Les premiers combats meurtriers entre la coalition des armées de Kigali et Kinshasa et les rebelles hutu rwandais ont éclaté dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), après l'annonce de la capture du chef rebelle congolais Laurent Nkunda.

La coalition, qui réunit pour une opération conjointe les Forces armées de RDC (FARDC) et l'armée rwandaise, a affirmé avoir tué neuf rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans la province du Nord-Kivu (est).

"Neuf FDLR ont été tués et un FARDC blessé dans les opérations qui ont débuté hier (vendredi) et continuent aujourd'hui (samedi) à Mitimingi, localité située au sud du territoire de Lubero", a déclaré l'état-major conjoint de l'opération dans un communiqué.

La zone des affrontements se situe dans la région de Kanyabayonga, ville qui verrouille l'accès au nord de cette province limitrophe du Rwanda.

Au moins 5.000 soldats rwandais sont entrés au Nord-Kivu depuis mardi, selon la dernière estimation samedi de la mission de l'ONU en RDC (Monuc).

Kinshasa et Kigali, ennemis réguliers dans les guerres qui ont ravagé l'est de la RDC depuis le milieu des années 1990, ont lancé ensemble mardi une opération sans précédent contre les FDLR, dont les forces sont estimées à 6.000 hommes et qui sont considérées comme une des causes de l'instabilité chronique dans la région des Grands Lacs.

Une partie des membres des FDLR, surtout parmi les plus âgés, ont participé au génocide de 1994 au Rwanda contre la minorité tutsi. Ils se sont ensuite implantés dans l'est de la RDC, et le pouvoir de Kigali, dominé par les Tutsi depuis la fin du génocide, a toujours estimé qu'ils représentaient une menace pour lui.

La première victime politique de cette nouvelle alliance a été le chef rebelle Laurent Nkunda, leader du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), qui défiait depuis 2004 le pouvoir congolais, mais qui a été lâché par son allié rwandais.

Son arrestation, jeudi au Rwanda, a été saluée par les gouvernements congolais et rwandais, ainsi que par la presse et l'opinion.

Le président rwandais Paul Kagame s'est ainsi félicité "des bons résultats" de l'opération militaire conjointe et a affirmé "n'avoir jamais été plus confiant".

A Kinshasa, la population espère que Nkunda, général déchu de l'armée congolaise, sera jugé publiquement.

Il fait l'objet d'un mandat d'arrêt délivré en 2005 par la Haute Cour militaire congolaise pour désobéissance et crimes de guerre à Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu qu'il avait prise brièvement en juin 2004.

Il est aussi accusé par nombre d'ONG d'avoir enrôlé des enfants dans ses rangs, comme d'autres groupes armés qui écument le Nord et le Sud-Kivu.

S'il était jugé à Kinshasa, Nkunda, qui il y a quelques semaines encore infligeait d'importantes défaites à l'armée congolaise, pourrait encourir la peine capitale, toujours en vigueur en RDC, quoique pas appliquée.

Encore faut-il que Nkunda soit livré par le Rwanda aux autorités congolaises. Son éventuelle extradition est tenue secrète pour l'instant, en accord avec la grande opacité qui entoure, depuis le début, l'opération militaire conjointe entre les deux armées dans l'est.

Symbole du retour du pouvoir gouvernemental dans l'est du pays, plusieurs ministres se sont rendus samedi à Rutshuru, importante ville du Nord-Kivu et ancien fief de Nkunda.

"La guerre est finie, tel est le message du président (Joseph) Kabila", a déclaré à une foule de quelques centaines d'habitants le ministre congolais de l'Agriculture, Basengezi Katitima.

"Pour la première fois depuis 2003, un convoi du gouvernement arrive ici sans escorte de l'ONU", a-t-il ajouté.

Il accompagnait le ministre de la Défense, Charles Mwando Nsimba, et leur ancien ennemi, le général Bosco Ntaganda, chef d'état-major du CNDP, rallié au gouvernement, faisait également partie du voyage.