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Kagame, Kabarebe, Kabila

En demandant le plus officiellement du monde au Rwanda de déployer son armée au Kivu, la RDC cède une partie de son territoire, à savoir le même Kivu, au Rwanda qui le convoitait tant. ''Invité'' pour venir pourchasser les Hutu vivants au Kivu, le régime de Paul Kagame fera toujours prévaloir que la besogne n’est pas encore terminée et ainsi ses troupes ne quitteront plus la province congolaise. Celle-ci deviendra de fait la 5è province du Rwanda.

 

Ce tournant historique devrait réjouir et faire sauter de joie tout Rwandais qui voit ainsi l’expansion de son pays se réaliser à peu de frais. En même temps les Congolais ou plutôt les autorités de Kinshasa, devraient se frotter les mains se disant s’être débarrassés d’une partie du pays qui jusque là était génératrice de tous les conflits qui les empêchent de gouverner tranquillement.

Pourtant à y regarder de plus près, les deux parties risquent de vite déchanter. Ce qui apparaît au premier coup comme une aubaine peut s’avérer être en réalité un cadeau empoisonné donné au Rwanda. De même, en croyant se débarrasser du fardeau que constitue pour lui le Kivu, Kinshasa est en train de créer un terreau de toutes les tentions ethniques qui sont de nature à s’étendre sur le reste du territoire congolais et à la longue signer la disparition du Congo en tant qu’Etat.

La domination tutsi au Kivu qui semble être réalisée avec l’annexion au Rwanda de cette province ne peut être une garantie de stabilité dans cette région. Contrairement au Rwanda, le Kivu est habité par une dizaine d’ethnies -dont d’ailleurs des Hutu congolais qu’on oublie trop souvent- dont la coexistence ne peut se comprendre en terme de domination de l’une sur les autres. Ce n’est donc pas parce que le Rwanda dominé par les Tutsi annexe le Kivu que les autres ethnies se soumettront sans broncher à la domination tutsi. Un foyer de soulèvement est don créé avec comme corollaire des massacres par des armées tutsi en guise de représailles.

On est donc loin de la pacification de l’Est de la RDC qui serait obtenue en échange de la cession du Kivu au Rwanda de Paul Kagame.

Le régime incarné par Paul Kagame n’est pas éternel. Ses successeurs hériteront d’une situation où les humiliations, les haines et la méfiance entre les Rwandais d’une part et les ethnies congolaises d’autre part auront fait tellement de dégâts qu’il faudra plusieurs générations pour rétablir la confiance et partant garantir une coexistence pacifique.

En cédant le Kivu au Rwanda et donc en le livrant à la composante minoritaire de sa population, la RDC fait un mauvais calcul. Ceci pourra en effet donner quelques idées à certains seigneurs de guerre issus des ethnies s’étendant jusque dans des pays voisins de la RDC, pour peu qu’ils bénéficient du soutien de ces pays. D’après ce scénario, c’est le démembrement assuré du Congo. Faute d’avoir été capable d’imposer son autorité au Kivu mais plutôt de l’avoir offert sur un plateau d’argent au Rwanda, les autorités de Kinshasa semblent avoir fait une croix sur le Congo unitaire.

Il nous semble que tout ce qui est en train de se passer au Kivu est le fruit d’une stratégie de conquête savamment coordonnée d’une part et de l’opportunisme légendaire d’une certaine classe politique d’autre part mais en tout cas pas du tout dans l’intérêt ni de la population rwandaise ni de Congolais. Les conséquences de ces mauvais calculs frapperont lourdement et pour longtemps les populations de la Région des Grands-Lacs.