Un juge congolais vient troubler l’audience

BRUXELLES De mémoire de chroniqueur judiciaire, c’est du jamais vu ! Au cours d’une audience devant une juridiction belge, un juge étranger, Engboko Alhongo – président du tribunal militaire à Kinshasa –, vient s’immiscer dans un litige qui oppose une famille au gouvernement congolais…

Un tel piment dans un dossier judiciaire pourrait faire sourire, si le sujet n’était si grave. La famille d’Armand Tungulu Mudiandambu a, en effet, obtenu du tribunal des référés qu’il ordonne à la RDC – le 11 octobre dernier – de faire transférer à Bruxelles, dans sa famille, la dépouille mortelle de l’opposant décédé voici un mois et demi dans des conditions troubles.

Cette décision des référés a été annulée par l’intervention des avocats du gouvernement congolais qui ont obtenu que le litige soit réexaminé en leur présence, puisque cette ordonnance du 11 octobre a été prononcée sur requête unilatérale, c’est-à-dire sans adversaire. L’affaire devait donc être à nouveau plaidée avant-hier, en présence des hommes de loi représentant la RDC. Mais on ne s’attendait quand même pas à voir débarquer un juge militaire…

Les autorités judiciaires avaient été averties d’éventuels incidents et il n’y eut finalement que quelques mouvements d’humeur échangés entre les partisans. Le juge Engboko Alhongo avait effectivement saisi le tribunal des référés de son “intervention volontaire en tierce opposition”.

Cependant, mercredi matin, après le brouhaha suscité par sa requête, il a fait savoir qu’il se désistait de la cause. Me Jean-Claude Ndjankani, le conseil de l’épouse d’Armand Tungulu et de ses enfants, s’est fait accusateur : “Il s’agit de manœuvres sordides pour retarder la procédure. Mes adversaires n’étaient pas en état de plaider le dossier. Et le gouvernement Kabila craint que nous ne puissions constater sur le corps de M. Tungulu les preuves évidentes de son assassinat !” Suite le 29 novembre.

Jean-Pierre De Staercke