Ceux et celles d'entre nous qui ont eu l'opportunité de suivre l'émission « Mise au point » de la RTBF de ce dimanche 18 janvier 2009 savent que Leila Shahid, déléguée générale de l'Autorité palestinienne auprès de l'Union européenne a tiré une conclusion qui mérite d'être méditée par tous les pays en guerre. Parlant de la fin possible de la guerre entre Israël et la Palestine, elle a plus ou moins dit ceci: « Le problème, c'est l'Union européenne et la communauté internationale: elles sont incapables d'appliquer les résolutions prises à l'endroit d'Israël. » En tirant sa conclusion, cette dame politique a directement interpellé Louis Michel, commissaire européen à l'aide humanitaire (ex-Ministre des affaires étrangères belge) et Véronique de Keyser, députée européenne.

Une chose a retenu notre attention dans l'intervention de cette dame: sa connaissance de l'histoire de son pays et de celle du fonctionnement de la communauté (dite) internationale. Leila Shahid sait que l'occupation de la Palestine par Israël ne date pas du moment où le Hamas a commencé a tiré des roquettes sur Israël (acte qu'elle n'approuve pas). Elle est vieille de plus ou moins quarante ans.

Quand nous lisons certaines réactions de nos compatriotes à l'endroit des prises de position de Nicolas Sarkozy sur la guerre d'agression que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et les multinationales occidentales nous ont imposée à travers leurs supplétifs africains, nous nous posons la question de savoir si plusieurs d'entre nous maîtrisent le mode de fonctionnent de la communauté(dite internationale) et celui des « petites mains » du capital. Une certaine naïveté pousse certains d'entre nous à croire qu'il arrivera un jour aux amis de Bolloré et d'autres Georges Arthur Forest de dire aux Congolais: « Vous avez beaucoup souffert. Nous avons pitié de vous. Nous allons tout faire pour que l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi ainsi que leurs complices travaillant dans les institutions de votre pays aient pitié de vous et vous permettent de jouir des richesses de votre pays. » Cette naïveté mêlée à l'ignorance de l'usage que le capitalisme contemporain fait de la guerre et des désastres qu'elle provoque sont, entre les mains de plusieurs de nos compatriotes, des armes de destructions massives. La guerre étant la continuation de la politique occidentale avec des armes, il est important que nous puissions régulièrement revenir sur les enjeuxréels de la guerre que nous connaissons depuis plus d'une décennies pour inventer des solutions efficaces.

La semaine dernières, à travers les propos de Nicolas Sarkozy,lors de sa présentation des voeux aux corps diplomatiques, l'un des enjeux de la guerre abusivement qualifiée d'ethnique a été  dévoilé sans que le président français touche le fond du problème.

Nicolas Sarkozy pose à moitié le vrai problème

Quand Nicolas Sarkozy parle d'un Rwanda surpeuplé et sans ressources, il dit vrai. Quand il parle d'un Congo riche et sous-peuplé, il dit vrai. L'allusion au partage de notre espace vital avec le Rwanda n'est pas une invention de Nicolas Sarkozy. L'Accord de Lemera signé entre l'AFDL et le FPR/APR tournait autour de ceci: permettre au Rwanda de pénétrer à l'intérieur de nos terres sur une distance de 300 km. L'exploitation commune des ressources naturelles a été le leitmotiv de la guerre d'agression que le Rwanda et l'Ouganda nous ont imposée avec la complicité de nos filles et fils. Mais à la place d'une exploitation commune, ils ont créé des réseaux de prédation de façon que la vente de nos matières premières profite aux classes de « nouveaux prédateurs » au détriment de nos populations. Et ces « nouveaux prédateurs » sont, pour la plupart, des supplétifs du capitalisme du désastre.

Néanmoins, sa limiter à la question de l'exiguïté de l'espace rwandais pour justifier l'ouverture de l'espace congolais à nos voisins est un mensonge. Avant la guerre de 1996, les échanges entre nos deux pays étaient intenses. Mais, comme les U.S.A. Voulaient à tout prix disposer de la région des Grands Lacs en la débarrassant de toute influence francophone, il fallait que la Belgique et la France déguerpissent. Après Clinton et Bush, impliqués dans ce projet d'occupation avec l'aide de Blair, conseiller particulier du criminel Paul Kagame, la France tient à ne pas disparaître de cette région. Elle est prête à le faire à n'importe quel prix. En influençant sa justice interne, en sacrifiant la justice internationale et le respect des droits humains.

Donc, l'appel de pied de Nicolas Sarkozy à Paul Kagame est à situer dans le contexte de cette géopolitique. Obama ayant opté pour la multipolarité, il ne serait pas gêner de cohabiter dans la région des Grands Lacs avec les deux ex-membres de « la Troïka ». Voilà ce que Monsieur Sarkozy ne dit pas. Les richesses du Congo ne font pas baver les seuls réseaux de prédation rwandais, burundais, ougandais et congolais. Non. Tous « les cosmocrates » et « leurs petites mains » tremblent de tout leur être à l'idée de participer au dépeçage du Congo et d'avoir le gros morceau.

La crise financière créée de toute pièce par « les maîtres du monde » dans le but d'affaiblir les pays émergents et de piller les Etats affaiblis participe de ce grand plan de prédation auquel sont associés les médias dominants.

Sarkozy pouvait-il parler autrement?

Sarkozy pouvait-il parler autrement? Non. Il fait son boulot. Il est à compter parmi « les petites mains » du capitalisme du désastre. Celui-ci prospère là où les tsanami, les guerres, les maladies et les génocides sèment la mort. Au même moment qu'au Nord il permet aux hommes politiques de reprendre du poil de la bête en promettant à leurs électeurs monts et merveilles, en trouvant des marchés pour les entreprises dont le personnel est au chômage, au Sud, ce qu'il livre à la prédation, il en rend les miettes aux populations martyrisées sous forme d'aide humanitaire ou d'aide au développement. Et comme cette aide passe par ses supplétifs du Sud, ils puisent dedans pour faire bombance; construire des châteaux, épouser les femmes et boire du champagne et faire la fête.

Violés imaginairement, extravertis jusques dans la moelle épinière, les bénéficiaires de l'aide humanitaire et des miettes de l'aide au développement déifient « les petites mains » du capitalisme et croient en elles comme en des artisans indispensables de leur bonheur. (Ceci est aussi lisible dans une certaine orientation de la religion chez nous. Dieu sait tout et peut tout. Le croyant ou la croyante ne sait rien et ne peut rien. Aide-toi et le Ciel t'aidera a cédé la place à crie vers le Ciel, ne fait rien et le bonheur te sera offert sur un plateau doré.)

Au lieu de nous en apprendre aux seules « petites mains » du capitalisme du désastre, rendons-nous à l'évidence qu'il y a un travail à faire sur nous-mêmes; travail sans lequel nos cris d'indignation sur Internet resteront lettres mortes: nous devons majoritairement nous guérir de l'extraversion née du viol de l'imaginaire.

Pourquoi les propositions de sortie de la guerre dans la région des Grands Lacs devraient-elles nous faire peur? N'est-ce pas parce que nous sommes plus ou moins convaincus qu'elles risquent d'être mises en applications par ses supplétifs de Kinshasa, courant derrière leur reconnaissance par « les grandes puissances », dont la France ? Kadhafi a rejeté la proposition d'une certain Union de la Méditérannée sans renoncer à son amitié avec Nicolas Sarkozy. Se sentant comptable devant son peuple et le monde arabe, il a eu « peur » qu'ils ne lapident en acceptant un marché de dupes.

Voyons-nous Hugo Chavez ou Evo Morales ou Rafael Correa avaliser les propositions de ceux qu'ils estiment être au service d'un capitalisme ayant montré ses limites?

Oui. Sarkozy a parlé. Il n'est pas au pouvoir au Congo. Si les Congolais et « leurs amis étrangers » au pouvoir à Kinshasa mettent en application des propositions compromettantes pour nos populations et notre auto-détermination, ils devront en assumer les conséquences.

Il est bon que nous puissions crier notre indignation face à des prises de positions injustes à l'endroit de notre peuple. Il est mieux que nous puissions conjuguer ensemble cris d'indignation, réflexions approfondies sur le mode de fonctionnement du capitalisme du désastre, actions (de lobbying) concertées pour un autre Congo et résistance permanente contre les coups tordus orchestrés par les supplétifs du désordre mondial chez nous. Accepter de travailler à cette conjugaison sur le temps au prix de certains sacrifices dans des réseaux immortels pourrait permettre de mettre sur pied un Etat digne de ce nom au Congo. Vociférer à la radio et sur Internet est insuffisant.

J.-P. Mbelu