L'opération conjointe lancée par la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda pour traquer les rebelles hutus rwandais des FDLR réfugiés au Congo suscite l'inquiétude auprès de plusieurs ONG réputées.

Lors d'un briefing conjoint vendredi à Bruxelles, l'International Crisis Group, Oxfam International et Human Rights Watch ont exprimé leurs réserves face à cette opération inédite, qualifiée par Louis Michel de "début de solution" aux problèmes de la région.

Protection des populations
La nouvelle relation de coopération entre Kinshasa et Kigali est "définitivement positive", mais les deux pays "doivent immédiatement mettre un terme à l'opération militaire conjointe", a affirmé Alain Délétroz, un responsable de l'International Crisis Group (ICG), une organisation spécialisée dans la prévention des conflits.

A l'instar des autres ONG, le Crisis Group craint que l'offensive militaire se solde par de nouvelles souffrances pour les populations civiles. Les FDLR sont constituées d'"une poignée de combattants et de beaucoup de civils qui les soutiennent", ce qui rend la stratégie militaire particulièrement délicate, a dit M. Délétroz.

Les forces armées de la RDC ont en outre par le passé commis des exactions semblables à celles perpétrées par les milices et n'ont pas assuré la protection des populations civiles, a renchéri Elise Ford (Oxfam International). Il conviendrait que les FARDC s'attellent à un rôle de protection plutôt que de conduire de nouvelles offensives, selon l'organisation humanitaire.

Fin de la guerre
Lotte Leicht (Human Rights Watch), s'est quant à elle attardée sur le rôle du CNDP, le mouvement tutsi congolais dont le nouveau dirigeant Bosco Ntaganda a annoncé récemment "la fin de la guerre" et son ralliement à l'armée congolaise.

A l'instar de Laurent Nkunda, arrêté jeudi au Rwanda, Bosco Ntaganda est inculpé devant la Cour Pénale Internationale (CPI), a rappelé Lotte Leicht, selon laquelle il doit être traduit en justice et n'est donc pas un interlocuteur politique crédible.

Au total, au moins 3.500 soldats de Kigali se trouvent actuellement dans le Nord-Kivu, frontalier du Rwanda, selon la Mission des Nations unies en RDC (Monuc). Ce chiffre est contesté par Kigali.

Inquiétude
L'entrée de troupes rwandaises a suscité inquiétude et interrogation parmi les populations locales, éprouvées par les précédentes interventions de Kigali.

"Les FDLR sont dans la brousse. Comment les soldats rwandais vont-ils différencier les civils des FDLR", s'interroge ainsi Gaspard, 40 ans, agriculteur. "C'est encore nous qui serons victimes".

Les FDLR sont considérés comme une des causes de l'instabilité chronique dans la région. Dans leurs rangs figurent des personnes qui ont participé au génocide de 1994 au Rwanda contre la minorité tutsi. 

Kinshasa souhaite l'extradition de Nkunda

Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) est satisfait de l'arrestation du chef tutsi de la rébellion congolaise Laurent Nkunda, détenu au Rwanda, et souhaite son extradition, a déclaré vendredi son porte-parole, Lambert Mende.

Interrogé sur le souhait de Kinshasa de voir Laurent Nkunda extradé pour le juger, le ministre de la Communication, et porte-parole du gouvernement a répondu: "Cela relève des autorités rwandaises, mais nous souhaitons qu'il en soit ainsi".

Pour M. Mende, l'arrestation de Nkunda s'inscrit "dans la perspective d'être présenté devant son juge naturel", la justice congolaise. C'est "la satisfaction" car "Laurent Nkunda a fait couler beaucoup de sang dans nos provinces orientales, surtout au Nord et Sud-Kivu", a déclaré M. Mende.

Perspective de paix

"Il a systématiquement sabordé tous les efforts de pacification non violente et cherché à ridiculiser le président de la République (Joseph Kabila) et toutes nos institutions", a-t-il ajouté. Selon M. Mende, l'arrestation du chef du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) est "une bonne perspective pour la paix, la sécurité et la stabilité de notre pays et une des manifestations de l'harmonisation" entre Kinshasa et Kigali.

Laurent Nkunda, en fuite devant l'offensive des armées congolaise et rwandaise qui marchaient sur son fief de l'est de la RDC, a été arrêté jeudi au Rwanda et, selon une source du CNDP, serait en résidence surveillée à Gisenyi, ville rwandaise située en face de Goma, capitale congolaise de la province du Nord Kivu.

Une offensive conjointe de soldats rwandais et congolais a commencé le 20 janvier avec comme objectif déclaré la traque des rebelles hutu rwandais, réfugiés en RDC depuis le génocide au Rwanda de 1994. Cette action a également visé les dernières positions tenues par Nkunda, en proie à une défection de la plupart de ses commandants, passés dans le camp de l'armée congolaise. (belga)