La Belgique a refusé d'accueillir sur son territoire l'opposant congolais Jean-Pierre Bemba, poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) et incarcéré à La Haye, en cas de remise en liberté provisoire, rapporte lundi la presse kinoise, citant Radio France Internationale (RFI).

Aucun commentaire n'a pu être obtenu dans l'immédiat de source officielle belge. "Ils (les pays approchés par la CPI) se rétractent, l'un après l'autre. Pour des raisons sécuritaires. Après la France, le Portugal, c'est au tour de la Belgique de refuser d'accueillir le sénateur Jean-Pierre Bemba si jamais la CPI, décidait de lui accorder la liberté provisoire", écrit lundi le journal 'Le Potentiel'.

La France, la Belgique, le Portugal, trois des pays sollicités ont fermé leurs portes au leader du Mouvement de Libération du Congo (MLC, une ancienne rébellion muée en parti politique), confirme 'L'Avenir'. "Il reste la réponse de l'Afrique du Sud et l'Allemagne", ajoute ce titre proche du président Joseph Kabila.

Trop coûteux
Le quotidien 'La République' précise les raisons du refus de ces pays, en citant les sources évoquées par RFI, qui affirme que la décision de Bruxelles a été notifiée vendredi au greffe de la CPI "de manière confidentielle". Selon RFI, l'Etat belge a justifié son refus en expliquant qu'il faudrait un dispositif trop coûteux pour assurer de bonnes conditions de sécurité.

La Belgique évoque le désordre que quelques "fanatiques" de M. Bemba avaient provoqué lors de son passage à Bruxelles le 8 juillet dernier pour s'incliner sur la mémoire de son père décédé quelques jours plus tôt en Belgique.

"Bemba, président!"
Bénéficiant d'une permission de sortie accordée par la CPI, M. Bemba avait été conduit sous bonne escorte à la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule pour assister à une cérémonie religieuse en mémoire de son père, le riche homme d'affaires - et lui aussi sénateur MLC - Jeannot Bemba Saolona, décédé le 2 juillet à Bruxelles à l'âge de 67 ans. Mais à la fin de la cérémonie, des partisans du "chairman" du MLC avaient scandé des slogans tels que "Bemba, président!", réclamant sa libération et tentant de provoquer une émeute.

Selon la presse kinoise, Paris considère que l'ex-chef rebelle n'a pas d'attache ou de lien particulier avec la France. Le Portugal a fait valoir que, dans sa législation nationale, la pratique de la liberté provisoire n'existe pas. Quant aux Pays-Bas, ils ont accepté d'organiser uniquement le transfert dans le pays qui accepterait éventuellement d'accueillir M. Bemba.

Détenu à Scheveningue, près de La Haye depuis juillet 2008, il avait été arrêté le 23 mai 2008 à Rhode Saint-Genèse en exécution d'un mandat d'arrêt de la CPI, qui entend le juger pour ses responsabilités de "chef militaire" dans les crimes de guerre et crimes contre l'humanité que sa milice, le MLC, aurait commis en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003.

Charges réduites
La défense de M. Bemba a demandé le 29 juin dernier à la CPI sa remise en liberté conditionnelle, estimant que les charges pesant contre lui avaient entre-temps été "réduites significativement" par l'accusation. Son avocat, Me Aimé Kilolo, avait indiqué que la préférence de M. Bemba allait à la Belgique "car sa femme y vit et ses cinq enfants y sont scolarisés".

La CPI décide
Selon RFI, trois autres pays sollicités pour l'accueillir en cas de libération conditionnelle, l'Italie, l'Allemagne et l'Afrique du Sud, doivent donner leur réponse d'ici le 7 août. Mais même en cas de réponse positive de l'un des trois pays, ce sera à la CPI et à elle seule de décider si elle accepte le principe d'une mise en liberté provisoire du sénateur Bemba. Les juges rendront leur décision le 14 août, ajoute la radio.

M. Bemba, qui est toujours considéré comme le dirigeant en titre du MLC, a été vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) durant la transition démocratique (2003-2006). Rival malheureux du président Kabila lors de l'élection présidentielle de 2006, il s'était engagé à conduire une "opposition républicaine".

Mais, élu sénateur, il avait refusé de voir ses soldats regagner les rangs de l'armée nationale, estimant que sa sécurité n'était pas garantie.

Des combats avaient éclaté en mars 2007 en plein coeur de Kinshasa, faisant au moins 300 morts, selon l'ONU. Le gouvernement l'avait accusé d'entretenir une "milice" et le parquet général avait ouvert une information judiciaire contre lui. Il avait quitté Kinshasa sous escorte de blindés de l'ONU dans la nuit du 11 avril 2007, et partageait son temps entre sa résidence de Faro (sud du Portugal) et Rhode Saint-Genèse jusqu'à son arrestation. (belga)