L’avocat du chef de milice affirme qu’il détient des informations selon lesquelles son client serait détenu par les militaires à Gisenyi.

Par Lisa Clifford à La Haye et Jacques Kahorha à Goma (AR No. 205, 16-Mar-09)

Où est Laurent Nkunda? C’est ce que l’avocat qui représente le chef rebelle congolais arrêté au Rwanda il y a près de deux mois aimerait savoir.

Stéphane Bourgon affirme que Nkunda est détenu dans un endroit secret, et n’a pas encore vu son avocat, ni été présenté à un juge pour entendre les chefs d’accusation qui lui sont reprochés. Le Rwanda a également refusé toutes les demandes de la famille visant à avoir accès au général déchu et a refusé de lui dire où il est détenu.

“Il s’agit là d’une situation unique, particulièrement compte tenu du fait qu’il n’a pas accès à un avocat. C’est pire que Guantanamo,” a déclaré Bourgon, un Canadien qui représente aussi Drago Nikolic au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à La Haye. “Nous sommes d’avis qu’il est détenu de manière illégale.”

Nkunda est l’ancien chef du Congrès national pour la défense du peuple Congolais, CNDP, qui s’est battu conte l’armée congolaise pendant de nombreuses années au Nord Kivu.

Les rapports des médias à l’époque de son arrestation fin janvier suggéraient qu’il fuyait vers le Rwanda après avoir perdu la direction du CNDP aux mains de Bosco Ntaganda. Le Rwanda a longtemps été accusé de soutenir le mouvement rebelle de Nkunda contre le gouvernement congolais, qui a provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes et créé un désastre humanitaire au Nord Kivu.

Bourgon, insiste cependant pour dire que Nkunda était au Rwanda sur invitation du gouvernement pour discuter d’une opération conjointe contre les FDLR, un groupe de milice hutu opérant dans l’est. “La réunion a commencé et à un certain moment, il a entendu à la radio qu’il avait été arrêté. Les officiers qui l’accompagnaient à ce moment-là ont été relâches et on leur a dit de partir, et que [Nkunda] restait sur place,” a indiqué Bourgon.

La spéculation sur l’endroit où il se trouve va bon train. Certains indiquent qu’il est en prison près de Kigali et d’autres qu’il est détenu dans un hôtel ou une maison à Gisenyi – juste de l’autre côté de la frontière par rapport à Goma, la capitale du Nord Kivu.

Bourgon a reçu des informations récentes selon lesquelles Nkunda serait détenu par les militaires à
Gisenyi. Il prévoit d’envoyer une pétition au tribunal civil de la ville pour la libération du général après qu’un tribunal militaire ait refusé la semaine dernière d’accéder à cette demande. Pour l’instant, il indique qu’il n’a aucune idée où son client est détenu. “J’ai contacté le gouvernement du Rwanda de tous les côtés pour essayer de déterminer où il est et tenter de l’atteindre. Cet accès m’a été refusé, et je n’ai jamais reçu aucune information,” a-t-il dit.

Le porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende a seulement répondu que Nkunda est toujours au Rwanda et que des discussions sur son retour sont en cours. Il a déclaré à l’IWPR que Nkunda était détenu sans contact avec l’extérieur pour sa propre sécurité mais qu’il était en bonne santé.

Mende a suggéré qu’en tant qu’ancien chef du CNDP, Nkunda pouvait bénéficier de l’accord d’amnistie actuellement en négociation.

Dans le cadre de l’accord de paix de janvier qui mit fin aux combats avec le CNDP, le gouvernement avait offert une amnistie pour les actes de guerre et d’insurrection. Cependant, le CNDP réclame que les crimes de guerre et crimes contre l’humanité soient inclus pour garantir une paix durable.

“Nous voulons une amnistie générale sans conditions,” a déclaré Désire Kamanzi, le nouveau président du CNDP à l’IWPR. “C’est une des choses importantes que le CNDP demande au gouvernement avant de signer un accord de paix final.

“L’amnistie ne concerne pas seulement le CNDP mais aussi les FARDC [l’armée congolaise] étant donné que nous nous sommes battus sur le même champ de bataille. L’amnistie concerne également tous les groupes armés actifs au Kivu.”

Il a suggéré que Nkunda devrait être inclus dans tout accord. “Il doit bénéficier à tous les chefs du CNDP sans exception,” a-t-il dit.

Mais une amnistie pour les gens comme Nkunda et Ntaganda, chefs de milices accusés de crimes de guerre, n’a pas été bien reçu par certains au sein de la société civile congolaise.

“Ces gens qui veulent une amnistie générale aujourd’hui, vont décider demain de retourner dans la jungle et de faire tout ce qui leur passe par la tête dans la mesure où ils pensent qu’ils sont autorisés à faire tout ce qu’ils veulent et qu’ils obtiendront une amnistie,” a indiqué Immaculée Birhaheka, membre d’un groupe local de défense des droits de l’Homme.

S’il devait finir au tribunal, Mende insiste que Nkunda pourrait obtenir un procès équitable au Congo. “M. Nkunda aura les droits de toute personne arrêtée, y compris le droit à être défendu,” a-t-il dit.

Bourgon n’est pas convaincu. Il indique que la priorité immédiate est de s’assurer que le général ne soit pas extradé vers le Congo – un pays qui conserve la peine de mort et est connu pour son système judiciaire fragmenté et corrompu.

“Nous ne pensons pas qu’il puisse bénéficier d’un procès équitable en DRC … parce que ce qu’il faisait à cette époque au Congo était en opposition directe au gouvernement,” a-t-il dit.

Les membres du CNDP de Nkunda sont également inquiets à l’idée d’un procès congolais.

“Nkunda est notre frère et, comme il est l’un de nos chefs, son honneur et sa dignité humaine doivent être respectés. Nous ne serions pas à l’aise de le voir détenu en prison et apparaître devant la justice. Ce serait une humiliation que nous ne pourrions pas supporter,” a indiqué un officier proche de Ntaganda.

Lisa Clifford est directrice du projet justice internationale/CPI à La Haye. Jacques Kahorha est un collaborateur de l’IWPR à Goma.
Ewing Ahmed Salumu a contribué à cet article.