- Accusé par Kinshasa de soutenir les rebelles dans le Nord-Kivu, le gouvernement rwandais a une nouvelle fois maintenu qu'il s'agissait d'une affaire intérieure congolaise et décliné mercredi une proposition de rencontre au sommet entre les présidents Kagame et Kabila.

Le gouvernement de République démocratique du Congo (RDC) a dépêché mardi des émissaires à Kigali pour reprendre langue avec le pouvoir rwandais sur le climat de guerre dans l'est de la RDC, à la frontière avec le Rwanda, et organiser un sommet des deux présidents, a annoncé mercredi Kigali.

Le président Paul Kagame a adressé une fin de non-recevoir aux demandes des émissaires, conduits par le chef de la diplomatie de RDC, Alexis Tambwe Mwamba.

Ces émissaires ont fait part à M. Kagame "de la proposition de (Joseph) Kabila d'une rencontre au sommet sur les événements qui se déroulent actuellement" au Nord-Kivu, a déclaré à la radio gouvernementale, Radio Rwanda, Joseph Mutaboba, envoyé spécial du président rwandais pour la région des Grands lacs.

M. Kagame leur a répondu que "le moment n'est pas encore indiqué pour une telle rencontre", a poursuivi M. Mutaboba, expliquant que le Rwanda souhaite que soient d'abord mis en application les accords signés entre les deux pays pour stabiliser la région.

Selon Paul Kagame, la guerre entre l'armée de RDC et les rebelles du général déchu tutsi congolais Laurent Nkunda est "un problème qui concerne les Congolais", a poursuivi M. Mutaboba.

Le gouvernement congolais accuse le pouvoir rwandais de soutenir les rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, ce que Kigali dément constamment.

Face aux demandes congolaises, M. Kagame a réitéré ses propres exigences, sur le dossier d'une autre rébellion basée dans l'est de la RDC, celle des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Formées de combattants hutus rwandais, dont certains ont activement participé au génocide rwandais de 1994, les FLDR constituent une menace pour la sécurité du Rwanda aux yeux du régime de Kigali, qui a mis fin au génocide.

M. Kagame exige en vain depuis des années leur désarmement, conformément aux engagements pris par les pays des Grands lacs africains.

Jusque présent, Kinshasa s'est toujours refusé à entreprendre un désarmement forcé des FDLR. Le 20 octobre, l'armée congolaise a simplement enjoint les FDLR de retourner volontairement dans leur pays, faute de quoi elle "durcirait" ses actions.

Laurent Nkunda considère lui aussi les FDLR comme une menace, non pour la sécurité du Rwanda, mais pour celle des Tutsis congolais, dont il prétend être le défenseur.

Il justifie son action par l'incapacité de Kinshasa à neutraliser les FLDR, qui comptent environ 6.000 combattants, en accusant l'armée congolaise de collusion avec la rébellion.

"Ils sont ensemble, encore maintenant", avait-il affirmé le 20 octobre à l'AFP, ajoutant: "nous nous battons contre les FDLR. Et la communauté internationale devrait également les combattre".

L'incapacité de Kinshasa et de Kigali à coopérer pour neutraliser les rébellions du Kivu profite à tous les groupes armés de l'est de la RDC.

Ils pillent les richesses minières et agricoles, commettent des exactions contre les civils en toute impunité depuis des années, et souvent avec la complicité de hauts responsables des services de sécurité des pays voisins, comme l'ont décrit à plusieurs reprises des rapports d'experts de l'ONU.

"Les groupes armés se sont constitué des sanctuaires. Ils font la loi, ils gèrent (...) des centaines de carrières" d'extraction de minerais qui enrichissent leurs chefs, expliquait récemment à l'AFP un expert de la région.