Torturé par des membres de la garde personnelle de «Joseph Kabila» à la ferme de Kingakati avant d’être transféré au Camp Tshatshi, Armand Tungulu Mudiandambu est mort dans la nuit de vendredi 1er à samedi 2 octobre. La nouvelle a été annoncée samedi soir par la télévision d’Etat (RTNC). Cause du décès : «suicide». Et pourtant des témoins attestent que Tungulu a été grièvement blessé par un des gardes de «Kabila». Quarante-huit heures après l’annonce de cet assassinat, la famille Tungulu n’a toujours pas accès au corps du défunt. Pire, elle ne sait à quelle autorité s’adresser. Le «raïs» et ses sicaires sont conscients qu’une autopsie pourrait révéler le traitement cruel et inhumain infligé à ce citoyen congolais. Des militants de défense des droits de l’Homme pourraient saisir le Parlement dès lundi.

Qui est responsable de quoi au Congo dit démocratique? Devant quelle institution un citoyen lésé dans ses droits peut-il se présenter ne serait-ce pour exprimer des doléances ? Y a-t-il une justice dans ce pays ? Qu’en est-il du Parlement dont le rôle - sur papier du moins - consiste notamment à contrôler l’action du pouvoir exécutif afin que «le pouvoir arrête le pouvoir»? Ce sont là des questions que se posent les parents et amis d‘Armand Tungulu. Quarante huit heures après le décès mystérieux du Bruxellois, la famille éplorée ne sait à quelle porte frapper pour obtenir la restitution du corps. Que cherche-t-on à cacher?

A Kinshasa, personne n’ose se mouiller étant donné que cet dossier explosif est «géré» au conjointement par la Présidence de la République et les services dits de sécurité. Dans ce pays où le «pouvoir réel» est détenu par quelques membres de la «famille Kabila», la situation devient plus complexe. Qui oserait approcher le «raïs», Jaynet, Zoé ou Augustin Katumba Mwanke? Et pourtant. Il ne fait plus l’ombre d’un doute : Armand Tungulu a bel et bien été assassiné. Les assassins présumés appartiennent à la garde personnelle de l’actuel «chef d’Etat» congolais. La responsabilité de ce fameux « président de la République» pourrait donc être engagée dans cette affaire criminelle en sa qualité de chef hiérarchique.

Attentat contre le «raïs»

Arrivé à Kinshasa deux semaines auparavant, Armand Tungulu dont le domicile familial se trouve dans la commune kinoise de Lingwala logeait ailleurs chez un vieil ami de sa famille. Jeudi 30 septembre, soit 24 heures après l’«incident» de l’avenue du 24 novembre, il aurait téléphoné à un membre de sa famille. Ce sont les indications données par lui qui ont permis aux policiers venus du camp Lufungula à se présenter à son lieu de résidence pour prendre possession de ses pièces d’identité et procéder à une perquisition. Armand est suspecté d’avoir voulu attenter à la vie du «président Kabila». Quelques membres de la famille ont été interrogés avant d’être relâchés. Ils ont réfuté énergiquement cette accusation non étayée par des éléments matériels. «Armand était réputé pour ses critiques acerbes sur les mauvaises conditions sociales de la population mais il n’a jamais pris les armes pour renverser l’ordre institutionnel», a pu déclarer un membre de sa famille. On apprenait que l’ami chez qui il logeait serait toujours en détention.

Plusieurs jours après le «caillassage» du convoi de «Joseph Kabila», on en sait un peu plus. Selon un habitant de Lingwala qui a bien voulu contacter la rédaction de Congoindependant.com, une discussion surréaliste a eu lieu entre Tungulu et les gardes qui tentaient de l’embarquer ce mercredi 29 septembre. «Vous êtes au service d’un assassin», aurait-il crié aux sbires de la Présidence : «Vous servez avec zèle un pouvoir qui maintient vos parents dans la misère…». C’est à ce moment qu’un élément de la garde dite républicaine lui a assené un coup de crosse à la tête. «Le Bruxellois a perdu connaissance, il saignait abondamment au niveau de la tête, raconte notre interlocuteur. C’est dans cet état qu’il a été soulevé et «jeté» dans une Jeep».

Coup de poignard et torture à la ferme de Kingakati

Dans le même registre, il y a le très pertinent témoignage relayé par cet internaute, médecin de son état, qui se présente sous le patronyme de Pierre Katalayi : «(…) après le caillassage du véhicule de Kabila, un élément de sa garde présidentielle a violemment poignardé Armand Tungulu au niveau de la tempe gauche (…). A ce propos, la fracture du crâne [embarrure ouverte] a causé une hémorragie cérébrale massive qui nécessitait une intervention neurochirurgicale dite «la trépanation» en urgence afin d’éviter un engagement cérébral [ou une compression du tissu cérébral] suite à l’hémorragie massive.» Selon cet internaute, Armand a été d’abord emmener à la ferme de Kingakati. Il poursuit : «(…), ma source confirme qu’Armand a été tout d’abord conduit à Kingakati dans la ferme privée de Joseph Kabila pour y être torturé en présence du propriétaire des lieux. Par la suite, le corps inanimé d’Armand a été ramené à Kinshasa au Camp Tshatshi aux fins de brouiller les pistes. C’est la raison pour laquelle les parents de la victime n’ont pas pu lui rendre visite dans ce Camp militaire.» Pierre Katalayi de conclure : «N.B. Ma source a accepté de témoigner si la femme d’Armand Tungulu porte plainte avec constitution de partie civile devant les tribunaux du Royaume de Belgique (lieu de résidence officielle d’Armand) contre Joseph Kabila pour coups et blessures volontaires avec intention manifeste de donner la mort car, en l’espèce, il y a extraterritorialité.» «(…). Je promets à sa famille de tout faire afin que ce crime d’Etat ne reste pas impuni. A cette fin, je prendrai à ma charge tous les frais de voyage des témoins oculaires qui accepteront d’aller témoigner devant les juges belges. Trop c’est trop!»

Dimanche soir, la famille Tungulu n’avait toujours pas accès au corps du regretté Armand. Pourquoi?

Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2010