18 Février 2009


Kinshasa — L'exploitation illicite des minerais dans l'Est de la République démocratique du Congo a permis de constituer de véritables «économies de guerre». Cette pratique criminelle a favorisé et entretenu des réseaux maffieux du trafic d'armes tout en sous-tendant la violence en RDC. Global Witness, organisation internationale des droits de l'homme vient de saisir le Conseil de sécurité de Nations unies à travers la Conférence mondiale sur la téléphonie mobile, appelant ainsi au boycott des minerais en provenance de la RDC. Principalement le coltan qui sert à la fabrication de la téléphonie portable. Le gouvernement congolais se réjouit de cette proposition et la soutient.

L'ONG Global Wittness appelle les industriels de la téléphonie mobile à bannir de leurs produits les minerais en provenance des régions en conflit dans l'Est de la RDC. L'ONG vise en particulier le coltan. Cette recommandation a été faite au premier jour du Congrès mondial de la téléphonie mobile à Barcelone, en Espagne. Les représentants de Global Witness ont fait observer qu'il existe un lien causal direct entre ce commerce des minerais et les atrocités perpétrées contre les civils congolais.

« On aurait dû, depuis très longtemps, essayer de contrôler les mines aux mains de différentes sortes de milices ou armées à l'Est du Congo et l'achat des armes et la continuation de la violence dans cette partie du Congo », a souligné Herbert Weiss, du Centre Woodrow Wilson, à Washington, l'un des plus grands spécialistes de la RDC. Le professeur Weiss relève qu'il est pratiquement impossible à une compagnie de connaître l'origine d'un minerais qu'elle achète à travers à cinq intermédiaires.

« Un boycottage généralisé va enlever le salaire, la nourriture de la bouche de beaucoup de Congolais dans l'Est du Congo », a averti M. Weiss, qui est beaucoup plus en faveur de la règlementation du commerce des minerais au Congo. En d'autres termes, faire la même chose comme ce fut le cas avec le « diamant du sang» avec le processus de Kimberley qui a court-circuité les pays non producteurs du diamant à vendre illicitement cette matière première sur le marché mondial. Ce qui a permis de réduire sensiblement la fraude.

En fait, dans le travail de recherche réalisée par l' «Ecole de guerre économique», intitulé la «Guerre du coltan en RDC», dans le chapitre concernant « l'affrontement des puissances américano-européennes», il ressort de cette étude que «l'Europe et les Etats-Unis sont totalement dépendants des réserves étrangères en coltan. Si aujourd'hui l'Australie et le Brésil en exportent en quantité, l'enjeu géostratégique des puissances, qui raisonnent en termes des réserves, est en RDC. De fait, le coltan de la région du Kivu représente 60 à 80% des réserves mondiales de tantale (métal extrait du coltan)». Vous avez compris l'enjeu économique de la guerre du Kivu.

Le soutien de Kinshasa

Réagissant à cette sage recommandation de Global Witness, le gouvernement congolais, par l'entremise du ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende, «se réjouit de cet appel au boycott des minerais du sang en provenance de la RDC». «Le gouvernement de la RDC apprécie à sa juste valeur votre perception des causes de l'instabilité dans la partie orientale et dans l'ensemble de la région des Grands Lacs africains, lorsqu'il est affirmé l'existence d'un lien causal direct entre ce commerce des minerais en provenance de l'Est de la RDC et les atrocités perpétrées à l'encontre des civils», souligne la lettre du porte-parole du gouvernement.

Et d'enchaîner: «Le gouvernement fait sienne la solution du boycott préconisée pour autant qu'il poursuit l'instauration des mesures de traçabilité de toutes les ressources naturelles de la République démocratique du Congo dont la commercialisation illégale permet de financer les seigneurs de guerre et groupes armés criminels au lieu de contribuer au développement du peuple congolais qui en est le titulaire légitime».

Ceci dit, Global Witness s'inscrit dans la vision du président américain, Barack Obama qui a dénoncé cette pratique honteuse et criminelle et souhaité vivement que les revenus des richesses naturelles des pays africains profitent avant tout à leurs peuples. Le boycott des minerais du sang constitue l'une des initiatives louables pour mettre fin aux conflits armés dans la région des Grands Lacs. Mais également aux souffrances des populations de cette partie de l'Afrique.

A ce sujet, John Perkins, dans son livre «L'Histoire secrète de l'empire américain. Assassins financiers, chacals et la vérité sur la corruption à l' échelle globale», avait tiré la sonnette d'alarme: «A la source de la souffrance africaine se trouve l' Occident, surtout les Etats-Unis, qui veulent posséder les diamants, le pétrole, le gaz naturel et d'autres ressources précieuses: L' Occident et plus spécialement les Etats-Unis ont instauré une politique d'oppression, de déstabilisation et sont intervenus non par principes moraux, mais par une volonté impitoyable de s'enrichir grâce à la richesse fabuleuse de l'Afrique.

Les pays occidentaux ont suscité des rébellions contre des gouvernements africains stables et ils ont même participé activement à l'assassinat des chefs d'Etat africains légitimement élus et sont remplacés par des dirigeants corrompus et qui se laissent manipuler». Révélation saisissante.

Mais puisque l'Amérique d'Obama ne veut plus de «guerres idiotes et que des gouvernements étrangers qui déstabilisent la RDC doivent être tenus pour responsables», on peut croire que cette recommandation de Global Witness rencontrera un écho favorable.