassin du Congo de l'odieux trafic esclavagiste; ensuite pour rapprocher les unes des autres les ethnies, jadis ennemies. Lorsque Léopold II a entrepris la grande œuvre qui trouve aujourd'hui son couronnement, il ne s'est pas présenté à vous en conquérant mais en civilisateur (…)
29 janvier 2010
Pourquoi le Kivu n'a pas été définitivement été rattaché au Rwanda
L’hypothèse du Docteur Strizek sur le choix de Museveni et Kagame par les USA
Résumé de sa conférence tenue à Mönchengladbach (lu et corrigé par lui-même) le 16/01/2010
Le choix de Museveni et de Kagame à partir d'octobre 1993 par l'administration Clinton fut dicté par le souci de s’attaquer au terrorisme à partir du Soudan après le coup d’Etat d’Omar El-Béchir en 1989.
Initialement, après la fin de la guerre froide au cours de laquelle Mobutu a joué un rôle important en faveur des intérêts occidentaux l'administration de Bush père en conformité avec Mitterrand voulaient se débarrasser des alliées désormais gênants. Le ministre des affaires étrangères américain James Baker a rendu visite à Mobutu le 24 mars 1990 à Kinshasa pour le remercier confidentiellement des services rendus mais qui ne seraient plus nécessaires. Il fallait, comme alliés, des régimes plus démocratiques. Mobutu a compris et démissionné comme Président du parti d'état un mois plus tard. Mitterrand préférait une action plus spectaculaire avec son discours lors du Sommet Franco-africain à la Baule en juin 1990. La pression de démocratiser a produit des conférences nationales et tables rondes dans beaucoup de pays. Puisque les exilés Tutsi en Ouganda n'avaient pas de chance de gagner des élections, ils ont entrepris une invasion à partir de l'Ouganda le 1er octobre 1990. Au début les Américains n'ont pas soutenu la victoire complète du FPR. Ils ont longtemps opté pour un partage de pourvoir et de décharger Museveni des ces exilés devenus encombrants. Mais après la débâcle de Mogadiscio le 3 octobre 1993, Clinton a décidé de retirer tous les soldats Américains de l'Afrique considérée sans importance économique et politique. Cette décision a provoqué une réaction de la part des milieux politiques et militaires Américains que avaient en vue les intérêts sécuritaires que le Soudan représente dans la stratégie américaines au Proche orient. Les USA avaient donc besoin de gens capables de se battre contre Omar El-Béchir, le cas échéant. Museveni accepte le marché et sollicite que ses alliés Américains l’aident à se décharger des problèmes liés à la présence des Tutsi Rwandais en Ouganda et de « le libérer » des exigences démocratiques dans son propre pays (et au Congo). Pourquoi ?
Pour les USA, l'Ouganda représentait un rempart contre le Soudan et il fallait accepter ses conditions. Concernant le Rwanda, il fallait laisser tomber les Accords d'Arusha et permettre au FPR de prendre le pouvoir à Kigali même au prix de l'assassinat du Président Habyarimana (s'il n'était pas prêt à démissionner) et établir un régime pro-américain qui ferait la liaison entre l'Ouganda et la province Orientale pour approvisionner les rebelles du Soudan du sud, ce que Mobutu a toujours permis. Mobutu aussi fut "libéré" de la pression démocratique exercée par Tshisekedi. Tout d'un coup Mobutu apparaît de nouveau sur la scène internationale parce qu'il était prêt à recevoir les réfugiés Hutu prévisibles pendant la conquête du pouvoir par le FPR. Mais quand on a appris la gravité de sa maladie en 1996 il fallait le remplacer et éviter l'arrivée au pouvoir du nationaliste Tshisekedi peu susceptible de jouer le jeu anti-Khartoum. Museveni dénichera Laurent-Désiré Kabila et en fera son allié (avec Kagame) pour poursuivre les Hutu réfugiés au Congo et les exterminer. Cette extermination des Hutu (et autres réfugiés Tutsi) fut justifié par la "menace génocidaire" que les réfugiés Hutu représentaient pour la dictature de Kagame qui fut justifié par la thèse de l’arrêt du génocide initié par les Hutu. La guerre du Congo était donc présentée au monde comme une mesure pour enlever cette menace et consolider la dictature (dite anti-génocidaire) de Kagame.
L’avancée de Kagame sur le sol congolais répondait aussi à un vieux rêve : s’aliéner les deux Kivus, terres toujours enviées par ses aïeux. La guerre de l’AFDL aurait pu prendre fin après la chute de deux Kivus si les Américains n'avaient pas voulu mettre en place Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa. Ses alliés l’aideront à assouvir son ambition jusqu’au jour où il décidera de se débarrasser d’eux. Face au refus de ses alliés FPR de retourner chez eux, une guerre éclatera (le 02/08/1998) et les Américains viendront à leur secours pour éviter le pire.
Après la mort de Laurent-Désiré Kabila, Kagame obtiendra de ses alliés Américains et Européens - l’intervention de l’Eufor au Congo est à situer dans ce contexte - que le Congo soit dirigé pour « un jeune Rwandais inoffensif » en la personne de « Joseph Kabila ». Ceci permettrait au Rwanda de faire main basse sur les richesses du Congo et d’être sûr que le danger pour la lutte contre son pouvoir dictatorial ne viendrait pas de la RD Congo.
L'administration Bush junior était prête à accepter ce "marché passé" mais refusait d'honorer la promesse de Madeleine Albright de céder les Kivu au Rwanda. Lors de la visite de Kagame et de Joseph Kabila à Washington fin janvier 2001 le nouveau ministre des affaires étrangères américain Colin Powell leur a signifié que les frontières du Congo ne devaient souffrir d’aucune modification. Quand Kagame et Nkunda voulaient mettre en cause cette détermination vers la fin de l'administration Bush, la ministre des Affaire étrangères Condoleezza Rice leur a donné une leçon. En décembre 2008, ils ont dû arrêter l'avancée de leurs soldats juste avant de prendre Goma. Mme Rice a seulement fait savoir qu'elle avait téléphoné à Kagame!
Le Docteur Strizek est revenu sur la question des frontières pour souligner le fait que Mme Clinton n'a pas visité le Rwanda lors de son périple africain. Mme Clinton avait au contraire insisté avant d`être prête à rencontrer Joseph Kabila à Goma que Kagame rencontre Joseph Kabila à Goma. Cela a été un signal fort : c’était une façon de lui dire que les frontières du Congo sont intangibles. Elle a même rédigé un article dans lequel elle reconnaît que les guerres au Congo ont fait plus de 5.000.000 de victimes. Strizek a pourtant émis de doutes pour savoir s'il s'agit déjà d'un changement définitif de la politique américaine en faveur le la paix dans la Région des Grands Lacs africains. On ne connaît pas encore l'analyse que fait le Pentagone des intérêts militaires dans la Région. Mais il n'est pas exclu qu'ils arrivent à la conclusion que la dictature de Kagame cause plus de problèmes que d'avantages sécuritaires.
« La communauté internationale est co-responsable de l’échec »
A bout portant
La question n’est pas la bonne. Il ne s’agit pas de savoir qui est fréquentable, et qui ne l’est pas. Mais de savoir si la Belgique et la République Démocratique du Congo (RDC) peuvent retrouver une intersection de leurs agendas et de leurs intérêts ; et comment. M. Vanackere doit prendre une distance par rapport aux années « troubles », quand M. De Gucht était ministre des Affaires étrangères ; il doit recoller les morceaux, ce n’est pas une tâche facile. D’autant qu’il n’a pas les moyens de devenir le grand acteur que certains Belges auraient souhaité. La Belgique n’est plus un partenaire qui compte beaucoup pour le Congo ; d’autres acteurs pèsent bien plus lourd, comme la Chine ou les agences onusiennes et la Monuc. La Belgique est désormais un petit partenaire symbolique.
Où sont les résultats de la réforme ? Il n’y a pas plus de sécurité avec la Monuc. Que dire de la réforme du code minier et du code des investissements ? Si on évalue les actions entreprises depuis 2002, on voit que le Congo n’a pas progressé. Lisez les rapports de Human Right Watch et d’autres ONG : l’espace démocratique s’est rétréci, au lieu de s’élargir.
Tous les leaders africains veulent des élections. Ils peuvent prétendre avoir été élus démocratiquement, et ensuite faire ce qu’ils veulent. Il y a une instrumentalisation des procédures démocratiques ; il n’y a pas de lien direct entre élections et démocratisation.
Il y a un échec de la réforme : on n’a pas su créer de véritables institutions démocratiques et améliorer le bien-être des Congolais. Et à mes yeux, la responsabilité de cet échec est partagée par la communauté internationale et par le régime Kabila. Les partenaires internationaux ne partagent pas un même schéma directeur. Chacun a son propre agenda ; les approches sont fragmentées et souvent contradictoire. Tous les indicateurs sont dans le rouge. Il y a beaucoup mois de développement aujourd’hui qu’il y a 50 ans ! On peut même se demander si la communauté internationale souhaite vraiment que le Congo devienne fort et indépendant. Ou bien, au contraire, si elle ne souhaite pas maintenir le pays dans un état de dépendance, afin de mener à bien une stratégie de néo-tutelle. En ce sens, je suis bien plus critique par rapport à la communauté internationale que par rapport au régime. Cela dit, les autorités congolaises ne souhaitent pas les réformes, car elles bénéficient du contexte actuel. Si un véritable changement intervenait, toute la classe politique congolaise sauterait.
Une thèse à la mode est qu’il faudrait couper totalement l’aide aux pays pauvres, développée notamment dans
P. 4 & 5 Notre Dossier
« Aucun ministre n’a dit que tout était merveilleux au Congo »
A bout portant
Le système politique congolais est un système que l’on qualifie en science politique de système d’« Etat fragile ». Les élus du peuple y sont plus sensibles à la corruption que dans les pays riches. C’est une fragilité de l’Etat qui crée ce problème-là. Sur le plan théorique, la question de principe est de savoir si, pour aider les Etats fragiles, on attend qu’ils soient devenus des Etats qui appliquent les règles de bonne gouvernance ou si, au contraire, on se dit que ces règles de bonne gouvernance devront suivre et non pas précéder la construction du développement économique et de l’Etat.
Sur le plan pratique, on peut faire remarquer qu’à l’époque où il était ministre des Affaires étrangères, bien qu’il ait prononcé des paroles dures à l’encontre du monde politique congolais, Karel de Gucht a quand même continué à maintenir, voire à augmenter, le flux de la coopération de la Belgique. On n’a donc pas l’impression qu’il était aussi dur dans son action que dans ses paroles. C’est peut-être lié à son caractère. Il y a une franchise, une spontanéité chez Karel De Gucht ; il a lui-même reconnu qu’il n’était pas diplomate, raison pour laquelle, disait-il, il était entouré de diplomates… L’attitude de Steven Vanackere apparaît plus conciliante en apparence, mais le tout sera de voir si, sur les critères d’attribution des aides, il sera également plus conciliant, ou au contraire plus sévère que Karel De Gucht.
Cela dit, il n’y a aucun ministre qui est arrivé en disant que tout était merveilleux au Congo. La Belgique essaye d’exercer ses responsabilités avec prudence. Elle ne soutient pas toutes les initiatives. Il arrive qu’elle tienne des discours clairs et durs vis-à-vis de certains dirigeants congolais. Mais la plupart du temps, elle accompagne le processus dans la mesure de ses moyens, car il se fait qu’au Congo, le nom de Bruxelles, Liège ou Gand sont plus familiers que ceux de Shanghai ou même Washington.
26 janvier 2010
Faut-il laisser faire ?
BANA-CONGO
Mouvement de Pression pour la Libération du Congo (R.D.C.)
Forme juridique : Association Sans But Lucratif (ASBL)
N° d'entreprise: 866 352431
Adresse: Galerie d'Ixelles 52
1050 Bruxelles (Ixelles)
Blog : banacongo.afrikblog.com
Année du cinquantenaire des « indépendances » de bon nombre de pays d’Afrique, 2010 voit déjà son premier mois courir à sa fin. Autant dire que le compte à rebours des célébrations des cinquantenaires est déjà lancé, surtout pour le Congo – R.D.C.
Dans le cas précis de ce pays, l’agitation et la mobilisation trouble autour des préparatifs du cinquantième anniversaire du « 30 juin » suscitent bien de questions quant à l’attitude des uns et des autres intéressés de près ou de loin.
Comment ne pas s’étonner de la fébrilité faussement désintéressée de certains officiels ou particuliers belges qui s’impliquent avec un zèle qui dépasse de loin l’activisme souhaité des premiers concernés, les Congolais eux-mêmes ?
Que diraient les mêmes belges des ressortissants hollandais qui se permettraient de s’emparer de l’organisation d’un quelconque jubilé de l’indépendance de la Belgique comme eux sont en train de le faire pour le Congo ?
Que dirait-on des espagnols reproduisant le même geste à l’égard des néerlandais ? Des britanniques s’exhibant de la même façon vis-à-vis des américains ? Etc.
La plus curieuse des questions est soulevée par l’instrumentalisation d’une probable future visite royale à Kinshasa pour la circonstance. Noter que la même visite a été à maintes reprises évoquée comme prétexte pour venir à la rescousse d’une diplomatie approximative ou d’une politique peu avouable inspirée par des personnages peu scrupuleux qui veulent s’appuyer, dans la foulée, sur les moyens de l’Etat belge pour faire accréditer des opérations difficiles à laisser à découvert.
Pourquoi veut-on absolument amener le Roi à s’impliquer dans des opérations politiques aux issues incertaines relatives aux rapports d’Etat à Etat entre la Belgique et le Congo alors que, d’ordinaire, il n’est pas censé se mêler de politique ?
Hier, son illustre prédécesseur n’a pas pu supporter le rappel de devoir de mémoire qui lui a été fait par le Premier « Premier Ministre » du Congo lors de la cérémonie officielle de proclamation de l’indépendance.
Aujourd’hui, le Souverain, que l’on veut amener à se souiller les mains dans le Congo ensanglanté depuis bientôt vingt ans, est-il prêt à soutenir une autre interpellation sur la responsabilité de quelques-uns de ses sujets ou d’autres instances du royaume dans la dégradation de la situation du Congo des vingt dernières années ?
50 ans après le 30 juin 1960, le Congo présente une image moins glorieuse que celle qu’il pouvait présenter à cette date là. Tout n’est évidemment pas de la faute de l’autre, fut-il belge. Dans ses 50 ans, le Congo a connu aussi des heures de gloire qui pouvaient inciter ses fils et filles à des rêves de grandeur.
Le rôle joué par la Belgique dans l’aventure sécessionniste katangaise de 1960 ne se démontre plus. Le Congo a pu se rattraper plus tard, peut-être bien avec l’aide d’autres belges bien intentionnés, pour se ressouder et prendre un plus bel élan avec la « Constitution de Luluabourg ».
Si des esprits peu sincères peuvent douter d’une quelconque implication de la Belgique dans le coup d’Etat du 24 novembre 1965, il y a lieu de leur rappeler tout simplement que la notification de la déchéance du Chef d’Etat en fonction a été rédigée par un colonel belge.
Tout et le contraire a été dit sur le pouvoir né de ce coup d’Etat car il traînera 32 ans durant en laissant s’échapper par occasion quelques ambiguïtés de la politique belge.
Il n’y a pas longtemps de cela, on vient de voir comment l’ « expertise belge » dans la connaissance du Congo a transféré à celui-ci les conséquences des troubles créés au Rwanda voisin en 1994. Sans passer sous silence l’ineptie des solutions politiques imposées depuis lors au Congo après en avoir convaincu du bien fondé quelques partenaires « naïfs » de l’Union Européenne.
Est-il honnête et humain de la part du Souverain d’aller « fêter » les 50 ans d’indépendance du Congo alors que celui-ci est endeuillé injustement et placé sous un pouvoir de terreur d’Etat ?
Les cris de larme des Congolais et des Congolaises sont jusqu’à ce jour ignorés du reste du monde. Les cris de douleur des veuves, des orphelins et des victimes des atrocités les plus inimaginables laissent imperturbables la communauté dite internationale. Mais, les cris de colère et d’indignation du peuple congolais ne laisseront plus personne indifférent.
L’amitié brandie du Souverain ne peut pas se démontrer à travers une visite officielle qui ne pourrait s’interpréter que comme une prime au génocide non avoué du peuple Congolais perpétré depuis l’avènement de la fausse « libération » de l’AFDL prolongée par le pouvoir actuel régnant en R.D.C par la terreur, la corruption, le viol massif des femmes de tous âges, la tricherie et l’impunité. D’autres caractéristiques indéniables de ce pouvoir exécrable sont régulièrement fournies par M. Karel De Gucht et divers rapports crédibles des missions de l’ONU et d’ONG internationaux de protection des droits humains.
S’obstiner à défier l’honneur et la dignité du peuple congolais très durement éprouvé a un prix qu’il sera difficile d’éviter de payer demain si jamais …
Fait à Bruxelles, le 20 janvier 2010.
Pour BANA CONGO, Mouvement de Pression pour la Libération du Congo,
Aubin KIKONKA KILU KANDA
24 janvier 2010
Karel De Gucht critique la rencontre Vanackere-Kabila
Le commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire Karel De Gucht a vivement critiqué dimanche, sur le plateau du Zevende Dag (VRT), le ministre belge des Affaires étrangères Steven Vanackere (CD&V) pour son entretien récent avec le président de la République démocratique du Congo (RDC) Joseph Kabila.
"Ce qui se passe au Congo est un drame inconcevable. En tant qu'être humain, je n'aurais pas pu me résoudre à avoir un entretien agréable avec Kabila, un verre de bière à la main", a déclaré M. De Gucht, l'un des prédécesseurs de M. Vanackere aux Affaires étrangères. Ce dernier avait rencontré mardi le chef de l'Etat congolais, au cours d'une escale à Lubumbashi lors d'un déplacement de plusieurs jours en Afrique centrale.
"Rencontre courtoise"
Dans un entretien enregistré diffusé dimanche sur la VRT, M. Vanackere observe qu'il ne revient pas à un ministre belge de "délivrer des diplômes", évoquant ainsi les positions de M. De Gucht sur la RDC, jugées offensantes par Kinshasa. Le chef de la diplomatie belge dément s'être "aplati" devant Joseph Kabila et qualifie son entretien avec ce dernier de "rencontre courtoise" au cours de laquelle aucun sujet n'a été évité.
Karel De Gucht, pour sa part, a ironisé sur le fait que, depuis qu'il n'est plus ministre des Affaires étrangères, "cela va mieux au Congo, il y a moins de viols, la situation dans l'est s'arrange et la corruption est combattue". "Si ce n'est pas le cas, je ne pourrais pas imaginer que le ministre Vanackere, si bien intentionné, aille boire un verre de bière avec Kabila. Je ne l'ai d'ailleurs jamais fait", a-t-il commenté.
Par ailleurs, interrogé sur l'éventualité d'une visite du roi Albert II en RDC le 30 juin prochain, à l'occasion des 50 ans de l'indépendance du pays, le ministre Vanackere considère que cette présence royale ne constituerait pas forcément une légitimation pour le gouvernement congolais, d'autant que bon nombre de chefs d'Etat feront à cette occasion leur visite officielle. "J'ai le sentiment que, pour gagner la confiance, l'on doit aussi donner quelque chose", a-t-il commenté. (belga/mb)
10 janvier 2010
L ATTAQUE DU BUS DE L EQUIPE NATIONAL DU TOGO, LA VERITE
Lome II savait
, Faure aurait reçu des menaces.
Le bus des Éperviers du Togo a essuyé ce 8 janvier 2010, des tirs de mitrailleuses nourris, pendant un quart d’heure. L’attaque vraisemblablement menée par des rebelles séparatiste du Front de Libération du Cabinda (FLEC) relève d’un non-sens de tout premier abord mais lorsqu’on gratte la couche des relations entre le Togo et l’Angola, il y a lieu d’avoir quelques frissons. C’était prévisible du moins pour ceux qui savaient, en particulier dans le camp de Faure Eyadema. On devra ici se rappeler et faire un parallèle avec le crash non élucidé, de l’hélico qui devait ramener les Éperviers à l’aéroport après un match contre l’équipe de la Sierra Leone et qui fut abattu. Une information que les autorités togolaises ont toujours cachée ou feint d’ignorer officialisant la thèse d’un accident suit à défection de l’appareil.
L’attaque du bus du Togo : Un ultimatum à Faure Gnassingbé ?
C’est dire que ces deux accidents n’ont rien de fortuit mais que c’était bel et bien deux attaques qui visaient l’équipe du Togo et ses officiels.
Joint par RMC Sport, l’attaquant du FC Nantes Thomas Dossevi a livré un témoignage effrayant. « Je vais bien mais des joueurs sont dans un sale état, a déclaré le joueur du FC Nantes. C’est de la folie. On est à l’hôpital (à Cabinda, dans le nord du pays). On s’est fait mitrailler comme des chiens. Ils étaient cagoulés, armés jusqu’aux dents. On est resté 20 minutes sous les sièges du bus. On arrivait du Congo où on était en stage. On rentrait en Angola pour préparer la CAN. C’est horrible. Il y avait une sécurité mais ça n’a pas suffit. Les joueurs sont dispatchés. Trois joueurs ont reçu des balles dans le ventre, le chauffeur a été touché. Ça s’est passé il y a deux heures à l’avant du bus. »
Alaixys Romao qui se faisait une joie de jouer la CAN 2010 en Angola raconte comment juste après avoir passé la frontière en provenance du Congo, le bus de la sélection togolaise a été pris sous le feu d’hommes en armes. Le joueur de Grenoble nous livre son témoignage : « Nous sommes tous sous le choc ! A ma connaissance, il y a sept personnes qui ont été touchés par les rafales de mitraillettes. Je suis actuellement à l’hôpital dans l’attente de plus de nouvelles. De ce que l’on sait, il y le chauffeur, notre médecin, une personne de la délégation, l’entraîneur adjoint et l’entraîneur des gardiens. Deux joueurs ont été également été blessés. »
Jamais deux sans trois, et il faut le dire, les officiels togolais devraient sérieusement s’inquiéter pour leur vie pour toute mission les amenant dans des zones où opèrent des rebelles congolais, angolais, sierra léonais ou libériens car bon nombre de ceux qui sont encore dans le maquis nourrissent des rancœurs contre le Togo, plus précisément la famille d’Eyadema.
Et pour cause le clan Eyadema est au centre de revendications faite par des héritiers de certains leaders politiques défunts (Doe, Mobutu, Savimbi....) qui avaient de leur vivant confié à feu Eyadema des trésors de guerre ainsi que des documents de premières importances.
A la mort de ces leaders, Eyadema s’était approprié ces trésors de guerre, prétextant auprès des héritiers que ces trésors étaient des paiements effectués pour livraison d’armes et divers matériels de guerre. De plus s’il y a conflit sur la destination de ces trésors, il y avait également conflit sur leur estimation. Les montants reconnus par Eyadema se révélaient très inférieurs aux sommes dont ces « héritiers » d’un genre particulier, avaient connaissance et réclamaient à Eyadema.
Le problème de ce genre de litige est qu’il est difficilement défendable devant un tribunal, surtout de la part de rebelles dont certains sont encore recherchés. Depuis la mort d’Eyadema en février 2005, son héritier Faure Eyadema a donc hérité de ce dossier épineux.
Ce dernier jouant d’une bonne foi de façade et donc présomptive, a indiqué aux « héritiers » créanciers ignorer tout de ces dossiers. L’envenimement de la situation fut tel que les héritiers d’Eyadema ont donc été l’objet de menaces de toutes parts. C’est dans ce contexte que l’hélico des Éperviers a été l’objet d’un tir de roquette qui provoqua le crash que l’on sait.
A priori, l’attaque dont viennent d’être victimes les Éperviers se situe dans cette même logique de vengeance entretenue à l’encontre des autorité de Lomé II.
Mais là où le bât blesse c’est que ces « vengeances » sont dirigées contre des représentations ou des symboles du Togo. Et nous en sommes à une deuxième tentative contre des innocents.
Lors de l’assassinat de AKA (Atsutsè Kokouvi Agbobli), Togocity avait rapporté que dans l’ordre des causes servant de mobiles à ce crime crapuleux figurait son implication dans le traitement du dossier des fonds et documents remis par Jonas Savimbi à Eyadema et dont ce dernier s’est fait indument propriétaire comme il le fit avec une partie de la fortune de Samuel Doe ou encore de Mobutu.
Cette agression, la deuxième du genre, dont ont été victimes les Éperviers est à chercher du côté du pouvoir et du régime Eyadema, ses héritiers détenant aujourd’hui ce que réclamaient à leur père les héritiers de ces dirigeants et chef de guerres disparus.
Il est le lieu de rappeler ici la publication par LA LETTRE DU CONTINENT dans son N°573 d’octobre 2009, d’informations relatives aux documents secrets de Savimbi remis à Luanda par Faure Eyadema « pour s’assurer la protection de "Zedu" (E. DOS SANTOS) ». En effet le journal rapportait dans une note confidentielle que « ... Faure Gnassingbé lui a remis des documents cachés par Jonas Savimbi (Unita) à Lomé II. »
Le Togolais devront prendre à cœur la nuisance du clan Eyadema à leur pays et s’en défaire.
Ce qui n’est pas dit c’est que Faure et ses proches auraient reçu des menaces à l’encontre des Eperviers si jamais l’équipe se qualifiant pour le mondial et pour la CAN venait dans la région.
Cette attaque revendiquée dans un communiqué par un groupe se déclinant comme séparatistes du FLEC (Front de libération de l’Etat du Cabinda, un sous groupe de l’Unita de Savimbi), était prévisible. L’utilisation de la couverture d’une dissidence du FLEC révèle bien qu’il y a anguille sous roche et que ce sont les Eperviers qui étaient bien visés. D’ailleurs force est de préciser la déclaration à Luanda, d’Antonio Bento Bembe, ministre chargé des affaires de Cabinda, qui a parlé « d’acte de terrorisme » et a soutenu que le FLEC ne pouvait en être à l’origine. « Le FLEC n’existe plus, l’attaque vient d’individus qui veulent nous causer des problèmes », a-t-il dit.
C’est en prévision de cela que pour obtenir une protection contre toute agression visant sa personne et/ou des officiels togolais que Faure avait remis en octobre dernier des documents stratégiques sur les groupes de rebelles, leurs réseaux et leur financement au président angolais Dos Santos « Zedu ». Documents qui avaient été confiés à Lomé II par Savimbi du vivant d’Eyadema.
Cette agression contre les Éperviers n’est que représailles à la fois contre la confiscation par le clan Eyadema du trésor de guerre de Savimbi et la remise de ces documents mettant en danger les réseaux de rebelles dans la région par Faure Eyadema qui pensait ainsi en finir avec ces « héritiers » angolais.
Des infos de dernière minute juste avant la mise en ligne de cet article, précisent que l’architecte de toute cette combine est l’inusable saprophyte qui joue au machiavel dans l’ombre des couloirs de Lomé II : l’homme des « debascheries ».
Des combines qui viennent de coûter la vie à quatre personnes : le chauffeur du car (un angolais) décédé hier, l’entraineur adjoint (également entraineur de l’Asko de Kara) Abalo Ameleté, le journaliste Stan O’cloo attaché de presse des éperviers.
Quant au portier togolais Kodjovi Obilalé évoluant au GSI Pointivy, les informations le concernant sont pour le moment sujet à controverse. Il ressort cependant qu’il aurait reçu deux projectiles dans le dos.
Que la terre leur soit légère, et nos condoléances les plus attristées aux familles.
SOURCE www.TOGOCITY.COM
Le pouvoir a les nerfs à vif
Congo Incidents diplomatiques
Officiellement, les membres du gouvernement et les principaux conseillers du président font bloc avec leurs collègues des Affaires étrangères et de l’Information : ils exigent d’une même voix que les autorités congolaises soient traitées avec respect. Cependant, dans les coulisses, des craintes s’expriment : même s’il a raison sur le plan des principes, le Congo a-t-il les moyens d’un tel exercice de musculation ? L’émission de « notes verbales » était-elle vraiment nécessaire là un coup de fil aurait peut-être suffi à aplanir les malentendus ? D’autant qu’en accablant De Gucht, c’est, à travers lui, l’Union européenne qui se trouve offensée, et cela alors que bon an mal an, l’aide de l’Union au Congo s’élève à un milliard d’euros !
Alors que le Congo n’en est qu’à ses premiers pas sur la voie de la reconstruction, ses dirigeants pèchent peut-être par excès d’optimisme : dans toute la ville, de grands panneaux consacrés aux « 5 chantiers » montrent des images d’autoroutes, de stations satellites, d’immeubles ambitieux, comme si le travail était déjà terminé.
En réalité, il ne fait que commencer et d’aucuns redoutent qu’une brouille avec les Occidentaux ne fasse reculer plus loin encore le fameux « point d’achèvement » qui permettra une remise de 90 % de la dette. « Jusqu’en mai prochain, nous sommes en période probatoire, s’exclame She Okitundu, ancien directeur de cabinet du chef de l’Etat, nous n’avons pas intérêt à nous brouiller avec des pays membres du Club de Paris, les principaux créanciers du pays… »
En réalité, les incidents diplomatiques ou les politiques de la chaise vide se multiplient. La société civile se montre ainsi extrêmement déçue de l’absence du président au sommet de Copenhague, alors que la RDC, l’un des poumons de la planète, aurait dû exiger des compensations pour la préservation de la forêt tropicale. Les engagements financiers obtenus par le ministre de l’Environnement José Endundo apparaissent insuffisants et les militants congolais estiment que leur pays n’a pas occupé la place qui devait lui revenir…
A quelques mois de la célébration de l’anniversaire de l’indépendance, les malentendus se multiplient donc entre Kinshasa et la communauté internationale. Même la visite de Bernard Kouchner n’a pas suffi à mettre un baume sur l’amour-propre des dirigeants : ils ont relevé que le ministre français des Affaires étrangères venait de Kigali où il avait scellé avec éclat la normalisation des relations diplomatiques, et qu’en route pour Brazzaville, Kinshasa n’avait représenté pour lui qu’une escale de quelques heures…
« A un an de 2011 et des élections qui se profilent, nous sommes dans l’ultime ligne droite et n’avons pas droit à l’erreur », insiste She Okitundu.
Oserait-on ajouter que le Congo de Kabila n’est pas celui de Mobutu, et que l’arrogance doit être rangée aux oubliettes ?
08 janvier 2010
L'ambassadeur du Congo convoqué chez Mme Ashton
L'ambassadeur du Congo auprès de l'UE sera convoqué en début de semaine prochaine chez Catherine Ashton, la Haut représentante de la politique étrangère pour l'UE, à propos de la polémique intervenue avec Karel De Gucht.
Lire aussi :
EPA
Le point de vue écrit de la Commission devrait être transmis ce vendredi aux autorités congolaises.
Quant au ministre belge des Affaires étrangères Steven Vanackere, qui doit se rendre le 18 janvier en visite en République démocratique du Congo (RDC), il a insisté, dans la même émission, sur l'importance de la communication et le rôle particulier de notre pays envers la RDC.
Malgré la situation dans ce pays, la Belgique n'a pas l'intention de toucher à l'aide au développement, destinée avant tout à aider la population congolaise. M.
Vanackere a encore dit se refuser à ce qu'il appelle une « politique défaitiste », tout en se défendant de virer dans la naïveté.
Il estime possible que le roi Albert II se rende au Congo à l'occasion de la célébration des 50 ans d'indépendance du pays, « mais évidemment à l'invitation du Congo » et dans un climat de relations favorable.
Bruxelles fait bloc autour du commissaire De Gucht
De Gucht n'exprimait pas un point de vue personnel, "il parlait au nom de la Commission"
BRUXELLES La Commission européenne a fait bloc jeudi autour de l'actuel Commissaire à l'Aide au Développement, le Belge Karel De Gucht, déclaré persona non grata à Kinshasa après avoir mis en doute en décembre devant le Parlement européen l'efficacité de l'aide à la RDC.
Dans ses propos, sévèrement critiqués par les autorités congolaises, M. De Gucht n'exprimait pas un point de vue personnel, "il parlait au nom de la Commission" avec le soutien de son président José Manuel Barroso, a souligné jeudi un porte-parole de l'exécutif européen.
Selon une source européenne, le ministère congolais des Affaires étrangères vient, dans une note verbale au représentant européen à Kinshasa, de signifier à la Commission qu'une venue de M. De Gucht en RDC n'était pas souhaitée.
M. De Gucht avait indiqué fin novembre qu'il envisageait de se rendre sur place pour visiter un projet humanitaire à Goma, et aurait pu profiter de sa visite en RDC pour signer les conventions de mise en oeuvre de projets d'aide d'un montant de quelque 278,5 millions d'euros approuvés en décembre par la Commission européenne, selon son porte-parole.
Le 16 décembre, lors d'un débat au Parlement européen, M. De Gucht avait relevé que la Commission européenne dépensait beaucoup en matière d'aide humanitaire et de programmes visant à rétablir l'état de droit en RDC. "Le problème est quelle est l'efficacité de tout cela au bout du compte si vous n'avez pas d'interlocuteur approprié dans l'arène politique", avait-il remarqué.
Kinshasa avait déjà réagi avec virulence le jour même, en estimant que le Commissaire De Gucht se prenait "pour un donateur divin", et rappelant que ses déclarations "à l'emporte-pièce" avaient déjà créé en avril 2008 "une grave détérioration des relations" entre la RDC et la Belgique, dont il était ministre des Affaires étrangères.
De Gucht juge que la réaction congolaise va trop loin
"Je ne trouve pas cela commun de dire d'un commissaire européen qu'il est raciste, je ne trouve pas cela normal"
BRUXELLES Karel De Gucht a "le soutien total" du président de la Commission européenne José Manuel Barroso sur le Congo. Le commissaire européen Karel De Gucht a jugé jeudi sur les ondes de Radio 1 (VRT) que la réaction de Kinshasa à son analyse de la situation dans l'est de la RDC allait "trop loin" et n'était "pas normale". M. De Gucht affirme que son analyse était objective et qu'elle est ressentie comme telle au sein du parlement européen.
Il précise être intervenu au nom de la Commission européenne et assure que son intervention avait été concertée avec Catherine Ashton, la Haute représentante pour la politique étrangère de l'Union européenne.
Dans ces conditions, dit-il, c'est à la Commission européenne de réagir, et elle le fera sans doute jeudi ou vendredi, ajoute-t-il.
Personnellement, M. De Gucht juge que la réaction de Kinshasa va trop loin. "Je ne trouve pas cela commun de dire d'un commissaire européen qu'il est raciste, je ne trouve pas cela normal", commente-t-il.
M. De Gucht ne remet toutefois pas en question le récent paquet de mesures européennes pour la République démocratique du Congo, d'un montant de près de 280 millions d'euros. Mettant en avant l'importance primordiale de l'aide à la population civile en RDC, il refuse de faire de cette polémique une "affaire personnelle".
"Je pense que plusieurs choses au Congo, fondamentalement, ne fonctionnent pas et que la population en paie un prix particulièrement élevé. J'ai déjà dit tout cela une dizaine de fois de manière diplomatique. Je pense l'avoir dit désormais de manière très correcte et claire", ajoute le commissaire.
03 janvier 2010
TSHISEKEDI EST SA FAMILLES LE 23DECEMBRE A BRUXELLES

TSHISEKEDI EST SA FAMILLES LE 25 DECEMBRE2009

30 décembre 2009
Le monde aime le Congo, mais pas les Congolais
Le 23 novembre la sénatrice Els Schelfhout s'est rendue pour deux semaines en République Démocratique du Congo (RDC). L'objectif de sa mission: avoir des entretiens avec plusieurs organisations et personnes de différents domaines à Kinshasa et dans l'est du pays (Kivu) et prendre connaissance de la situation actuelle en Afrique centrale afin de rassembler de bonnes informations pour ses activités parlementaires sur le Congo. Els est rentrée bien informée mais elle ressent aussi mal au cœur pour la population à l'est du Congo, qui souffre énormément et semble être oubliée.
“Le monde entier aime le Congo, mais pas les Congolais.”
Kinshasa – Goma
L'est du Congo n'est pas un sujet attrayant ni dans la politique, ni dans la presse : trop loin, trop grand, trop complexe... une forte accoutumance à la souffrance humaine. Les morts après un massacre récent à Lokweti sont simplement moins intéressants qu’un assassinat par exemple à Erps-Kwerps. Ceci est bien entendu regrettable. L’intérêt pour le Congo ne rapporte rien aux élections. Après la déclaration malheureuse de l'ancien ministre des Affaires étrangères et ensuite, fin de l'année passée, quand il semblait que les affrontements à l'est du pays commençaient à compter beaucoup de victimes parmi les civils, l’information sur le Congo s’est quasi arrêtée.
Les discussions actuelles sur la RDC EN BELGIQUE se limitent principalement à deux sujets: premièrement le rapport récent de l'ONU dans lequel est retenu sélectivement que le groupe rebelle FDLR serait soutenu à partir de la Belgique, et deuxièmement un éventuel voyage du Roi Albert II au Congo dans le cadre des 50 ans d'indépendance: « VA-T-IL LE FAIRE OU PAS ?»
Estimés à six millions de morts, les victimes directes ou indirectes de la violence dans les territoires près de la frontière avec le Soudan, l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi font partie des dommages collatéraux. Ce sont des chiffres tirés d’un rapport qui ne tardera pas à disparaître.
La richesse conduit à la pauvreté
Les provinces orientales du Congo disposent d'une immense quantité de ressources naturelles. L'est de la RDC a une terre très fertile. Les Kivus peuvent nourrir tout le Congo. Ce grenier Congolais peut également ravitailler toute l'Afrique subsaharienne. Le territoire se compose en grande partie de forêts appelées ‘les poumons verts de l’Afrique' et dispose de ressources naturelles qui alimentent l'égoïsme des prédateurs locaux et internationaux.
Mais ces terres fertiles peuvent à peine être exploitée, vu que le chemin vers les champs est parsemé de dangereuses embuscades: il arrive d’être violé aussi bien à l’allée tout comme au retour. Les poumons verts Congolais se voient déforestés. L’année passée, 23% du parc Virunga au Nord-Kivu a été coupé illégalement. Les troncs d’arbres deviennent du charbon de bois ‘makala’. Les ressources naturelles sont pillées de toute part, mais toutes ces méthodes ont un point commun : elles ne sont pas en faveur de la population. En 2008 le gouvernement congolais a recueilli 92 millions de dollars de revenus découlant de l’exploitation des ressources. Il a perdu 450 millions de dollars dû au manque d'enregistrement, au trafic, aux contrats frauduleux et à l’évasion fiscale. De 74,73 millions de dollars de taxes, le gouvernement a seulement encaissé 22%. L’année passée, 100 kg d’or congolais ont été officiellement exploités. En réalité – selon des estimations approximatives- il s’agit de 28.000 à 30.000 kg. Selon d’autres sources au moins 90% de l’extraction de l’or est illégalement exportée. Cobalt, coltan, casserite… Les documents ‘officieux’ indiquent que chaque camion chargé quittant la mine, perd 80% de sa charge. En route des groupes armés prélèvent des taxes: la route menant de la mine au comptoir est occupée successivement par les FDLR (rebelles hutu), les FARDC (armée congolaise) et le CNDP (milices tutsi). Ils veulent tous une part du gâteau. Les groupes armés peuvent aussi prélever des taxes sur cigarettes, batteries, carburant etc. La population doit payer une taxe ou ‘le pizzo’. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas s’esposent à subir les conséquences. Les pratiques maffieuse ne sont absolument pas étrangères aux groupes rebelles. Dans la brousse, ils se retrouvent armés l’un en face de l’autre; le long de la route, ils deviennent des commerçants et hommes d’affaires.
L'opportunisme international
La communauté internationale laisse faire, bien que quelques initiatives servent d’exemples: une résolution sénatoriale et une proposition de loi aux Etats-Unis, des projets récents allemands et britanniques et enfin plus d’attention pour le Congo en Belgique. Mais soyons surtout réalistes: la plupart des pays avec un intérêt pour le Congo ont un plus grand intérêt à défendre : l’intérêt personnel. Ils ont développé des stratégies, l’un plus explicite et plus opportun que l’autre.
En dehors de l’Europe c’est surtout le Canada qui a des grands intérêts dans l’exploitation des ressources naturelles au Congo. Différentes multinationales sont active dans le secteur minier. En échange pour les concessions minières et toutes sortes de deals, ils offrent des services pour la reconstruction des routes et des infrastructures. La Chine a aussi le sens des affaires en RDC. Comme geste de remerciement pour un nombre des projets lucratifs, les Chinois ont promis des routes et des infrastructures. Malheureusement, ces projets ne font pas non plus la différence. Que vaut une école sans enseignants? Ou encore un hôpital sans médecins?
Au sein de l’Europe, la Grande Bretagne observe la situation en Afrique Centrale surtout à partir de Kampala et Nairobi. Avec comme importante tâche d’empêcher une éventuelle déstabilisation à partir de l’Afrique centrale. 'Oublier le passé' est le message. La culpabilité concernant le génocide rwandais a conduit à ce que le Royaume Uni se soit de plus en plus profilé comme état européen derrière le président rwandais Kagame.
Résultat : grâce au plaidoyer du conseiller personnel Tony Blair (!) le Rwanda est entré au Eastern African Community et récemment au Commenwealth. En Europe, il y a à peine une attitude critique vis-à-vis de Kagame, même si entretemps, il est connu de tous que son rôle dans le génocide n’était pas celui du cavalier blanc. Même si selon une étude – tenue secrète - de l’ONU, il semble incontestable qu’en ’97, des dizaines de milliers de hutu soient massacrés par des tutsi. Même si entretemps, il est plus que clair que les projets de Kagame dans l’est du Congo, riche et fertile, aient été très calculés. Qu’il s’agisse de l’appui au CNDP de Nkunda, du déplacement stratégique des réfugiés rwandais comme pions sur un échiquier pour annexer certains territoires congolais, de l’implication des troupes rwandaises dans ces territoire ; Kagame y agit comme bon lui semble.
Seulement quelques pays européens reconnaissent ses intentions perverses. Notre pays voisin, les Pays-Bas, a longtemps suivi la Grande Bretagne, mais récemment –sous l'influence des pays scandinaves- un processus de prise de conscience a commencé et les Pays-Bas ont diminué l’aide directe au Rwanda.
Pendant la guerre de 1998-2003, la France a fait le mauvais choix en pariant sur Jean-Pierre Bemba. A ce jour, elle a encore des problèmes avec l’arrivée du président Kabila au pouvoir.
Pendant la visite du président Sarkozy au Congo début 2009, les signes d’antipathie n’étaient donc pas un hasard. La France a pu mettre la main sur l’industrie du ciment en RDC. Les tentatives pour avoir accès aux mines d’uranium ont réussi en partie. La France est parvenue à mettre la main sur la mine de Shinkolobwe (Katanga).
La Tchèquie était un important fournisseur d’armes de la RDC. Après son adhésion à l’UE, les livraisons ont été reportées. Récemment, les relations se sont améliorées. Il y a entre autre une plus forte présence diplomatique à Kinshasa. La Suisse a tout juste découvert le Congo et réfléchit sur une politique de présence. Elle suppose qu’elle peut avoir de très grands intérêts en Afrique centrale, même s’il n’est pas encore clair de quels intérêts il s’agit. Les pays scandinaves à leur tour sont financièrement très actifs au Rwanda et en Ouganda. Le Portugal s’occupe plutôt des intérêts de son ancienne colonie l'Angola.
C’est clair: la politique vis-à-vis du Congo de la plupart des pays actifs dans la région est conduite par l’intérêt personnel. Je ne suis pas naïve : c'est donnant donnant. Mais ce qui se passe maintenant, est hallucinant : une dizaine de milliard de dollars quittent le Congo par des fuites de capitaux, par des ventes frauduleuses de propriétés publiques, par des concessions et accords douteux qui ne sont qu’en faveur d’une petite élite congolaise et qui font sourire les partenaires commerciaux. Le gouvernement congolais a ‘carte blanche’ : du cash et pas d’ingérence.
‘Bonne gouvernance’ est au Congo un terme vide et signifie : prévoir que le propre clan se porte bien. Le gouvernement congolais néglige son obligation d’organiser les services de l’état et les finances. Les fonctionnaires, les militaires, la police, les médecins, les enseignants… sont payés rarement et très peu.
Un médecin à l’Hôpital Général de Référence, hôpital public, gagne à peu près 60 dollars par mois, un chirurgien, 100 dollars. Pour un enseignant c’est à peu près la moitié. Les militaires gagnent par mois entre 50 et 80 dollars. Tous se sentent obligés de compléter ce maigre salaire. Le médecin compte ‘une visite’. Ceux qui ne peuvent pas payer sont pris en otage à l’hôpital, sans soins. L’enseignant demande le minerval. C’est pour cela que beaucoup d’enfants ne peuvent pas aller à l’école. Le militaire utilise son arme pour avoir un salaire. Et les fonctionnaires… J'entendais dire: « Le domaine public a été privatisé entre les mains de celui qui détient le cachet officiel. »
Le Congo n’est pas gouverné: crime et impunité vont main dans la main
Presque 80 fois plus grand que la Belgique, avec un budget d’état aussi grand que celui d’une ville moyenne belge, le pays est à la dérive et victime des projets et des stratégies perfides des pays voisins perturbant à cœur joie la moitié des frontières. Victime d’un gouvernement corrompu et impuissant d’affronter les troubles internes et les tensions ethniques. L'impuissance, l'incompétence et l’indifférence sont des caractéristiques des dames et messieurs élus du peuple. Et mauvaise volonté. Leur pays est victime de toutes formes d’agression, mais cela semble ne pas les toucher. Pauvreté extrême, angoisse et incertitude, maladie et désespoir se trouvent à la base des familles brisées et de la violence domestique. Des bandes de jeunes, pillages, rébellion, esclavage, viol des femmes et hommes, recrutement et incorporation d’enfants soldats… l’insécurité est un atout. Le gouvernement donne l’impression ne pas vouloir faire quelque chose. Par exemple : le colonel Kibanga, ‘le marteau’ Ndayambase, un homme avec une réputation horrible, était arrêté de courte durée. Il a fuit au territoire des FDLR. Il était condamné à 20 ans. Aujourd'hui, il se trouve commandant au sein d’une unité CNDP, intégré dans l’armée congolaise. Les coupables sont connus, mais leurs responsabilités ne sont pas engagées. L’impunité règne.
La communauté internationale se montre impuissante. Le peu d’espoir prématuré à l’occasion de Kymia II, l’accord entre le président Jospeh Kabila et le président Paul Kagame pour désarmer les rebelles FDLR avec une action conjointe, a accouché d’une souris. L’opération Kymia II est un échec. Les FDLR se sont retirés au fond de la brousse, une zone que les combattants connaissent par cœur. Les bataillons se regroupent, renforcés par des jeunes sans aucune conscience morale, sans perspective, qui ont grandi avec violence et en manque. En cas de danger, les FDLR peuvent souvent compter sur les habitants des villages limitrophes; leurs femmes, leurs enfants, leurs familles y habitent. Les Congolais disposent de peu et souvent de rien, mais ils ont tous des téléphones mobiles. Ainsi les FDLR ont souvent une meilleure vue sur les avancées des troupes FARDC que les FARDC elles-mêmes. ‘Je ne peux quand même pas dénoncer mon beau-fils ?’ me demandait un vieux monsieur hochant de la tête. Le prix que la population civile paie pour ce genre de ‘trahison’ est élevé: pillage, viol, torture, meurtre.
La MONUC soutenait l’action conjointe de l’armée congolaise et du CNDP par la livraison de nourriture, le transport et l’évacuation médicale. Mais elle n’avait rien à faire avec le planning opérationnel. Maintenant la MONUC se retrouve entre le marteau et l’enclume. Chaque année bonne pour 1 milliards de dollars – une capacité selon certains trop insuffisante pour sa tâche – la MONUC n’a pas réussi à protéger la population civile au Kivu. Les architectes de Kimya II ont trompé la mission onusienne. Elle jouit dune mauvaise réputation de la part des ‘experts’ de l’ONU elle-même et encore une fois diffamée par la presse. Sa dernière confiance en soi diminue, aussi sous les commentaires au niveau international. Il n’est pas exclu que la MONUC fasse dans les 6 mois suivants ce que Kabila aimerait voir le plus: disparaître en silence. Cela serait une très mauvaise chose. Avec une attitude conséquente de la communauté internationale la MONUC a un rôle à jouer.
Le processus de paix est un échec. Il me semble mieux de reconnaitre cela et d’exposer les causes afin d’anticiper les conséquences. Un faux optimisme ne sert à personne, les Congolais en premier lieu.
A partir de leur cages dorées, les expatriés de l’ONU passent devant la misère des Congolais et sont trop occupés à écrire des rapports.
Ce qui caractérise les 84 organisations internationales actives à Goma, permettez-moi l’expression, c’est du protagonisme et de l’egomanagement. De grandes jeeps, avec lesquelles ils sont responsables pour de grands soucis de circulations sur les routes de Goma.
EUSEC (European Security) est la mission européenne spéciale qui fourni l’assistance à la réforme du secteur de sécurité en conseillant les autorités congolaises sur le processus d’intégration des FARDC. Elle doit également soutenir les réformes administratives de l’armée. La mission reconnaît que l’intégration du CNDP de Nkunda et de l’autre criminel, Ntaganda, dans les FARDC n’est pas une réussite. ‘Un vrai bordel’. Pendant la première partie de 2008, le CNDP se trouvait dans deux petits territoires au-dessus du lac Kivu au Nord-Kivu. Fin 2008, la présence de cette milice tutsi, soutenue par le Rwanda, s’est étendue. Aujourd’hui, on peut constater que le CNDP a la région de Masisi complètement sous son contrôle. Le CNDP disposerait encore d’un millier d’armes non enregistrées.
Kymia II n’est pas une opération militaire de l’armée congolaise, mais des Rwandais. Chez les groupes de résistances armés congolais (les ‘non rwandophones’) ; Mai Mai ; APCLS et PARECO, il y a beaucoup d’incompréhension et de colère vis-à-vis de l’accord. Il n'y a pas très longtemps, ils se battaient à côté des troupes congolaises pour repousser le CNDP. Maintenant, ce sont 'les méchants' et se livrent comme les autres aux vols, pillages, viols et tueries. La tension augmente.
EUPOL est une initiative européenne pour assister à la réforme de la police. Elle a également obtenu - à partir de Kinshasa – peu de résultats. Et puis, il y a REJUSCO, qui devrait appuyer la reconstruction de la justice… Il n’y pas d’état de droit, il n’y pas de juridiction, il n’y pas de justice. Crime et impunité vont de pair au Congo. Cela ne changera pas tant que la police, les juges et les gardiens de prison ne sont pas ou peu payés.
“Si Les Etats-Unis et l’Europe disaient: ça suffit maintenant, ça sera fini!” Mais ils ne disent rien.
Et ou sont les Belges ?
Avec un président européen, avec la présidence européenne en 2010, avec la fête de 50 ans d’indépendance au Congo… des attentes émergent. Avec notre connaissance et nos compréhensions de notre ancienne colonie, nous pouvons faire la différence.
Nous avons le choix: soit nous mobilisons nos atouts pour la journée de l’indépendance et nous envoyons des troupes d’élite au ‘Boulevard du 30 juin’, ou ils montreront à leurs collègues congolais ce qui est l’ordre et la discipline. Nous envoyons en même temps le couple royal. Assis à côté du président Kabila, ils peuvent saluer et sourire aux enfants noirs qui chantent successivement l’hymne national belge et congolais.
Soit, nous mobilisons nos atouts pour un Congo indépendant qui est capable de se gouverner soi-même, avec des tribunaux, écoles, universités, hôpitaux, routes, infrastructures, chemins de fer, ports et aéroports… Nous avons un rêve pour le Congo et pour les Congolais. Un rêve que nous changeons en ambitions réalistes.
Nous organisons des tribunaux et cours qui veillent à ce que les lois soient respectées et que les violations punies.
Nous formons une armée disciplinée, bien équipée et bien assistée: pas dans les rues, mais dans des casernes, mobilisable à tout instant et en tout lieu, lorsqu’une nécessité s’impose.
Nous désarmons les rebelles, et nous leur offrons une perspective : ‘un toit pour une arme’, la possibilité d’échanger une arme pour construire une vie.
Nous construisons une académie de police, ou hommes et femmes sont formés et proches de la population.
Nous construisons des hôpitaux, des écoles, des universités… mais pas à l’inconditionnel: médecins, infirmières, enseignants, professeurs… reçoivent un salaire acceptable et l’enseignement est gratuit.
Nous formons des douanes, nous appuyons une relance économique, en commençant par la promotion de la transparence dans le commerce des ressources naturelles. En contribuant à l’exploitation et la vente des ressources dans un cadre légal afin que les entrées beneficient à la population. Avec la construction des fours à concentration dans lesquels les minerais bruts peuvent être transformés. Nous pouvons créer une valeur ajoutée pour l’emploi et l’économie locale. En développant l’agriculture – la vraie richesse du Congo- et les infrastructures routières, les boîtes de tomate purée ne doivent plus être importées en masse à partir de la Chine, mais les tomates cultivées sur les champs peuvent être transportées vers les villes pour consommation.
Nous organisons des programmes de soutien pour la population. Nous creusons des puis d’eaux, pour que les femmes et enfants ne doivent plus marcher des kilomètres sur des chemins dangereux pour avoir accès à de l’eau. Nous prévoyons de l’électricité pour que les femmes ne soient plus livrées à toutes sortes de dangers.
Nous formulons des objectifs au niveau macro et micro, nous établissons des bonnes pratiques qui motivent, enthousiasment et stimulent les autres pays membres de l’UE et la communauté internationale à agir unanimement.
Nous avons le choix: nous ignorons la souffrance de millions de congolais et nous n’entreprenons rien ou nous attaquons les causes en profondeur.
Espérence: ‘Que Dieu vous bénisse’
Espérence était assisse blottie sur une caisse en bois. Sa maison: une baraque de sac en plastique et des morceaux de tôles ondulées. La pluie laissait des traces par terre. Elle courbait les orteils, déformés par les longues promenades sur des pierres et pour éviter l’eau. Elle ne bougeait pas. Ensuite, elle commençait à raconter qu’elle a été veuve et responsable de la mort de son mari. Tout lui a été pris. Elle a uniquement ses enfants : cinq en total. Mais elle ne sait pas ou ils traînent. Dehors. De toute façon, elle n’a rien à leur offrir. Elle redresse ses épaules. Il y a quelques jours, elle était violée. En route pour les champs, elle a été arrêtée et coincée à terre: ‘C’étaient des hommes en uniforme’, chuchotait elle. Et soudain des larmes coulaient sur ses joues. Un moment, le monde s’arrêta...
Des opinions basées sur des entretiens avec l'ONU-MONUC, l'EUSEC, l'EUPOL, le REJUSCO, d'ONGs internationales et locales, des soeurs, des pères et des prêtes, de partout, des parlementaires et politiciens congolais, chefs locaux, propriétaires des comptoirs, des hommes d’affaires, des diplomates, des médecins, des enseignants, des soldats, des réfugiés, des enfants … et des femmes : violées, humiliées et désespérées : les éternelles victimes.
Remerciement à mes ‘compagnons de route’
Els Schelfhout
Sénatrice
La République Démocratique du Congo n'est pas indépendante 49 ans après son accession à l'indépendance
A la veille du 49è anniversaire de l'indépendance de la République Démocratique du Congo, il nous parait utile de relancer le débat sur la signification profonde de l'indépendance de ce pays-continent. Le 30 juin 1960 a apporté à ce pays une souveraineté nationale de subordination, une indépendance nominale. Il sied de rappeler que le Congo-Zaïre a servi de proxy stratégique à certaines puissances occidentales dès son accession à l'indépendance, et pendant toute la période de la guerre froide, période caractérisée par de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre deux superpuissances : Les États-Unis d'Ameriques et l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), et leurs respectifs alliés. Ainsi, de Kasa-Vubu à Mobutu Sese Seko, la gestion du Congo-Zaïre n'était jamais l'affaire des leaders du Congo seulement. La Troïka (La Belgique, la France, et les Etats-Unis) a eu une part active et directe dans la direction et l'orientation des décisions politiques, militaires, économiques et sociales qui affectaient le Congo-Zaïre. En 1996, la guerre dite de „ libération « de l'ADFL a ouvert une ère nouvelle au Congo, celle de l' immiscion massive des pays voisins dans la gestion quotidienne du Congo-Zaïre . En effet, le destin du Congo-Zaïre est passé sous la coupe des pays voisins (Rwanda, Ouganda, Angola, Zimbabwe, Burundi, Tanzanie, etc.) avec la bénédiction et/ou l'appui direct ou indirect de la Troïka. Comme l'on peut s'en rendre compte, la RDC est encore loin de jouir de son indépendance. I. La République Démocratique du Congo : Dindon de la farce ! La République Démocratique du Congo a subi 3 guerres d'invasion et d'occupation commanditées par des pays voisins, singulièrement le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda . Il convient de noter que toutes ces guerres du Congo se sont toujours inscrites dans les cycles infernaux de viol, de pillage, de dépeuplement, et de colonisation. Le sol et le sous-sol congolais étant très convoités, ces pays de la région avaient délibérément violé la souveraineté territoriale de la RDC pour des raisons d'hégémonie et de contrôle stratégique de ses ressources naturelles . Le Rwanda, l'Ouganda, et leurs mentors avaient fabriqué des rebellions pour renverser tour à tour les régimes des présidents Mobutu, Laurent Désiré Kabila et Joseph Kabila Kabange. Pour mettre fin aux hostilités et rétablir l'autorité de l'état dans des zones contrôlées par les rebelles, la RDC s'est résigné à signer des accords de paix qui ont hypothéqué sa souveraineté nationale. En 2003, à l'issue du dialogue inter-congolais tenu à Sun City en Afrique du Sud et n'ayant pas gagné la guerre, le gouvernement de la RDC a accepté un partage de pouvoirs. Cela a conduit à la formation d'un gouvernement mammouth d'union nationale avec 4 vice-présidents, un schéma jamais vu au monde, et dicté par l'ancien Président Sud-Africain Thabo Mbeki. Cette stratégie qui consiste à sacrifier les acquis de la souveraineté nationale au nom de la paix aliène l'indépendance de la République Démocratique du Congo . Car après le dialogue inter-congolais, des soldats rebelles des tous les groupes armés ont intégré l'armée nationale. Parmi ces rebelles, il faut noter qu'une grande partie est venue de la branche armée du RCD-Goma qui était composée des soldats rwandais (tutsi en majorité). Cela a fragilisé davantage l'armée nationale (les FARDC) qui ployait déjà sous le poids d'un embargo de l'ONU pour l'achat d'armes. Cette infiltration ne s'est pas seulement opéré au sein de l'armée, elle s'est opéré également dans l'univers politique (où des personnalités tutsi rwandaises ont intégré les institutions politiques du Congo), dans l'univers économique (où la gestion de certaines entreprises clefs du Congo a été confiée à des personnalités venues du Rwanda voisin), dans la sécurité (où des anciens du RCD-Goma contrôlent encore des structures dirigeantes de l'ANR), etc. Cette stratégie vient d'être utilisée encore au mois de janvier dernier. Le gouvernement Rwandais et le gouvernement Congolais ont signé en catimini un accord de paix pour finalement mettre fin à 13 années de guerre. Encore une fois, la RDC a encore été le dindon de la farce. L'accord a ouvert la voie aux troupes rwandaises d'investir l'est de la RDC pour chasser les rebelles du FDLR. Cet accord, bien qu'ayant permis de mettre fin aux aventures meurtrières du rebelle Tutsi Laurent Nkunda, a en même temps permis aux milliers de soldats du CNDP ( qui ont perpétré des viols des femmes, et des massacres à grande échelle) d'intégrer l'armée nationale (en toute impunité). Le CNDP s'est mué en parti politique et se préparerait à intégrer le gouvernement ! Quel gâchis ? Mais la personne qui est à la tête de ce nouveau parti politique (Désiré Kamanzi) est un sujet rwandais bien connu. Des preuves abondent partout pour le démontrer. Le Rwanda a donc su trouver une autre marionnette pour remplacer Laurent Nkunda. Comment les autorités de la RDC peuvent-elles accepter qu'un citoyen rwandais gère un parti politique dans un pays qui n'est pas le sien ? Or, nous savons que l es autorités rwandaises ne peuvent jamais accepter qu'un congolais en fasse au tant au Rwanda ! En clair, le Rwanda a trouvé une autre marionnette pour remplacer le rebelle Laurent Nkunda Mihigo. A propos, ouvrons une petite parenthèse sur le rebelle Laurent Nkunda. En effet, depuis son „ arrestation «, aucune autorité Congolaise ne l'a déjà vu personnellement, ou n'a vu son lieu de détention ! Mais déjà, le Congo s'apprête à ouvrir l'ambassade du Rwanda à Kinshasa. La RDC est déjà ouverte à l'idée de la circulation libre des personnes et de leurs biens entre ce pays et le Rwanda ! Au nom de quel principe ? Apaisement ? Paix ? Bon voisinage ? Alors que Kinshasa est sommé d'extrader les dirigeants hutus du FDLR au Rwanda, Kigali dribble Kinshasa chaque fois qu'il s'agit de retourner les criminels tutsis au Congo. Mutebusi, Nkunda et autres se pavanent au Rwanda comme s'ils n'ont jamais commis des crimes de guerre au Congo. Et dire que le Congo se plie aux injonctions du Rwanda, il y a de quoi se demander ce qui fait plier les autorités congolaises ! II. L'Angola teste la faisabilité d'une annexion d'une partie du Congo Les troupes Angolaises testent à souhait la faisabilité d'une annexion de quelques villes du Bas-Congo sans que ces actes de provocation poussent les autorités congolaises à sceller définitivement cette partie du pays. Doit-on souligner ici l'importance de l'axe Kuzi - Sava Ina - Mbanza-Ngungu ? Cet axe ouvre la porte à la capitale du pays. Pourquoi alors cet axe n'est-il pas défendu vigoureusement ? N'existe-t-il plus une base militaire à Mbanza-Ngungu ? Pourquoi ne déploie-t-on pas ces militaires congolais à la frontière avec l'Angola ? Plutôt que de continuer à supplier l'Angola à retirer ses troupes, pourquoi ne pas aligner des soldats congolais aguerris du côté congolais de la frontière ? Après les aventures des soldats angolais à Kahemba dans le Bandundu, doit-on continuer à douter de mauvaises intentions de l'Angola ? III. Le Rwanda ne lâchera pas le Congo si tôt Le Rwanda n'a pas encore joué sa dernière carte. Ce qu'il n'a pas su obtenir par la force, il cherchera à l'obtenir autrement. Il est important que les dirigeants Congolais sachent que le régime au pouvoir au Rwanda n'est pas prêt à lâcher la RDC. En effet, le Rwanda a ses pions dans toutes les sphères politico-militaro-économiques stratégiques de la RDC. Aussi longtemps que les extrémistes tutsi seront au pouvoir au Rwanda et refuseront de dialoguer avec les opposants hutus vivant à l'étranger, la RDC ne connaitra pas de paix. Le pouvoir rwandais continuera d'utiliser ses pions au Congo pour entretenir l'instabilité dans ce pays au profit du Rwanda. La faiblesse et la fragilisation à dessein de l'armée nationale confortent le Rwanda dans son souci de continuer à avoir une main mise sur les richesses de l'est du Congo. Nkundabatware Mihigo a été savamment instrumentalisé à cette fin par le Rwanda. Quand on observe aujourd'hui l'est du Congo, des avions et véhicules continuent d'assurer le transport des minerais vers le Rwanda et l'Ouganda sans que l'exploitation minière de cette partie du pays bénéficie au gouvernement congolais ou à sa population. La philosophie du nouveau président américain Barack Obama a peut-être fait fléchir le président Paul Kagame qui veut sauver les apparences tout en maintenant un certain contrôle sur le Congo. Le président Barack Obama mène une politique étrangère différente de celle du président George W Bush. Les observateurs avisés ont pu noter que le président Paul Kagame n'a pas été reçu par le nouveau président américain lors de sa récente visite au pays de l'Oncle Sam lorsqu'il est venu recevoir un prix de l'UNICEF. IV. Comment en finir avec les rebellions Le Congo n'a jamais joui de son indépendance depuis 1960. Alors qu'à une certaine époque, la RDC a eu une armée nationale (FAZ) très forte et qui se faisait respecter dans la région des Grands-Lacs et même dans tout le continent africain en dépit de son indiscipline pour assurer la sécurité de la population civile, la nouvelle armée nationale Congolaise (FARDC) issue des tractations politiques avec les rebelles fait encore piètre figure. Elle est hétéroclite, infiltrée, impayée, démotivée, incapable de mettre fin aux velléités des miliciens (CNDP, FDLR, PARECO, LRA, Maï-Maï). Il faut reformer et réorganiser cette armée, la rendre plus professionnelle et la débarrasser des infiltrés et des traitres. Nous avons déjà proposé une approche génétique pour débarrasser cette armée de certains auteurs des crimes sexuels. L'histoire récente vient de nous montrer qu'il y a une bonne façon de mettre fin à des guerres récurrentes. Il faut mobiliser des moyens conséquents pour déstabiliser les mouvements rebelles et anéantir les responsables de ces mouvements. Les exemples nous viennent de l'Angola, du Tchad, et du Sri Lanka. L'exemple du Sri Lanka est particulièrement très intéressant pour le Congo. V . Le Congo doit s'inspirer de l'exemple du Sri Lanka Le 18 mai 2009, le président du Sri Lanka, Mahinda Rajapakse, a annoncé la victoire des forces gouvernementales face à la rébellion sécessionniste „ L'organisation séparatiste des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) « dirigée par un personnage radical et insaisissable, le rebelle Vellupillai Prabhakaran. En effet, Les Tigres tamouls luttaient depuis 1983 pour l'obtention d'un "Eelam" ou un territoire autonome et indépendant pour l'ethnie minoritaire Tamoule qui se sentait marginalisée par la majorité cinghalaise au Sri Lanka . Après l'échec des accords signés entre le pouvoir et les rebelles en 2002, le nouveau président du Sri Lanka est venu au pouvoir avec la détermination de mettre fin à la rébellion. Il a mis le paquet pour que cet objectif soit atteint. En dépit du soutien dont ont bénéficié les rebelles, la détermination du gouvernement n'a eu d'égal que le succès de son action et de sa stratégie pour restaurer l'autorité de l'état dans la partie que contrôlait le groupe rebelle. Et cela fut fait. Le leader rebelle et ceux qui le soutenaient étaient tués. En somme, la discipline de l'armée Sri-lankaise et les moyens mis à sa disposition ont aidé à remettre de l'ordre dans ce pays. Au Congo, les anciens leaders de la rébellion se promènent dans la capitale avec des milices privées. En l'absence d'un tribunal national ou international sur le Congo ou d'une commission vérité et réconciliation ou encore d'une commission „ Justice, Vérité et Réconciliation « comme le souhaite notre compatriote Jean-Pierre Mbelu, ils n'osent demander pardon à la population et continuent même à narguer cette même population avec des menaces à peine voilés de soutien aux mouvements rebelles. On a l'impression que des gens qui ont commis des crimes au Congo sont aujourd'hui protégés par Kinshasa et par Kigali. Si Bemba doit être jugé à la Cour Pénale Internationale (CPI), pourquoi d'autres acteurs ( tels que Azarias Ruberwa, Laurent Nkunda, Emile Ilunga, Adolphe Onosumba, Roger Lumbala, John Numbi, Bosco Ntaganda, Amissi Tango Fort, etc.) impliqués dans la planification et l'exécution de crimes commis à l'est du pays et même à l'ouest du pays doivent-ils échapper à la justice ? VI . Pour une Indépendance Réelle de la République Démocratique du Congo Quarante-neuf ans après l'indépendance de la République Démocratique du Congo, il y a de quoi se demander pourquoi ce pays semble toujours être téléguidé de l'extérieur. A ce jour, la RDC n'est pas un modèle de développement, de démocratie, de justice sociale, ou de progrès social, en dépit de sa position géostratégique au cœur de l'Afrique et de nombreuses ressources (humaines et naturelles) qu'elle regorge. Outre les ingérences extérieures qui freinent le développement de la RDC, il y a à priori une myopie cruelle dans la gestion et l'exploitation stratégiques des ressources naturelles des leaders qui ont géré ce pays depuis 49 ans. Rien n'empêche à la RDC aujourd'hui d'être réellement indépendante. Tout doit partir d'une volonté politique de s'autogérer, de protéger sa population et ses frontières, et de sortir du carcan du sous-développement. A cette fin utile, il faut commencer par déployer de moyens robustes pour construire une armée forte et dissuasive (bien équipée et bien motivée), un système éducatif efficace (pas avec un budget de moins de 2&percnt du budget national comme c'est le cas aujourd'hui), et une économie forte avec des infrastructures routières, ferroviaires, immobilières, scolaires, touristiques, industrielles, hospitalières, techniques… adéquates. Les moyens ne font pas défaut. Il suffit d'exploiter et de gérer correctement les ressources naturelles et humaines du pays. Il suffit de sanctionner sérieusement la corruption et de briser le cycle infernal d'impunité. Il suffit de faire preuve de patriotisme. Imaginons la peine qu'éprouveraient les victimes de la guerre de voir défiler leurs bourreaux d'hier (anciens rebelles du CNDP) devant les membres du gouvernement à Goma, capitale du Nord-Kivu lors des festivités du 49ème anniversaire de l'indépendance du pays demain 30 juin 2009 ! Comment peut-on comprendre que des rebelles des FDLR continuent à contrôler des sites miniers à l'est du pays ? A quand la vraie décentralisation du pays ? Pourquoi le pouvoir central peine-t-il à ce jour à remettre aux provinces leur part des revenues (40&percnt) pourtant prescrite dans la constitution ? Il faut absolument créer les conditions d'une stabilité politique, économique et sociale. Les autorités congolaises doivent comprendre qu'elles ne doivent pas continuer à récompenser les rebelles. Chaque fois qu'il le fait, il encourage d'autres délinquants à suivre le même chemin. La preuve en est qu'il y a déjà d'autres groupes à l'est du pays qui viennent de voir le jour et qui veulent tuer un nombre important de congolais dans l'espoir d'être intégré dans les institutions du pays. Le mauvais précédent créé au Congo suscite des émules. La meilleure façon de mettre fin à la traîtrise et au cycle infernal de rebellions est d'étendre l'autorité de l'état sur l'ensemble du territoire national. Il faut également améliorer les conditions de vie de la population. Le Congo sera réellement indépendant si l'indépendance apporte aux citoyens de ce pays une meilleure qualité de vie quotidienne. L'indépendance signifie que le pays est maître de son destin. L'indépendance n'est pas un concept creux. Elle se vit au quotidien. Elle est synonyme de justice sociale, de liberté, de démocratie, de développement... La RDC sera réellement indépendante quand elle sera capable de domestiquer, de maîtriser et de transformer son espace physique, ses ressources naturelles, son système éducatif, les nouvelles technologies, et la langue de la démocratie et du développement. Qui plus est, la RDC a besoin d'une nouvelle classe politique („ The Beautiful Ones Are Not Yet Born « comme Ayi Kwei Armah intitulait son livre) et d'une classe d'élite plus responsable et créatrice d'emploi. La population congolaise dans son ensemble est donc appelée à consentir des sacrifices pour une indépendance réelle, et non nominale, de la République Démocratique du Congo. L'indépendance est à ce prix.
04 décembre 2009
Laurent Nkunda et la raison d'Etat
L'ancien chef de la rébellion congolaise, en novembre 2008 à Jambo (RD Congo)© Corentin Fohlen/Fedephoto
Depuis son arrestation et son assignation à résidence au Rwanda, il y a dix mois, le rebelle congolais attend une hypothétique comparution. Mais devant quel tribunal ?
Kabuga, colline culminant à 800 m d’altitude dans la banlieue est de Kigali, est une petite ville plutôt tranquille. C’est ici que vit Laurent Nkunda. Une grande maison entourée d’arbres, quatre à cinq pièces, ni fauteuils ni canapés, mais des chaises en bois de fabrication locale. La résidence est gardée par une douzaine de militaires, dont deux officiers. Tous en civil. Nkunda, l’unique prisonnier, n’a le droit de communiquer avec personne, à l’exception de sa proche famille. Voilà maintenant plus de dix mois que l’ancien chef rebelle congolais a été assigné à résidence ici.
Tout a commencé en janvier 2009. Au moment où se déroulent à Nairobi des pourparlers directs entre les représentants du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et ceux du gouvernement congolais, le chef militaire du mouvement rebelle, Bosco Ntaganda, annonce, le 5 janvier, sa rupture avec Laurent Nkunda. Ce coup de théâtre n’est pas le fait du hasard : Ntaganda a été retourné à la suite de négociations secrètes entre Kinshasa et Kigali.
Du Nord-Kivu à Kigali
Au cœur de ces réunions décisives se trouvent quelques personnages clés. Côté congolais, il y a principalement le général John Numbi Banza, inspecteur général de la police, et le député Katumba Mwanke, deux hommes très proches du président Joseph Kabila. En face d’eux, le général James Kabarebe, chef d’état-major de l’armée rwandaise, et le général de brigade Jack Musemakweli, responsable du renseignement militaire. But de ces rencontres : mener des actions militaires conjointes contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) installées depuis une dizaine d’années dans les provinces congolaises du Nord- et du Sud-Kivu (Est) et mettre également un terme aux ambitions de Laurent Nkunda, le chef rebelle congolais dont les hommes font trembler la région. L’opération « Umoja wetu » (« Notre unité ») sera déclenchée le 20 janvier. Quatre jours plus tôt, le 16 janvier, le commandement militaire du CNDP annonçait la fin des hostilités contre l’armée congolaise.
C’est dans ces conditions que Laurent Nkunda reçoit un coup de fil de James Kabarebe, qui l’invite à Gisenyi, dans l’ouest du Rwanda, pour des discussions sur la nouvelle donne. Nkunda a-t-il compris que le glas vient de sonner pour lui ? Espère-t-il encore changer le cours des événements ? Toujours est-il qu’il quitte ses terres du Rutshuru, dans le Nord-Kivu, le 22 janvier. À 20 heures, il arrive à Gisenyi en compagnie de quelques fidèles. Trois heures plus tard, il se retrouve en face de Kabarebe dans une villa. L’entretien dure jusqu’à 3 heures du matin. Le chef d’état-major de l’armée rwandaise essaye de convaincre son hôte de se retirer de la scène, expliquant que Kabila ne veut pas travailler avec lui dans la nouvelle guerre contre les FDLR. Mais, cela, Nkunda ne peut l’accepter. Quand les deux hommes se séparent, l’atmosphère est tendue.
Le lendemain, le 23 janvier, la nouvelle de son arrestation est annoncée dans les médias. L’ancien homme fort du CNDP, qui n’a pas écouté la radio, l’apprend de la bouche de sa femme, Elisabeth Maheshe Nkunda. Les événements se précipitent ensuite : l’arrestation devient officielle et Nkunda, sans téléphone portable, est coupé du monde. Gardé au secret à Gisenyi, il ne sera transféré à Kabuga que le 26 mai. Une source rwandaise proche du dossier affirme que James Kabarebe voulait même, au début de sa mise aux arrêts, le livrer sans délai aux autorités congolaises, avant d’en être dissuadé.
Il écoute la radio tôt le matin
Quelques mois plus tard, Elisabeth Maheshe Nkunda, qui n’a plus vu son mari depuis le 23 janvier, porte plainte contre le gouvernement rwandais pour détention illégale. La requête est déposée le 16 mars par un collectif d’avocats dirigé par le Canadien Stéphane Bourgon. Mais la procédure s’enlise lorsque le tribunal de grande instance de Gisenyi demande à Stéphane Bourgon, qui n’a jamais rencontré son client, de préciser le nom de l’accusé. C’est ainsi qu’une nouvelle plainte est déposée contre le général James Kabarebe. Depuis avril, la procédure est bloquée. Car, selon les explications de Richard Rwihandagaza, avocat de Nkunda jusqu’en avril dernier, « la comparution de Kabarebe devant une juridiction militaire exigerait celle de Nkunda. Apparemment, les autorités rwandaises ne veulent pas d’un tel engrenage ». Ou comment éviter d’ouvrir la boîte de Pandore…
En attendant, sa famille – c’est-à-dire sa femme et deux de ses six enfants – est autorisée à lui rendre visite. « Quand j’entre dans cette maison, je suis obligée de déposer mes téléphones sur une table. Mais je parle à mon mari sans témoins », confie Elisabeth Maheshe Nkunda. S’il n’a pas de téléphone, Nkunda est toutefois au courant de tout ce qui se passe dans le monde : il écoute la radio dès 5 heures du matin, regarde la télévision et lit les journaux que sa femme lui apporte. Son quotidien semble même très bien réglé : il se lève dès l’aube, écoute les informations, quitte sa chambre entre 10 heures et 11 heures pour prendre l’air dehors, déjeune à 13 heures avec les deux officiers (les repas sont préparés par les gardes), regagne sa chambre à 14 heures pour la sieste, en sort à 16 heures pour une partie de volley-ball ou de football avec ses gardiens, dîne à 20 heures avant de retrouver sa chambre deux heures plus tard. Pasteur évangélique, Nkunda lit la Bible, écoute aussi de la musique religieuse et regarde sur un lecteur de DVD des pièces de théâtre congolaises. Ne portant plus de tenue militaire, il est souvent en survêtement. D’après sa femme, il écrit beaucoup. C’est en août, deux jours avant la rencontre entre Joseph Kabila et Paul Kagamé à Goma, qu’il a reçu la dernière visite d’un officiel rwandais : le général Jack Musemakweli, qui s’en réfère directement à James Kabarebe. Le dossier Nkunda est également suivi par le colonel Joseph Nzabamwita de l’External Security Organisation (ESO), qui en rend compte à Emmanuel Ndahiro, le patron des services de renseignements.
Un proche du dossier affirme que Laurent Nkunda « est bien traité humainement », mais qu’il est « déprimé, car il ne s’attendait pas du tout au revers qu’il a subi et dépérit à vue d’œil ». Pour Elisabeth Maheshe Nkunda, « c’est un prisonnier fatigué qui veut savoir ce qu’on lui reproche et combien de temps il vivra dans ces conditions. Il n’est pas déprimé. Il a plutôt le sentiment d’être torturé moralement. La solitude lui pèse. Il reste persuadé que les Rwandais l’ont trahi ». Plus d’une fois, il lui a été demandé de choisir un pays d’accueil. Mais Nkunda ne veut pas entendre parler d’exil. Il préfère se retrouver dans l’un des camps où vivent des réfugiés tutsis congolais. « Pour fomenter des troubles ? Il n’en sera jamais question ! », tranche un officiel rwandais. Une chose est sûre : il a perdu le sourire.
Quel avenir pour l’enfant terrible du Nord-Kivu ? Sera-t-il extradé vers son pays comme l’exigeait Kinshasa il y a quelques mois ? Ou sera-t-il tout simplement retenu au Rwanda jusqu’à ce qu’on l’oublie ? Rien n’est simple dans cette affaire, même si l’option « relégué aux oubliettes » serait pour beaucoup la plus simple. D’un côté comme de l’autre, il est question de raison d’État. « Nous avons dit aux Congolais de comprendre que cette affaire a des répercussions sur notre politique intérieure », explique un responsable rwandais. « Étant d’ascendance rwandaise, Nkunda a, comme le stipule notre Constitution, automatiquement la nationalité rwandaise. Donc, nous ne pouvons l’extrader sans provoquer la colère de nombreux Congolais d’ascendance rwandaise qui vivent dans notre pays et qui sont dans le même cas que lui », conclut-il. À Kinshasa, un ancien ambassadeur congolais ne dit pas le contraire : « La Constitution du Rwanda fait de Nkunda un citoyen de ce pays. Nous ne pouvons donc pas le réclamer au Rwanda. Notre seule préoccupation reste l’intégration régionale. »
Parler à Kagamé
De toute façon, Kinshasa semble s’intéresser peu à son cas. Dans l’entourage du président congolais, on explique : « Ici, nous ne parlons pas beaucoup de cette affaire. Le chef de l’État n’y croit pas. Je ne l’ai jamais vu emballé, même lorsque le gouvernement a entrepris des démarches pour obtenir l’extradition de Nkunda. Cette extradition l’aurait embarrassé pour plusieurs raisons. D’abord que faire de l’ancien rebelle : le mettre en prison, le laisser en liberté et l’expliquer à la population ? Si les Rwandais nous envoyaient Nkunda, ce serait un cadeau empoisonné et il y aurait un piège quelque part. »
Stéphane Bourgon, l’avocat canadien, doit déposer avant le 26 novembre une nouvelle requête à la Cour suprême pour obtenir la libération de son client. « Je vais expliquer que Nkunda était un gage de stabilité, pas d’instabilité », commente l’avocat. Une fin de non-recevoir a été réservée à ses deux dernières requêtes déposées en septembre et en octobre devant l’auditorat militaire et la Haute Cour militaire. « Quand un tribunal refuse même de recevoir une requête sans qu’il y ait eu audience, c’est inquiétant », déclare Stéphane Bourgon. « En cas d’échec devant la Cour suprême, je poursuivrai l’aspect judiciaire le plus loin possible, renchérit-il. Comme ultime recours, je sensibiliserai les ambassades étrangères à Kigali. Mais j’espère aussi pouvoir rencontrer le président Paul Kagamé, qui est un homme de dialogue. Je lui ai écrit plusieurs fois. Je ne sais pas s’il a reçu mon courrier notifié par voie d’huissier. » En attendant, Elisabeth Maheshe Nkunda et ses enfants vivent actuellement à Nyamirambo, un quartier populaire de la capitale rwandaise. Si elle ne se fait pas beaucoup d’illusions, la femme de Laurent Nkunda garde espoir : « Les États-Unis finiront par faire quelque chose », lâche-t-elle, énigmatique.
