Condamné par l'ONU pour des exactions commises par ses hommes dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), le général déchu Laurent Nkunda, qui a infligé de sérieux revers à l'armée, a encore fait monter la pression en refusant de signer à Nairobi un accord de cessation des hostilités.

"Plus stratégique que politique"
"Nkunda est en pilotage automatique. Sa réponse est plus stratégique que politique", estime un expert occidental, soulignant que désormais "toutes les options sont possibles sur le terrain". Initiés par la communauté internationale, les pourparlers directs entre des délégations du gouvernement congolais et de la rébellion de Nkunda, qui avaient repris le 18 décembre à Nairobi, n'ont pas abouti samedi à la signature d'un accord conjoint de cessation des hostilités. La délégation gouvernementale a signé une déclaration censée "promouvoir le dialogue" et créer "un climat de confiance" entre les parties à Nairobi, selon les médiateurs.

Le CNDP seul contre tous?
Mais les représentants des rebelles du Congrès national pour la Défense du Peuple (CNDP, dirigé par l'ex-général tutsi Laurent Nkunda) ont refusé de signer ce document, affirmant que les forces gouvernementales occupaient des positions dont ils se sont retirés dans l'est de la RDC. Une enquête réclamée par les médiateurs a démontré que ces accusations étaient "sans fondement" mais malgré cela le CNDP a refusé de signer une déclaration conjointe de cessation des hostilités avec le gouvernement de la RDC. "De surcroît, le CNDP a refusé de s'engager de nouveau à respecter sa propre déclaration unilatérale de cessation des hostilités", selon les médiateurs.

Reprise du dialogue le 7 janvier
Lors de la reprise des combats dans l'est de la RDC, fin août, le CNDP a infligé de lourdes défaites à l'armée régulière, avançant jusqu'aux portes de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu (est). Fin octobre, la rébellion a déclaré unilatéralement un cessez-le-feu et un calme précaire règne depuis. Le dialogue entre les parties, qualifié "d'ardu" par l'ex-président nigérian Olusegun Obansanjo, médiateur dans la crise congolaise, doit reprendre le 7 janvier à Nairobi. "Soit Nkunda cherche à gagner du temps, soit il refuse de signer un accord car il prévoit des opérations militaires", estime un autre expert occidental.

Un axe Kinshasa-Kigali pour sortir du conflit?
Plus généralement, il "s'agit d'un jeu à quatre, entre le CNDP, le Rwanda, le gouvernement congolais et la communauté internationale. Il pourrait y avoir début janvier un renversement de situation sur le terrain après l'accord signé avec le Rwanda", a-t-il ajouté. Avec la reprise des combats fin août au Nord-Kivu, Kinshasa et Kigali ont renoué contact. Le 5 décembre, les deux pays ont adopté un plan militaire contre les milices hutu rwandaises des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), basées dans l'est de la RDC. Kigali qui, selon l'ONU et Kinshasa, soutient les forces de Nkunda, exige depuis des années le désarmement des FDLR, qui comptent dans leurs rangs des auteurs du génocide anti-Tutsi de 1994 au Rwanda, réfugiés de l'autre côté de la frontière.

Les FDLR, meilleurs ennemis de Nkunda?
En cas d'intervention militaire congolaises et rwandaises contre les FDLR, Nkunda, qui a "justifié" ses "opérations" en arguant qu'il défendait des Tutsi victimes des FDLR, se retrouverait ainsi privé de son alibi majeur, l'obligeant à changer de stratégie pour jouer sa survie. A Kinshasa, le refus du CNDP de signer l'accord à Nairobi était considéré lundi comme une bonne chose par l'ensemble de la presse. Ainsi le journal Le Forum des As écrit que Nkunda "affaibli et isolé, cherche à gagner du temps". "Avec la dynamique de normalisation des rapports entre Kinshasa et Kigali, la marge de manoeuvre du CNDP s'est considérablement réduite", estime le journal, selon lequel "Nkunda se retrouve esseulé sur le plan régional". (belga/th)