"Il règne l'atmosphère la pire des trois dernières années. C'est un chaos généralisé, avec des nouvelles de combats et de fuites massives et une confusion dangereuse" : c'est en ces termes qu'une source de la MISNA contactée mardi à Goma décrit le climat du chef-lieu du Nord-Kivu, la turbulente province orientale de la République Démocratique du Congo où sévissent depuis plusieurs mois des combats entre l'armée régulière et les rebelles du Cndp sous commandement du général dissident pro-rwandais Laurent Nkunda. "La situation est très tendue. À partir des informations que nous recevons, de violents combats sont en cours depuis ce matin autour de la ville de Rutshuru. D'après les dernières nouvelles, les hommes de Nkunda ont battu l'armée congolaise et seraient déjà entrés dans la banlieue de la ville. À Kiwanza (un quartier de la périphérie de Rutshuru) se situe une base de la Monuc (mission de l'Onu dans le pays, Ndlr) et nous ignorons la manière dont les casques bleus réagiront", ajoute la source de la MISNA, avant de préciser que des milliers de civils quittent la zone et suivent deux directions : "Certains vont vers le Nord ; d'autres en revanche se dirigent vers Goma". Les informations recueillies par la MISNA confirment que les rebelles du Cndp se sont divisés quant à eux en deux colonnes : alors qu'un bataillon combat pour s'emparer du contrôle de Rutshuru (important carrefour à proximité de la frontière de l'Ouganda et du Rwanda) et de la zone environnante, l'autre se déplace vers le Sud en direction de Goma. En effet, des combats se vérifient également dans la zone de Kibumba, à une vingtaine de kilomètres au nord de Goma, sur l'axe routier qui mène vers Rutshuru, à une cinquantaine de kilomètres plus au nord. "Les militaires congolais perdent du terrain et se retirent peu à peu de leurs positions initiales", ajoute une autre source de la MISNA, particulièrement bien renseignée sur les développements militaires et qui estime vraisemblable la participation de renforts externes au Cndp, qui s'était montré incapable dans les combats des derniers mois de remporter sur le terrain des résultats d'une telle ampleur. "Les soldats de l'armée ont également retiré de la zone quatre des six chars d'assaut qu'ils avaient envoyés sur la ligne de front. À leur retraite tactique vient par ailleurs s'ajouter la véritable débâcle de certains bataillons. Depuis lundi, on voit en effet des militaires en uniforme s'enfuir à pied avec leurs familles, en emportant casseroles et matelas", ajoute notre interlocuteur. Pendant ce temps, aucun bilan des victimes des derniers combats n'est encore disponible. "Nous n'arrivons même pas à compter les vivants, ce n'est donc pas la peine d'envisager de le faire pour les morts", dit un agent humanitaire qui préfère rester anonyme, tout en confirmant que des dizaines de milliers de personnes (peut-être plus de 100.000) se sont mises en route depuis le week-end dernier pour échapper aux violences. "Nous ne sommes pas en mesure de fournir des estimations précises. Nombre des civils en fuite s'étaient déjà enfuis au cours des dernières semaines et les affrontements empêchent les déplacements et de vérifier les chiffres", dit à la MISNA une source du Bureau de coordination des Affaires Humanitaires (Ocha ou Bcah) des Nations Unies, commentant les déclarations du gouverneur du Nord-Kivu qui a parlé mardi, à la radio, de "deux millions de personnes déplacées" : un chiffre que certains coopérants humanitaires jugent excessif, préférant donner une estimation de 1.300.000 personnes au maximum. À ce cadre déjà complexe s'est ajoutée au cours des dernières heures la nouvelle de la démission du général espagnol placé à la tête de la Monuc. "La Monuc est paralysée. Aujourd'hui, toutes les réunions ont été annulées et les véhicules ne circulent pas pour éviter des tensions avec la population qui proteste toujours contre l'immobilisme des casques bleus et de la communauté internationale", ajoute la source de la MISNA à Goma. La riposte des soldats de maintien de la paix à la manifestation des civils qui a eu lieu lundi dans le chef-lieu du Nord-Kivu contre le siège local de la mission des Nations Unies a également contribué à accentuer les tensions entre la population locale et la Monuc. En effet, selon des sources bien informées, pour disperser la foule qui lançait des pierres contre la base de l'Onu, les casques bleus auraient ouvert le feu, tuant deux civils au moins (certains parlent même d'une troisième victime) et un militaire congolais. Des informations devant encore faire l'objet de confirmation font par ailleurs état du décès de deux casques bleus : un atteint à la tête par une pierre et l'autre tué par la colère de la foule. (MZ/CN)