A l’occasion du 16e anniversaire de la marche des chretiens du 16 février 1992

Le culte des saints dans l’Eglise Catholique a commencé avec l’honneur rendu aux martyrs.  Les chrétiens, pour s’édifier mutuellement, se réunissaient et se racontaient les merveilles que Dieu a faites pour eux à travers leurs martyrs.

Je vais emprunter de cette pratique des premières communautés chrétiennes la mé-thodologie de ma communication.

 

I.  La marche du 16 février, récit d'un témoin oculaire[1].

 

Disant la messe de 9 h 30 à Saint Joseph tous les dimanches depuis cinq ans, je m’y suis rendu le dimanche 16 février malgré les difficultés prévisibles, car l’église se trouve précisément au rond pont Victoire à Matonge.

Arrivé à Saint Joseph, j’ai déposé le livre des monitions à la sacristie et me suis ensuite rendu devant l’église, comme je le fais d’ordinaire pour parler avec les gens qui viennent pour la messe de 9 h 30 et attendent à l’extérieur la fin de la messe des enfants.

La situation était déjà très tendue : une foule compacte chantant en agitant des branchettes était bloquée par les Gardes civiles un rien à gauche de l’Eglise vers le rond point Victoire.

J’ai vu de mes yeux les Gardes Civiles venir décharger leurs armes en l’air presque à bout portant, un mètre devant les manifestants.  Ensuite la DSP[2] est arrivée, elle a  fait reculer la Garde Civile et s’est mise à tirer sur les manifestants. Ce que j’ai vu et entendu, c’est une avalanche de balles qui semblaient venir de toutes les directions et une fuite éperdue des manifestants.  L’un d’entre eux est tombé la face contre terre juste à la grille de la parcelle.  Je suis allé vers lui ;  le sang coulait abondamment  de la tête ;  il avait été atteint d’une balle à hauteur de la lèvre, en plein visage.  C’était une balle tirée pour tuer.  Des hommes de bonne volonté l’ont ramassé et transporté sous le porche de l’église.  A ce moment aussi la manifestation restait toujours pacifique : de multiples appels « bofinga bango te » (ne les insultez pas) étaient adressés aux plus excités.

Peu après, un second corps a été amené, venant du côté de Matonge. Il a été déposé à côté du premier devant l’église.  Sur le coté gauche de l’église, près de la porte de la chorale, deux hommes furent encore atteints par une même balle au moment où ils se jetaient par terre le long du mur de l’église.  On les transporta vers l’arrière, entre l’église et le presbytère.

Quand l’église a été ouverte, les corps des deux premiers tués ont été portés à l’intérieur et couchés par terre au pied du chœur.

Tous les quarts d’heure environ jusqu’aux environs de midi, on a apporté d’autres corps, jusqu’à en avoir 7 couchés côte à côte.  Il était difficile de tenir l’ordre dans cette chapelle ardente improvisée, surtout à chaque arrivée d’un nouveau corps. Mais de multiples personnes s’y sont employées à tour de rôle, animant au micro des chants, récitant le chapelet ou donnant des instructions pour orienter le cortège des personnes qui voulaient défiler devant les victimes.  Ce défilé n’était pas inutile, car peu de morts avaient des papiers sur eux.  Ce sont des personnes qui les connaissaient qui ont identifié les autres. Sur chaque corps, on put ainsi déposer un carton portant son nom et son adresse.  Beaucoup de personnes ont copié ces informations et une série de photos et même de films ont été pris.

 

Tous les morts étaient touchés par balle au visage ou à la poitrine et saignaient abondamment.  Plusieurs visages étaient horribles à voir. Un drap a été mis sur certains.  Il y avait parmi les victimes un enfant de cinq ou six ans et un autre de douze à quinze, dont le papa s’est présenté et a placé le corps sous la protection de l’Eglise. On avait en effet vu des hommes en tenue de Croix rouge se faufilant dans les rues autour de l’église et très tôt il était certain pour tous qu’ils étaient le service de croix rouge de la DSP  et non celui de la zone ou de la ville.

On craignait dès lors qu’ils ne fassent disparaître les corps, comme après le massacre des étudiants de l’université le 4 juin 1969.

Vers 14 h, les environs de Matonge étaient vides et contrôlés par la DSP et les Gardes Civiles.  Mais il y avait encore environ 2000 personnes dans l’église et dans la parcelle qui l’entoure.  Il était clair que les militaires cherchaient à les disperser.

Il était peut-être 14 h 45 quand le dernier drame s’est produit.  Un soldat, grimpé sur le toit de la salle paroissiale, a jeté à l’intérieur de l’église une grenade lacrymogène à travers les claustras.  Je l’ai vue tomber, elle a éclaté et dégagé une fumée suffocante.  Pris dans la densité des gaz, c’est sur tout le corps qu’on ressent assez rapidement des picotements. Ce fut une panique affreuse : les gens se sont rués les uns sur les autres, écrasant tout ce qui résistait, renversant l’orgue, les fleurs autour du tabernacle, arrachant  les rideaux et tentures.  Des gens ont escaladé la cloison arrière du chœur pour se retrouver bloqués dans le corridor étroit qui se trouve derrière : ils ont alors brisé une série de vitres translucides donnant sur l’extérieur.

Beaucoup se sont jetés sur la vasque des fonts baptismaux et la sacristie, dans le souci de mouiller leur mouchoir pour se protéger les yeux.  Que de casse en quelque minutes par un acte irresponsable, sans avertissements ni sommation ! Pour ajouter d’ailleurs à la panique, les militaires se mirent à tirer en l’air en rafales pour achever de disperser ceux qui sortaient en courant de l’église.

Vers 15 h 20, on vit s’avancer des hommes en tenue de croix rouge autour de l’église et deux corbillards. Nous ne pouvions pas accepter qu’on prenne les corps sans ordre de mission et une décharge indiquant où on les conduisait. Une discussion s’éleva entre les militaires, leurs croix rouge, le commissaire de zone et nous-même.

Le commissaire de zone donna l’ordre de prendre les corps de force, malgré notre protestation.  Le parent d’une des victimes qui était dans l’église laissa alors éclater sa douleur en criant qu’il n’appartenait pas à ceux qui avaient tué ces hommes de les emporter sans l’accord de leurs familles.  Le commissaire de zone demanda à deux soldats de le saisir.  Mais l’homme, par la force du désespoir, réussit deux fois à les jeter par terre.  Ce fut une course affreuse dans l’église. Finalement, l’homme se cramponna à l’autel.  Il en fut enlevé avec brutalité : le cierge électrique fut lui-même arraché, la nappe déchirée et l’eau du vase de fleurs renversée sur l’autel.  A ce moment, il y avait tout un groupe de militaires en armes et sans aucun respect dans l’église.  Pendant ce temps, les croix rouges enlevaient les corps sans ménagement et sans même prendre la peine de noter leur identité. Les ayant chargé dans deux corbillards amenés près de la porte latérale située du coté de la chorale, ils partirent avec sirènes précédés d’une jeep de la DSP avec drapeau de la croix rouge.

Il était 15 h 48 quand tout fut fini. Avec les trois abbés de la paroisse, nous nous sommes alors rendus chez le Cardinal pour lui faire rapport sur ce qui s’était passé depuis le matin.  Après avoir écouté notre récit, il tint à prier un chapelet à la chapelle, puis nous accompagna à Saint Joseph pour voir l’endroit où les morts avaient reposé et l’état dans lequel se trouvait l’église.  Il en fut très peiné et partit ensuite visiter les blessés qui se trouvaient à l’hôpital Saint Joseph à Limete.

 

II. ESSAI D’UN FONDEMENT THEO-LOGIQUE ET SPIRITUEL DE LA MAR-CHE DU 16 FEVRIER.

 

 

Chaque fois que nous nous trouvons devant une situation difficile, notre réflexe comme chrétien, c’est-à-dire disciple du Christ,  devrait être de nous tourner vers Jésus et son enseignement pour essayer de donner sens à notre expérience et tirer un enseignement  pour notre comportement futur.

 

« Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier. (…)S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi. » (Jean 15, 18 ; 20).

 

Ces paroles de Jésus anticipent bien les péripéties que connaîtront dans l’histoire le rapport entre les chrétiens et le pouvoir politique, l’Eglise et l’Etat. En effet, le Christ commence sa mission pendant que son pays Israël est sous occupation étrangère (romaine). Le peuple élu  connaît alors répression, massacre, profanation des lieux saints et humiliation sur humiliation.

Face à cette situation d’oppression, même les chefs religieux craquent.  Demeurer indifférent de toute évidence serait un affront à Yahvé, de l’inconscience, ou alors de la trahison. Tout le peuple donc s’engage dans la résistance. Celle-ci se déploie en trois courants : les groupes des esséniens, les pharisiens, et les zélotes.

-         Les Esséniens choisissent le refuge au désert et entendent mener le combat de façon mystique.  Ils sont fils de lumière et se battent contre les fils des ténèbres. Leur arme, c’est la prière, le jeûne, la méditation et la mortification. Ils attendent que le  Messie vienne selon la promesse pour les sauver des mains impies.

 

-         Les pharisiens optent pour la lutte au cœur même de la ville. Ils s’approprient la religion et l’adaptent aux défis du moment. Pour remédier à la désacralisation d’Israël et de ses lieux saints, ils inventent des lois, jusqu’à friser l’inflation de pratiques légales. Pour les pharisiens, l’observance scrupuleuse de la loi devrait être une interpellation, un appel à la conversion et un travail sur les consciences même des païens envahisseurs.

-         Les zélotes sont plus nerveux. A l’instar de leurs devanciers, les Maccabées, qui s’étaient opposés héroïquement aux envahisseurs, ils optent pour la résistance armée. Ils prendront carrément le chemin des maquis d’où ils mèneront des actions de guérilla contre l’occupant.

La Bonne Nouvelle naissante sera confrontée à cette conjoncture politique difficile.  Jésus se trouvera affronté à ces trois  attitudes.

-         Les « spirituels » verront dans son enseignement la prédication pour un royaume à venir.

-         Les militants ne retiendront de ses paroles que des appels à l’engagement à même de galvaniser les foules et à motiver au combat.

- L’autorité religieuse le trouvera agité, imprudent, téméraire, de formation théologique insuffisante, blasphémateur et le condamnera pour cela à mort.

 

-  Enfin l’autorité d’occupation, et ses collaborateurs juifs, s’efforceront d’identifier Jésus aux zélotes et les disciples, à une bande de terroristes. Tous bon pour la croix, l’échafaud.

II. 1. Jésus n’est ni Nicodème ni Barrabas.

 

Les paroles comme les actions de Jésus ne se laisseront ni contaminées ni impressionnées par ces différentes attitudes.

 

Par son enseignement, il fera un choix sans ambiguïté  pour le plan de son père : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le Seigneur » (Luc 4,18-19).

Dans son agir, il surprendra ses concitoyens.

-         Il n’agira jamais par haine ni colère stérile. A la place, il prêchera l’amour du prochain, même de l’ennemi. (Jn. 15. 12). 

-         Quand il encourage à payer l’impôt, c’est pour réclamer que le Seigneur Dieu soit aussi traité avec au moins le même égard. (Mt 22,17).

 

-          L’appel à respecter la loi ne lui interdit pas de qualifier l’occupant  de renard (Luc 13, 32) marquant ainsi son refus de déifier l’autorité.

-         Il qualifiera de « faux bergers » les leaders du peuple qui poussent à des actes suicidaires.

 

-         Il choisira  Matthieu le publicain du cercle du pouvoir montrant que sa communauté est ouverte à toutes les catégories des personnes.

 

-          Il ne retiendra pas Judas quand celui-ci se sera désolidarisé de la mission, et décidera de trahir l’idéal.

 

-         Il agira énergiquement (comme pour un acte commando) face aux vendeurs dans le temple, pour exiger que la maison de son père ne soit un repaire de brigands. Mais arrêtera net saint Pierre quand il voudra répondre à la violence par la violence. 

-         Il brisera les murs du régionalisme (clanisme, tribalisme) en allant vers les samaritains tout en insistant sur l’essentiel : adorer Dieu en Esprit et en vérité.

Ainsi donc, à moins de déformer les textes bibliques, il est impossible de faire du christianisme une religion des esséniens ou de Barabbas. 

II.2. Le christianisme n’est pas une religion des démissionnaires. Jésus n’était pas un naïf non violent

L’enseignement de l’engagement socio-politique de l’Eglise moulée dans la théorie de  la non-violence active et évangélique  nous enseigne qu’il y a des circonstances qui peuvent pousser les chrétien à l’insurrection.

Mais peu importe la forme que prend la résistance face au péché et aux structures de péché, le chrétien ne peut sacraliser la violence en la versant au compte de Jésus. La désobéissance civile (et parfois même l’opposition armée) sont  souvent une dure nécessité, dont le chrétien ne pourrait user que momentanément et de façon limitée en l’absence d’autres moyens pour faire triompher le bien commun. L’Eglise a un enseignement assez détaillé dans ce domaine.

De toute façon et c’est cela la Bonne Nouvelle, le Christ ne vient pas nous démobiliser, nous encourager à laisser le mal continuer à faire des ravages. Il nous pousse au contraire à renverser la logique du monde, à être « vainqueur du mal par le bien » (Rom, 12, 21).

C’est fort de cet enseignement que le chrétien a le devoir sacré de résister aux « césars » de tout le temps qui essaient de contraindre à une allégeance inconditionnelle au mal. Pour les chrétiens, il n’y a pas de raison d’Etat absolu et aucun pouvoir ne peut obliger au péché. 

 

III. 16 FÉVRIER : QUEL MESSAGE POUR AUJOURD’HUI ?

 

 

Le 16 février, plus d’un million de chrétiens de Kinshasa, toutes confessions confondues, sont descendus dans la rue pour réclamer l’ouverture de la Conférence nationale souveraine. Ailleurs dans les provinces les chrétiens on fait de même. A certains endroits leur évêques était même au devant du peuple  à la tête de la marche.

Cette action, la première du genre, ébranla les fondements d’une dictature  considérée jusque là comme invincible. Par le 16 février les chrétiens Congolais venaient de prouver au yeux du monde qu’ils pouvaient non seulement mobiliser une grande partie de la population, mais pouvaient ainsi précipiter le changement politique dans le pays.

-         Son message principal a été la force de la solidarité. Le 16 février, le peuple était coalisé contre la dictature.

-         Un autre message était l’unité. De l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud,  nous étions un. Cette date avait été célébrée un peu partout au pays. Aussi après le massacre des chrétiens, des messages de condoléances et de solidarité sont arrivés de partout au pays.

-         Le 16 février a été aussi notre victoire sur la peur. Nous sommes parvenus à sortir de nos égoïsmes pour nous engager dangereusement pour un projet commun qu’était à l’époque la CNS.

Aujourd’hui, comme le peuple juif en exil en Babylonie, nous sommes un peuple à plaindre. Nous courbons l’échine suite au poids des troupes d’occupation, des troupes étrangères.  Le pays a explosé en plusieurs morceaux. Il y a désormais une zone gouvernementale, au moins 4 zones rebelles (RCD/GOMA, RDC/ML (Lumbala), RCD/Nyamwisi, MLC (Bemba). Nous vivons une partition de fait.

 

La guerre nous a apporté un cortège de misère :

16 millions de personnes touchées par ses effets,

 

2,6 millions de déplacés de guerre,

500 mille réfugiés,

5 millions de morts.

La situation est assez grave pour justifier un réveil collectif de la torpeur.

Hier, ce qui nous a caractérisé était le refus de compromission avec un système qui n’avait que mépris pour la valeur de la personne humaine créée à l’image de Dieu.  C’est ce refus de l’absurdité qu’était la dictature hier qui devrait s’intensifier  aujourd’hui dans notre refus de la folie, l’aberration qu’est la guerre des autres chez nous et ses conséquences. Les initiatives pour mettre fin à celle-ci devraient mobiliser les chrétiens de ce pays déchiqueté, de l’est à l’ouest, du nord au sud. C’est ce enseignement que nous donne l’Eglise de la RDC.

 

 

III. 1. L’enseignement de l’Eglise de la RDC

 

Dans un contexte comme celui de la RDC, notre mission prioritaire est, disent nos évêques,  d’aider à la formation d’une nation.

 

  « Amener les individus et les groupes d’origine et de mentalités différentes à devenir et à former réellement une nation.  Car là seulement où existe la nation, il peut y avoir des raisons, des causes et un projet de société considérée comme patrimoine commun et pour lesquels les citoyens peuvent exiger et revendiquer avec assurance et détermination un système démocratique de gouvernement et de gestion »[3].

 

                   Car c’est seulement là où il y a un patrimoine concret à défendre et à mettre en valeur que l’on peut mobiliser les énergies.

 

                   Un certain nombre de questions devraient retenir tout particulièrement l’attention aujourd’hui. Parmi celles-ci, le caractère national des enjeux politiques, promouvoir la solidarité entre les régions, les groupes et les personnes ; cimenter l’unité nationale ; renforcer le sens du bien commun. Nous devrions aussi intensifier le travail de vulgarisation des devoirs et des droits des citoyens.   Ceci habilitera la population à mieux défendre ses droits et à s’acquitter de ses responsabilités et devoirs.  L’épiscopat demande que soit intensifiée dans les communautés chrétiennes jusqu’au fin fond des villages, la formation à une culture démocratique.

L’épiscopat de la République Démocratique du Congo demande encore avec insistance à la population, aux politiciens chrétiens, dans plusieurs de ses dernières lettres, de s’organiser pour contribuer à réorienter le parcours de l’histoire politique du pays.

  « Nous nous adressons plus particulièrement à ceux parmi vous qui sont chrétiens.  Organisez-vous et entendez-vous pour mettre fin à la souffrance du peuple »[4]. « Aux chrétiens de notre pays, spécialement aux laïcs catholiques, nous demandons de prendre conscience de la nécessité de leur participation active à la prise des décisions qui ont un impact sur la marche de la vie collective. Soyez-y présents en tant que chrétiens et apportez-y la lumière du christ.  N’attendez pas la permission des évêques pour vous engager dans la politique et ne leur demandez pas de le faire à votre place. C’est bien là le domaine de votre sanctification »[5]

 

Et de rappeler que la mission de la hiérarchie de l’Eglise n’est pas de définir comment les chrétiens doivent s’organiser.

 

  « Il n’est pas dans le rôle de l’Eglise de promouvoir des idéologies, de concevoir des stratégies d’action politique, des programmes de gouvernement, de parrainer politiquement des individus ou des groupes pour l’accès ou le maintien au pouvoir (…) Personne non plus au Zaïre ne fait de la « politique » au nom ni pour le compte de l’Eglise »[6].

 

Il est cependant dans la ligne droite de sa mission d’aider ceux qui sont engagés à la faire en chrétiens en intensifiant l’explication, l’illustration et l’enseignement sur l’engagement socio-politique.

 

Conclusion

 

Le 16 février 92 aura été un moment de grâce, un moment formidable pour notre peuple.  Beaucoup d’entre nous sont fiers d’en avoir été  des acteurs. Dix ans après, ayons le courage de faire le bilan.

Le peuple est humilié jusque dans ses sanctuaires . Où sont passés nos prophètes d’hier ? On assassine évêques, prêtres, religieux, religieuses, laïcs engagés, simples chrétiens et nos célébrations n’en font pas cas…  Où sont passés nos chefs religieux ?  et l’on pourrait continuer la liste…

 

A l’approche du dialogue inter congolais, enjeu majeur pour notre futur,  je propose pour méditation cette réflexion du Père Vata :

« Aujourd’hui, il appartient aux vivants, aux témoins des massacres du 16 février, d’honorer la mémoire de ceux qui sont tombés pour le triomphe de la démocratie au Zaïre. ….

 

La seule façon de nous montrer dignes d’eux, c’est de reprendre le flambeau de la liberté en poursuivant la lutte non-violente qui inclut le dialogue, les moyens pacifiques de pression, la prière et le pardon pour l’instauration d’un Etat de droit et d’une société vraiment démocratique au Zaïre.

 

La Plus grande insulte que nous ferions aux victimes de la marche d’espoir », serait d’en faire – par le biais d’un oubli coupable- des morts inutiles, des défunt anonymes…Il nous faudra donc aujourd’hui, demain, après demain et toujours…nous souvenir ».

 

Rigobert Minani Bihuzo s.j

           Représentant du Groupe Jérémie et                          Permanent du Rodhecic

Patrick kanku