Les Procureurs dans le procès contre le chef de milice accusé, Thomas Lubanga se sont tournés vers des experts en histoire pour expliquer les origines des conflits ethniques qui ont fait rage dans la région de l’Ituri, en République démocratique du Congo, RDC.

Auteur et historien, Gérard Prunier a apporté à la Cour une vue d’ensemble des tensions ethniques qui avaient tourné en de violents affrontements dans la région de l’Ituri entre 1999 et 2005, impliquant les populations des tribus lendu et hema.

Au cours de ces conflits, l’Union des patriotes congolais, UPC, de Lubanga, qui représentait la minorité Hema dans la région, s’était battue contre les milices lendues.

Les animosités qui couvaient depuis longtemps trouvent leurs racines dans l’époque coloniale sous la domination belge. La Belgique contrôlait alors tout le Congo, a expliqué Prunier, jusqu’à ce que la pays déclare son indépendance au début des années 1960.

Malgré le fait que feu Mobutu Sese Seko, qui gouverna un pays alors appelé le Zaïre pendant 32 ans, ait pris le contrôle des institutions, une très faible structure politique subsista une fois que les Belges eurent abandonné le pouvoir, a expliqué l’historien.

“Les gens se sont focalisés sur leur plus petit dénominateur commun. Ils ont mis l’accent sur ce qu’ils connaissaient,” a indiqué Prunier à la Cour, “Et c’était leurs allégeances tribales.”

Il a indiqué à la Cour que les Belges avaient accordé au peuple Hema un plus grand pouvoir politique qu’aux Lendus, en dépit du fait que les Lendus étaient plus nombreux.

Des conflits fonciers entraînèrent ce que Prunier a appelé, “une radicalisation ethnique,” et, “un cycle de la vengeance et de la contre vengeance.”

Le pouvoir militaire du peuple Hema avait également été renforcé avec le soutien de soldats ougandais, qui avaient aidé les Hema à s’approprier les terres lendues à la fin des années 1990, selon l’historien.

Jean-Marie Biju-Duval, l’avocat de la défense, a interrogé Prunier sur l’alliance alléguée entre les forces ougandaises et l’UPC, citant des incidents d’hostilité entre les deux parties en 2003.

Prunier a indiqué que les alliances entre parties, pays et ethnies ont tendance à changer facilement et rapidement en Afrique parce que le leadership n’est généralement pas motivé par des intérêts idéologiques.

Les alliances se forment plutôt sur la base d’aspects pratiques. Lorsque ces aspects pratiques s’évaporent, les allégeances en font de même, a indiqué Prunier.

“Votre théorie est donc que l’allégeance entre Thomas Lubanga et l’Ouganda s’est évaporée avec son arrestation à Kampala en 2003?” a demandé Biju-Duval.

“Oui,” a répondu Prunier, “avec la possibilité que les choses puissent fonctionner à nouveau pour eux à l’avenir.”

Biju-Duval a également posé des questions sur la possibilité d’une allégeance entre l’Ouganda et l’UPC, par rapport à des informations contradictoires venant des Nations unies.

Prunier a indiqué que la mission de l’ONU au Congo était au courant de l’implication de l’Ouganda dans la région de l’Ituri, mais qu’elle n’avait rien fait par rapport à ça.

“La communauté internationale fait preuve de tolérance par rapport à ce qui se passe à Kampala et Kigali, peut-être en partie en raison de ce qui s’est passé lors du génocide rwandais,” a déclaré Prunier à la Cour. “La communauté internationale a une influence significative sur l’ONU.”

En 2006, un rapport de l’ONU sur l’exploitation des ressources naturelles dans l’est de la RDC avait été publié, qui critiquait l’Ouganda pour son rôle dans les conflits congolais.

Prunier a expliqué ce manque d’action des Nations Unies par le fait que le rapport avait été écrit par un groupe d’experts indépendants. “Même si l’Organisation est au courant du problème, elle ne fait rien. Ce dilemme touche au cœur du problème de l’ONU.”

Plus tôt dans la semaine, deux autres témoins avaient apporté un aperçu approfondi des politiques de l’UPC et de leur leadership.

Interrogé par rapport à ses déclarations écrites, un juge d’Ituri a expliqué que la justice dans la région était basée sur le groupe rebelle qui détenait le pouvoir au moment donné.

Pendant que l’UPC détenait le pouvoir, a-t-il dit, il était impossible d’enquêter sur des affaires liées au conflit ethnique—même si les coupables étaient bien connus.

Un chef de rang peu élevé au sein de l’UPC a témoigné au sujet de la structure organisationnelle de l’UPC et, alors que son visage et sa voix étaient numériquement déformés pour protéger son identité lors des audiences publiques, la plus grand partie de son témoignage a eu lieu à huis clos.