Depuis que le Chef de l’Etat congolais a lâché lors d’une interview qu’il ne comptait pas plus de six collaborateurs intègres et compétents autour de lui, ce qui constitue un aveu très préoccupant au regard de la problématique de la consolidation de la paix et de l’amorce de la reconstruction nationale, les membres de sa famille politique se sont mises à s’agiter dans tous les sens. Ce branle-bas au sommet de l’Etat s’avère d’autant plus fébrile qu’il est de plus en question d’un remaniement ministériel pour intégrer au Gouvernement des membres du CNDP de Laurent Nkunda ayant autrefois tourné le dos à leader.

Au lieu de mettre à profit ce sévère réquisitoire de leur mentor pour se soumettre à une autocritique et remise en question, ceux de l’Alliance pour la Majorité Présidentielle ne manquent plus une seule occasion de se tirer dessus, tout plateau de télévision ou entretien privé étant devenu une opportunité de pourfendre les mobutistes. Subitement ces derniers cessent d’être ces honorables alliés qui avaient contribué au « succès » électoral et permis la constitution de la majorité au Parlement. Un peu comme les juifs sous le nazisme, les transfuges du mobutisme sont subitement redevenus d’exécrables malfrats à la base de l’actuelle calamiteuse conduite des affaires de l’Etat congolais.

S’adressant à une centaine de cadres africains réunis en juin 2006 à Atlanta dans le cadre d’un séminaire pour les « senior leaders » organisé par le Centre d’Etudes Stratégiques d’Afrique de Washington, l’Ambassadeur Andrew Young, un membre influent du Parti Démocrate, invita les auditeurs à se mettre tous débout, à fermer les yeux et à pointer le doigt vers ce qu’ils estimaient être la direction du Nord. L’assistance s’étant exécutée, le notable de la communauté afro-américaine des Etats-Unis demanda à ce que tout le monde ouvre les yeux, avant de mentionner que les vrais leaders étaient ceux-là qui avaient réussi à localiser la bonne direction du Nord tout en ayant les yeux fermés.

Pare cet exercice insolite, l’ancien lieutenant de Martin Luther King nous signifia qu’il voulait simplement nous montrer qu’un leader est celui qui ne se laisse jamais balloté par les flots de la passion, de la haine et de l’esprit revanchard au point de perdre l Nord, entendez le bon sens, l’esprit critique et l’objectivité. Ensuite, en sa qualité d’ancien Maire et bâtisseur de la nouvelle Ville d’Atlanta, Andrew Young nous expliqua par la suite comment il ganga autrefois le pari de la reconstruction de la capitale de l’Etat de Georgia avec le concours de seuls investisseurs privés qu’il sollicita à travers le monde.

Le diplomate américain mentionna avec emphase que le secret de son succès résida essentiellement dans l’évitement de la corruption. Les investisseurs étaient libres d’importer ou de rapatrier leur argent comme ils l’entendaient, mais à la seule condition de payer correctement des taxes dues à l’Etat géorgien, ce qui ne pouvait pas être possible s’il avait cédé à la logique des pots de pots de vin. Toute l’immense richesse actuelle de la Ville d’Atlanta, dit-il, provient essentiellement des taxes payées par les investisseurs privés. Le Congo disposant de cent ou cinq cents plus de potentialités développementales que celles qu’avait autrefois la municipalité d’Atlanta, qu’est-ce qui explique que rien ne marche ? A notre humble avis, c’est le fait que le sommet de l’Etat congolais s’est parfaitement accommodé de la corruption et de l’incompétence.

La RDC est un des rares pays au monde où des personnes sur lesquelles pèsent de forts soupçons de malversations financières peuvent très facilement se présenter aux élections et briguer de hautes charges de l’Etat sans que personne ne s’en émeuve outre mesure. C’est un des rares pays au monde où les achats des consciences au sommet de l’Etat rentrent dans l’ordre normal des choses. Dans ces conditions, comment alors espérer un jour que les taxes dues à l’Etat soient correctement payées et que règne la justice rédistributive : le principal moteur de la paix sociale ou de la paix tout court?
Dans un modeste opus intitulé « Chronique d’une Chute » édité par la Chaire UNESCO de l’Université de Kinshasa et disponible à la librairie protestante CEDI à Kinshasa/Gombe et dans plusieurs maisons de Brazzaville, nous soulignions ce qui suit :
« … A ce propos, il est symptomatique de constater que plus de quarante ans après l’accession du pays à la souveraineté nationale et internationale, la vie politique congolaise reste toujours rivée sur des concepts réducteurs du genre « lumumbistes », « mobutistes », « kabilistes ». Une conséquence logique de cette situation est la traditionnelle tendance de la classe politique congolaise à se cloisonner de façon presque grégaire en des regroupements politiques dépourvus de fond idéologique et de projets de société adaptés aux besoins existentiels du pays et de ses populations.
Ainsi dit, nous voudrions attirer l’attention de l’opinion sur le fait que l’actuelle destruction du Congo et l’avilissement de son peuple qui en a résulté, sont des griefs opposables à tous les citoyens de ce pays indépendamment de leurs bords politiques ou ethnico-régionalistes. A l’instar des Lumumba, Mobutu et Kabila pour ne citer que les trois, tous les leaders politiques et autres élites congolaises partagent collectivement la responsabilité de tous les malheurs du Congo, qui ne sont que des conséquences logiques des turpitudes de chacun à son niveau. ». Fin de citation.
En effet, c’est tout de curieux de constater que, lorsque le Général Mbuza Mabe donne du fil à retordre aux troupes rwandaises dans le Kivu, quand l’Amiral Liwanga assume avec beaucoup de professionnalisme et intégrité un mandat au gouvernorat de la Ville de Kinshasa, lorsque la qualité du travail au Sénat où les anciens mobutistes reconvertis kabilistes sont majoritaires sort du lot, quand l’arrivée au Ministère des Affaires Etrangères de Mr Tambwe Mwamba est vite suivie d’un début de redynamisation de la diplomatie congolaise tombée dans la torpeur depuis des années, tous ces dignes fis du pays sont acceptés comme membres à part entière de la mouvance au pouvoir.

Par contre, il aura suffi seulement que le Président de la République émette des critiques acerbes contre son pré-carré pour que les anciens mobutistes redeviennent subitement d’odieux corrompus dont la présence dans le sérail présidentiel empêcherait des kabilistes compétents et intègres par définition de faire avancer le pays vers de l’avant. Depuis lors, tout plateau de télévision ou conversation de couloir est une opportunité de vilipender ces anciens mobutistes dont le Chef de l’Etat vient de désapprouver la présence à ses cotés.

Un problème actuel au sommet de l’Etat congolais est que, des personnes très compétentes se retrouvant juxtaposées à des individus très moyens au plan professionnel et chacun essayant de mettre à profit ce qu’il sait le mieux faire pour mériter la confiance du Chef. Dans cette course au pouvoir, les personnes compétentes cherchent à se distinguer par leur travail et ceux qui ne savent pas travailler vont exceller dans la calomnie et médisance. Etant donné qu’un mensonge constamment répété finit par devenir une vérité, ce sont souvent ces bons travailleurs, étant tellement pris par leurs charges professionnelles qu’ils n’ont pas beaucoup du temps faire des courbettes ou frotter les manches du Chef, qui se retrouvent indexés et marginalisés. Au bout des comptes, ce sont plutôt ceux-là qui rendent de bons et loyaux services à la Nation qui se retrouvent indexés. Subitement, les démons des barrières géopolitiques et de l’exclusion resurgissent au sommet de l’Etat.

En effet, qui serait encore mobutiste ou qui n’est pas kabiliste autour du Chef de l’Etat. Qu’est-ce qui prouverait que les cinq ou six oiseaux rares dont il avait été question ne sont pas justement des transfuges du système Mobutu? Toutes choses étant égales par ailleurs, au regard de tout ce que nous vivons aujourd’hui dans ce pays, qui des mobutistes d’hier et des kabilistes d’aujourd’hui seraient les plus incompétents et corrompus?

Avant de passer aux réponses à ces interrogations fondamentales, nous tenons à préciser qu’il serait sociologiquement anachronique de parler encore de mobutistes plus de dix ans après le démantèlement de l’ordre institutionnel autrefois associé à la pensée et à l’action politique de Mobutu. ? Si la politique était une notion aussi statique, alors les kabilistes d’aujourd’hui devraient être regardés comme de fidèles collabos à la solde des Rwandais. Etant des transfuges du lumumbisme, les Nendaka, Kithima, Bo-Boliko, Kamanda wa Kamanda, Mandungu Bula, Lengema etc. seraient encore des lumumbistes jusqu’à ce jour.

Nous pensons qu’il serait totalement illogique de bipolariser la classe politique congolaise actuelle en mobutistes et kabilistes. Le distinguo entre les proches collaborateurs du Président Kabila ne devrait même pas porter sur des concepts comme AFDL, PPRD, AMP, PALU etc. pour la simple raison que tous ces quatre corps politiques sont aujourd’hui sensés comprendre indistinctement aussi bien d’anciens libérateurs que d’anciens mobutistes, ainsi que des néo-kabilistes etc. A titre illustratif, nous citerons le cas d’un « frère en christ », grand griot du mobutiste reconverti kabiliste dès les premières heures du pouvoir de Mzee Laurent Désiré Kabila, était devenu à la fois grand pourfendeur du mobutisme et chantre de la « Libération afdélienne». Heureusement pour l’honneur de la classe politique congolaise, l’intéressé s’est éclipsé depuis 2001.

C’est pour dire que, la politique étant une notion dynamique, la bonne démarcation au sein de la famille politique du Chef de l’Etat devrait plutôt porter entre les « Anciens mobutistes » d’une part, et les « Libérateurs et assimilés». Dans la première catégorie, nous avons les anciens du système mobutiste, le deuxième regroupement comprenant ceux qui participèrent à l’insurrection kabiliste ou commencèrent leurs vies politiques après la chute de Mobutu. Les choses étant ainsi bien éclairées, il y a lieu de savoir maintenant, qui des mobutistes et libérateurs autour du Chef de l’Etat seraient les corrompus et incompétents.

Nous allons répondre à cette interrogation dans un raisonnement a contrario. S’agissant de la compétence, une évidence est qu’il était autrefois absolument impossible de se retrouver dans le pré-carré de Mobutu si l’on n’était pas très compétent dans son domaine. Nous pouvons tout dire, mais personne ne peut réfuter que les Madrandele Tanzi, Tshisekedi, Kibassa, Makanda Kabobi, Kengo, Gambembo, Mokolo, Mpinga Kasenda, Vundwawe, Kamanda wa Kamanda, Ngbanda, Likulia, Mahele, Kalume, Mbunza Mabe pour ne citer que les noms les plus connus, étaient tous des as du travail.

Concernant la corruption, en tant que chercheur, nous nous devons de nous départir du mythe pour plancher sur des faits sociaux précis et vérifiables. C’est ainsi que nous nous bornerons ci-dessous à parler des cas de quelques membres de famille et proches collaborateurs de Mobutu dont nous maitrisons suffisamment les contours. Nous commencerons par souligner qu’autant il est très possible que le Maréchal Mobutu ait amassé une certaine fortune, autant il serait inconcevable qu’il ait passé trente-deux ans à la tête d’un pays appliquant l’économie du marché tout en y restant un des hommes les plus pauvres.

En effet, depuis l’antiquité déjà, Aristote trouva que le premier reflexe de tout homme qui accède au pouvoir est d’améliorer ses conditions matérielles. Mais seulement, contrairement à ce qui se passe actuellement avec des immeubles se construisant en quelques semaines, dignitaires mobutistes acquéraient des biens meubles et immobiliers dans des délais qui se déclinaient en termes de décennies. En plus, les caisses de l’Etat étaient pleines et un Zaïre pouvait valoir deux dollars américains.

Nous pouvons citer quelques exemples concrets que tout le monde connait. En commençant par Mobutu lui-même, tout en ayant été pendant plusieurs années le Chef d’Etat-Major des Armées et en contact avec les services belges et américains jusqu’en 1965, Mobutu ne disposait encore que de sa petite maison sur l’Avenue Kimbondo dans la Commune de Bandalungwa à Kinshasa, laquelle est aujourd’hui devenue le siège du parti politique UDEMO. Le tout puissant Secrétaire Permanent du Mouvement Populaire de la Révolution Madrandele Tanzi n’avait qu’une modeste villa située au Quartier Lomami à Kingabwa / TP.

L’actuel Vice-Président du Sénat Mokolo wa Pombo déclara autrefois qu’il avait construit sa villa en trente-deux ans, ce qui était vrai. Et pourtant, ce diplomate et patron des services est resté un des proches collaborateurs les plus préférés de Mobutu depuis sa sortie de l’université en 1969 jusqu’à la chute du régime en 1997. Tout en ayant évolué pendant plus de vingt-ans dans le pré-carré de Mobutu, ce n’est qu’en 1989 que le Général Mahele acheva la construction de sa villa située au Quartier Masikita/UPN à Kinshasa. Alors qu’il était le tout puissant patron du Service d’Actions et de Renseignements Militaires, le parc automobile de cet officier n’était constitué que d’une Mercedes 600 lui offerte par le Maréchal Mobutu et une Mercedes 190.

D’aucuns s’étonneront d’apprendre que Kongulu Mobutu n’était même pas propriétaire de la villa qu’il occupait à coté du Palais de Marbre à Kinshasa. Nous savons de quoi nous parlons. Le fils de Mobutu le plus actif dans les milieux des affaires à Kinshasa est resté plusieurs années locataire, dans l’attente de l’érection de sa maison en construction en face du cercle récréatif « Amicale Sportive de Kinshasa », en sigle ASK au Quartier Ma Campagne à Kinshasa. Bien plus, commencé en 1995, ce chantier d’un demi-étage était loin d’être achevé lorsque l’AFDL entra à Kinshasa le 17 mai 1997. Kongulu ne s’acheta une jeep Grand Cherokee qu’en 1996, et c’était un événement. Il en était tellement fier qu’il roulait les feux allumé pendant la journée. Il aura par la suite une Mercedes 600 sport et une Mercedes C180. Ce n’étaient pas du tout des automobiles extraordinaires par rapport à son rang social, et en aucun moment son parc automobile ne dépassa trois pièces. Pendant la Deuxième République, il était pratiquement impossible à un membre de la nomenklatura mobutiste d’ériger en quelques mois un immeuble de la trempe de l’hôtel Venus situé sur l’Avenue de la Gombe à Kinshasa.

Même si l’habit ne fait pas le moine, on reconnait un moine par son habit. Autant l’argent provenant de la corruption est facile à gagner, autant il est prompt à être utilisé dans de gigantesques dépenses de luxe et d’apparat (voitures, yachts, immeubles etc.). C’est ainsi que sous d’autres cieux, l’acquisition anormale du patrimoine immobilier et du charroi automobile suscite toujours des soupçons et mises en examen. C’est pour cette raison que la bonne gouvernance exige que les mandataires de l’Etat déclarent leurs biens à l’entrée en fonction. Ce qui se passe aujourd’hui à Kinshasa se passe de tout commentaire. Nous ne pouvons citer ici des noms des personnes par respects aux institutions du pays. De toute les façons, comment comprendre qu’un mandataire de l’Etat ayant un niveau de vie en-dessous de la moyenne lors de sa nomination se retrouve moins d’une année plus tard propriétaire d’immeubles et d’un impressionnant parc automobile sans broncher ? Que dire du nombre toujours croissant de véhicules 4x4 et d’immeubles appartenant aux mandataires de l’Etat qui surgissent un peu partout dans la Ville ?

En effet, s’il est vrai que le régime Mobutu était très corrompu, il est aussi vrai que cette corruption d’autrefois n’avait aucune commune mesure avec ce qui se passe actuellement en RDC en termes de monnayage des services de l’Etat, d’achats des consciences des opérateurs politiques, de spoliation du patrimoine de l’Etat, des commissions véreuses sur les marchés publics, de détournement des salaires et de la logistique des militaires, des missions-bidons à l’étranger, de ponction des recettes des taxes etc. En matière de pillage du patrimoine de l’Etat et de la corruption, les mobutistes d’hier n’étaient que des enfants de chœur par rapport aux nouveaux riches d’aujourd’hui. Une autre différence est que les mobutistes d’hier volaient tout en remplissant avec brio leurs obligations professionnelles. Or, de nos jours, tout en étant viscéralement attirés par des billets de banque, nos anciens libérateurs sont plus à l’aise dans des lieux de deuil, boites de nuit et terrains de football que dans le traitement de grands dossiers de l’Etat.

A l’époque de Mobutu, hormis les cas de l’Ambassadeur Mokolo, du Général Mahele et de Kongulu qui étaient tous des hommes des services, il était extrêmement rare de retrouver un dignitaire mobutiste dans un début de boisson ou concert public. L’artiste musicien Koffi Olomide devait passer par des termes comme « Mon général » ou « Engambe Edo » pour dédicacer respectivement le Général Mahele et l’Ambassadeur Mokolo. L’OK Jazz de Franco osait à peine parler de « Ye Mei » ou de « Vieux Léopard », faisant allusion au Chef de l’Etat. Les artistes musiciens se gardaient de franchir le Rubicon en citant nommément les autorités du pays. Or, avec nos libérateurs actuels, tout gosse se retrouvant derrière un micro peut facilement égrener sans broncher le titre, le nom et la fonction d’une haute autorité du pays.

En peu de mots, nous dirions qu’autant le Congo était fort et prospère pendant la colonisation, autant il aura été par la suite détruit par les lumumbistes et leurs rejetons qu’étaient les mobutistes. Autant ce pays était respecté, pour ne pas dire redouté, par certains de ses voisins sous le règne de Mobutu, autant il est présentement devenu le rusé de l’Afrique et sa déliquescence en tant que nation ne cesse de s’accélérer à des proportions géométriques. Au bout des comptes, il y a lieu de se demander si l’indépendance immédiate avec le départ précipité des Belges en 1960 imputables aux turpitudes lumumbistes et l’interruption brutale en 1997 du processus de démocratisation des institutions ingénieusement enclenché par le Conférence Nationale Souveraine par ceux que M’Zee Laurent Désiré Kabila lui-même considérait comme des aventuriers n’était pas les pires des choses qui soit survenues dans ce pays.

Pis encore, maintenant que les FDLR reprennent à pas accéléré du terrain dans le Kivu, il s’observe une nette tendance de la majorité au pouvoir à faire éclipser la question de la pacification de la partie orientale du pays par une hypermédiatisation des lancements des travaux de construction des routes, ports et aéroports etc., ce qui ne consiste pas moins à placer la charrue devant le bœuf dans un implicite aveu de ses limites au regard de l’incontournable problématique de la consolidation de la paix sur toute l’étendue du territoire national conformément à ses promesses électorales. Est-ce une simple coïncidence que les théories de l’internationalisation des richesses du Kivu et de l’ingouvernabilité d’un Congo trop grand ont refait surface ? Le Congo mérite-il une somalisation ?

La consolidation de la paix dans le Grand Kivu et en Province Orientale n’est pas du tout cette mer à boire que les gens présentent. Une victoire militaire face à de minables FDLR et LRA est de l’ordre des choses humainement réalisables. Ce n’est pas du tout sorcier. Nous savons de quoi nous parlons. Le problème du défaitisme actuel des forces armées congolaises se situe ailleurs. Les aptitudes militaires des éléments des groupes armés étrangers présents à l’Est de la RDC est de loin inférieur à la valeur intrinsèque du soldat congolais et nettement plus élevée que celle des troupes de la MONUC et rwandaises. Il n’y a pas de mauvaises troupes, il n’y a que de mauvais chefs. A l’instar de Mahele à Kolwezi en 1979 et à Kigali en 1989, ainsi que de Mossala au Tchad au début des années 80, le Général Mbuza Mabe, que Le Père Tout-Puissant accueille son âme, nous en a donné une idée au Sud Kivu en 2003.

S’agissant de la reconstruction nationale, au regard des potentialités humaines, du sol, sous-sol, écologiques, hydroélectriques du Congo, les autorités de ce pays n’ont pas du tout besoin de solliciter des prêts accordés à de taux d’intérêt exorbitants auprès d’obscurs investisseurs privés en Asie. Comme ce fut le cas pour la Ville d’Atlanta avec Andrew Young, il suffit seulement que la pacification de la RDC soit effective pour que des investisseurs chinois arabes, japonais, coréens, américains, européens etc. se bousculent aux portes de Kinshasa et placent le Gouvernement congolais devant un immense embarras de choix. La loi de l’offre et de la demande aidant, ce sont ceux qui proposeraient des taux d’intérêt les moins élevés et accepteraient de se soumettre à la législation congolaise qui seraient éligibles.

Le jour où les compétences professionnelles et la loyauté à la patrie primeront sur l’appartenance géopolitique dans le choix des hommes en RDC, les appuis militaires de la MONUC et des pays voisins deviendront tout à fait superflus, et la pacification de la partie orientale du pays par des forces congolaises ne sera plus qu’une question de mois si pas de semaines. Sans la consolidation effective de la paix, parler déjà de l’arrivée des investisseurs et d’une amorce des grands travaux procèderait plus de l’utopie que d’une vision judicieuse de la réalité.

Lokasola N’Koy Bosenge
Doctorant
Coordonnateur du Centre d’Etudes Stratégiques
de la Chaire UNESCO / Université de Kinshasa
Membres de CESA, ASSN, FOPRISA et SADSEM
Tel. + 243 998866498
E-mail : npdacong2003@yahoo.fr