29 janvier 2010
« La communauté internationale est co-responsable de l’échec »
A bout portant
La question n’est pas la bonne. Il ne s’agit pas de savoir qui est fréquentable, et qui ne l’est pas. Mais de savoir si la Belgique et la République Démocratique du Congo (RDC) peuvent retrouver une intersection de leurs agendas et de leurs intérêts ; et comment. M. Vanackere doit prendre une distance par rapport aux années « troubles », quand M. De Gucht était ministre des Affaires étrangères ; il doit recoller les morceaux, ce n’est pas une tâche facile. D’autant qu’il n’a pas les moyens de devenir le grand acteur que certains Belges auraient souhaité. La Belgique n’est plus un partenaire qui compte beaucoup pour le Congo ; d’autres acteurs pèsent bien plus lourd, comme la Chine ou les agences onusiennes et la Monuc. La Belgique est désormais un petit partenaire symbolique.
Où sont les résultats de la réforme ? Il n’y a pas plus de sécurité avec la Monuc. Que dire de la réforme du code minier et du code des investissements ? Si on évalue les actions entreprises depuis 2002, on voit que le Congo n’a pas progressé. Lisez les rapports de Human Right Watch et d’autres ONG : l’espace démocratique s’est rétréci, au lieu de s’élargir.
Tous les leaders africains veulent des élections. Ils peuvent prétendre avoir été élus démocratiquement, et ensuite faire ce qu’ils veulent. Il y a une instrumentalisation des procédures démocratiques ; il n’y a pas de lien direct entre élections et démocratisation.
Il y a un échec de la réforme : on n’a pas su créer de véritables institutions démocratiques et améliorer le bien-être des Congolais. Et à mes yeux, la responsabilité de cet échec est partagée par la communauté internationale et par le régime Kabila. Les partenaires internationaux ne partagent pas un même schéma directeur. Chacun a son propre agenda ; les approches sont fragmentées et souvent contradictoire. Tous les indicateurs sont dans le rouge. Il y a beaucoup mois de développement aujourd’hui qu’il y a 50 ans ! On peut même se demander si la communauté internationale souhaite vraiment que le Congo devienne fort et indépendant. Ou bien, au contraire, si elle ne souhaite pas maintenir le pays dans un état de dépendance, afin de mener à bien une stratégie de néo-tutelle. En ce sens, je suis bien plus critique par rapport à la communauté internationale que par rapport au régime. Cela dit, les autorités congolaises ne souhaitent pas les réformes, car elles bénéficient du contexte actuel. Si un véritable changement intervenait, toute la classe politique congolaise sauterait.
Une thèse à la mode est qu’il faudrait couper totalement l’aide aux pays pauvres, développée notamment dans
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« Aucun ministre n’a dit que tout était merveilleux au Congo »
A bout portant
Le système politique congolais est un système que l’on qualifie en science politique de système d’« Etat fragile ». Les élus du peuple y sont plus sensibles à la corruption que dans les pays riches. C’est une fragilité de l’Etat qui crée ce problème-là. Sur le plan théorique, la question de principe est de savoir si, pour aider les Etats fragiles, on attend qu’ils soient devenus des Etats qui appliquent les règles de bonne gouvernance ou si, au contraire, on se dit que ces règles de bonne gouvernance devront suivre et non pas précéder la construction du développement économique et de l’Etat.
Sur le plan pratique, on peut faire remarquer qu’à l’époque où il était ministre des Affaires étrangères, bien qu’il ait prononcé des paroles dures à l’encontre du monde politique congolais, Karel de Gucht a quand même continué à maintenir, voire à augmenter, le flux de la coopération de la Belgique. On n’a donc pas l’impression qu’il était aussi dur dans son action que dans ses paroles. C’est peut-être lié à son caractère. Il y a une franchise, une spontanéité chez Karel De Gucht ; il a lui-même reconnu qu’il n’était pas diplomate, raison pour laquelle, disait-il, il était entouré de diplomates… L’attitude de Steven Vanackere apparaît plus conciliante en apparence, mais le tout sera de voir si, sur les critères d’attribution des aides, il sera également plus conciliant, ou au contraire plus sévère que Karel De Gucht.
Cela dit, il n’y a aucun ministre qui est arrivé en disant que tout était merveilleux au Congo. La Belgique essaye d’exercer ses responsabilités avec prudence. Elle ne soutient pas toutes les initiatives. Il arrive qu’elle tienne des discours clairs et durs vis-à-vis de certains dirigeants congolais. Mais la plupart du temps, elle accompagne le processus dans la mesure de ses moyens, car il se fait qu’au Congo, le nom de Bruxelles, Liège ou Gand sont plus familiers que ceux de Shanghai ou même Washington.
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