L'offensive conjointe des armées congolaise et rwandaise se poursuit au Nord-Kivu contre la rébellion hutu des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (Fdlr). Des sources de presse locales indiquent qu'un commandant rebelle a été tué jeudi dans des combats survenus à proximité de Kibua, en territoire du Masisi. De leur côté, les Fdlr ont diffusé vendredi un communiqué où elles dénoncent une opération de "chasse à l'homme" mise en œuvre contre les civils par les militaires de la coalition, évoquant "un plan d'extermination des populations de la région du Kivu - "les populations rwandaises réfugiées au Congo ainsi que les populations congolaises du Nord-Kivu", précise le communiqué - et de faire endosser la responsabilité aux Fdlr". Les combattants rebelles sollicitent donc l'intervention de l'Union africaine (UA), de la communauté internationale et de l'Union européenne (UE) "afin d'assurer la protection de ces populations menacées". En revanche, rares sont les informations relatives aux impacts de l'opération militaire conjointe sur les habitants locaux. La presse locale fait état du meurtre lundi de 36 civils par des hommes des Fdlr dans plusieurs villages situés entre le Masisi et Walikale. "Nous ne pouvons rien confirmer mais nous avons détaché une mission sur le terrain pour vérifier les faits", précise à la MISNA le colonel Jean-Paul Dietrich, porte-parole militaire de la mission de l'Onu au Congo (Monuc), avant d'ajouter avoir reçu des informations concernant un massacre de civils commis par les Fdlr : "Selon plusieurs témoins, les rebelles auraient tiré sur des personnes qui organisaient une manifestation - signale le colonel Dietrich - pour protester contre les exigences des miliciens qui auraient demandé aux habitants des villages de la zone de leur céder leurs animaux et de l'argent avant de se réfugier dans les forêts". Le porte-parole militaire confirme en outre l'intention de la Monuc de prendre part à l'offensive conjointe "dans le seul objectif d'apporter un soutien logistique aux militaires congolais et rwandais et de protéger la population civile", ainsi que l'ouverture, pour cette même raison, de nouvelles bases à Maleno, Katoi et Nyakakoma "qui seront très vite opérationnelles". Pendant ce temps, à Kinshasa, les députés du parlement font circuler une pétition sollicitant une réunion d'urgence de l'Assemblée nationale au sujet des combats et de la présence sur le territoire de quelque 6000 soldats rwandais.

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PROCÈS CONTRE UN EX-CHEF DE MILICE DE L’ITURI, LE PREMIER TÉMOIN SE RÉTRACTE

La Cour pénale internazionale (Cpi) de La Haye entend aujourd’hui son deuxième témoin dans le procès pour crimes de guerre et contre l’humanité de l’ex-chef de milice congolais Thomas Lubanga Diylo. L’audience a été interrompue après que le premier témoin ait retiré les déclarations faites quelques heures auparavant. Il s’agit d’un jeune, dont le nom et l’âge n’ont pas été précisés, qui avait raconté avoir été enlevé à la sortie de l’école par les hommes de Lubanga, puis emmené dans un camp d’entraînement et d’avoir combattu dans les rangs de l’Union des patriotes congolais (Upc), une des nombreuses milices sévissant en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Quelques heures plus tard, il s’est rétracté en disant que quelques opérateurs humanitaires l’ont poussé à raconter ces histoires. "Même si sa voix et son images étaient brouillés et cachés aux caméras, le jeune a dû déposer sous le regard menaçant de Lubanga, qui se trouvait à quelques pas de lui", rapporte la presse belge, précisant que la cour a ensuite suspendu le procès pour procéder à des consultations. Le procureur général Fatou Bensuda a annoncé l’ouverture d’une enquête sur la rétractation du jeune et s’est demandé si les témoins sont suffisamment protégés du risque d’éventuelles vengeances lorsqu’ils regagneront leur pays. Arrêté en 2005 et transféré à La Haye en 2006, le procès contre Lubanga avait été suspendu en raison de contestations entre la défense et le parquet portant sur la procédure, qui se sont réglées en novembre dernier. Thomas Lubanga, 48 ans, plaide non coupable d'enrôlement d'enfants soldats de 2002 à 2003 dans la guerre civile en Ituri et lorsqu’il est interpelé clame toujours son innocence.