Le XIIème soImagemmet de la Francophonie prévu en 2010 aura lieu à Antananarivo. Kinshasa doit attendre son tour en 2012. Après cinq mois de «tempête diplomatique» entre Kinshasa et Bruxelles rien ne permet d’entrevoir une voie de sortir de «crise». Joseph Kabila faussement outragé, continue à refuser de prendre la main tendue du Premier ministre belge Yves Leterme. Absent à la 63 ème Assemblée générale des Nations Unies, le «raïs» a avancé comme prétexte la situation au Nord-Kivu. Il a néanmoins trouvé le temps pour aller au Swaziland retrouver ses pairs de la SADC. La diplomatie congolaise baigne dans une totale incohérence.

Joseph Kabila a quitté Kinshasa lundi 20 octobre. Destination : Mbabane, la capitale du petit royaume du Swaziland où se tient une réunion convoquée par la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe). A l’ordre du jour, la formation du gouvernement d’union nationale au Zimbabwe. Le processus se trouve dans l’impasse suite à l’ukase du président Robert Mugabe attribuant les ministères régaliens (Affaires étrangères, Justice, Défense notamment) aux caciques de son parti la Zanu-PF. Il en est de même des services de sécurité. Au grand dam du leader de l’opposition Morgan Tsvangirai. Vice-président de la SADC, Kabila va ainsi, avec ses collègues d’Afrique australe, tenter d’éteindre le feu à Harare pendant que l’instabilité continue à prendre une ampleur préoccupante à l’Est de la RD Congo. En septembre dernier, la Présidence de la République avait prétexté que «le président suivait la situation au Kivu» pour «excuser» l’absence du «raïs» aux travaux de la 63è session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. Cette plus grande concentration des «grands de ce monde» au périmètre carré a toujours été l’occasion privilégiée pour les Etats «précarisés» de faire du lobbying à travers la «diplomatie informelle». La RD Congo était absente. Signalons que l’Assemblée générale a élu, vendredi 17 octobre, quatre nouveaux membres non permanents du Conseil de sécurité, pour un mandat de deux ans. Il s’agit de l’Autriche, le Japon, le Mexique, l’Ouganda et la Turquie. Tiens ! Tiens ! Le pays de Yoweri Museveni est suspecté de tirer les ficelles des milices qui entretiennent l’insécurité dans l’Ituri.

Belgique-RD Congo

Des commentateurs de la presse belge… francophone escomptaient une rencontre Kabila-Leterme à New York afin d’aplanir le conflit ubuesque qui oppose les deux pays depuis cinq mois. «Joseph» n’a pas fait le voyage. Le «Premier» belge, non plus. Celui-ci avait de bonnes raisons de politique interne. Sans oublier la crise financière internationale. Une partie remise. Pour les observateurs, les deux responsables politiques avaient une autre opportunité à travers le XIIè sommet de la Francophonie qui s’est tenu du 17 au 19 octobre à Québec, au Canada. Le «raïs» n’a pas daigné faire le déplacement. Et pourtant, la RD Congo s’était portée candidate pour abriter la XIIIè édition de cette rencontre des Etats partageant l’usage de la langue française. A Québec, le Premier ministre belge a rencontré le ministre congolais des Affaires étrangères, Antipas Mbusa Nyamuisi. Un Mbusa qui n’a aucun pouvoir de décision et surtout d’orientation sur la diplomatie de son pays. N’empêche. Leterme a fait part à son interlocuteur de la volonté de la Belgique d’en finir avec «six mois de flottement» dans les rapports entre les deux pays. Il a réitéré sa détermination de «renouer le dialogue» en vue d’entretenir à nouveau des «relations spécifiques et privilégiées». Le maréchal Mobutu Sese Seko devrait se retourner dans sa tombe, lui, qui a tenté, sept années durant, sans succès, de normaliser les relations avec le royaume de Belgique. De 1990 à 1997, les changements à la tête du gouvernement de transition était essentiellement édicté par la volonté non avouée de trouver «l’oiseau rare» capable de «ramener» la coopération belge.

«Requalification»

Kabila, lui, a chargé une commission dirigée par le ministre Olivier Kamitatu Etsu du Plan de «requalifier» l’aide belge de 2001 à 2007. Les résultats ont été accueillis froidement à Bruxelles. En effet, au cours d’un point de presse tenu en septembre dernier par «Olivier» - qui passait, à tort ou à raison, pour le «chouchou» d’une certaine classe politique belge – a littéralement éventré le boa non sans un certain zèle. Selon lui, sur une enveloppe de plus ou moins 200 millions d’euros, la Belgique affecte 70% de l’enveloppe à la gestion de la dette extérieure congolaise notamment auprès des institutions internationales, «sans passer par le gouvernement congolais» ; les 30% restants ont été affectés aux projets de développement et à l’aide humanitaire. Autrement dit, l’assistance claironnée par l’ex-métropole relève de la mystification. Faute d’impact réel sur le terrain. La démarche du ministre congolais a été bien appréciée dans les milieux des «patriotes-nationalistes». Certains y ont vu un remake de la «mission de clarification» effectuée en 1988 par une délégation de haut niveau du défunt parti-Etat. Entre les deux pays, c’est désormais l’impasse. On ne s’empêchera pas néanmoins de s’interroger sur la motivation de la crise actuelle, côté congolais. Il est en effet difficile de croire que les seuls propos de De Gucht aient pu provoquer l’ire de Kabila.

Blanchiment et chantage

Un petit rappel chronologique des faits montre bien qu’entre Kin et Bruxelles, il y a du «chantage» dans l’air. Un chantage qui n’a pas encore été décrypté côté belge. Lors d’un voyage au mois d’avril au Congo, le chef de la diplomatie belge a vitupéré la «corruption et les privilèges». Cadre choisi : résidence officielle de l’ambassadeur de Belgique à Kinshasa. C’est le tollé général. Invité dimanche 18 mai à la télévision commerciale RTL Tvi, «Karel» ne s’est pas dédit. Bien au contraire. Il a dit haut et fort que l’aide accordée au Congo-Kinshasa conférait à son pays le «droit moral» d’exprimer son opinion sur la situation dans l’ex-colonie belge. Cinq jours auparavant soit le 13 mai, le juge d’instruction belge, près le parquet de Bruxelles, Michel Claise, inculpait la Banque Centrale du Congo dans une affaire de «blanchiment d’argent» portant sur plusieurs dizaines de millions de dollars dont les ramifications aboutiraient à la Présidence de la RD Congo. Cette information n’a été connue que le 20 mai. Dans son édition datée mardi 20 mai 2008, le quotidien bruxellois «La Libre Belgique» rapporte, sous la plume de son investigateur-maison Roland Planchard, que la Banque centrale du Congo «aurait été inculpée» à Bruxelles «en tant que personne morale dans un dossier financier». Dès le lendemain de la publication de ce «papier», une certaine agitation était perceptible tant au Palais de la nation qu’à la Banque centrale du Congo.

La guerre des consulats

Proche parmi les proches de Kabila, le gouverneur de la Banque centrale du Congo Jean-Claude Masangu s’est fendu à l’époque de plusieurs déclarations dans certains journaux kinois. «La Banque centrale ne blanchit pas, elle régule et donne des instructions. La Banque centrale travaille en collaboration avec les banques commerciales, avec la justice et la police, pour faire en sorte que notre système financier sortie plus propre possible», déclarait-il. Et de dénoncer une «violation du secret de l’instruction» qui porte atteinte à la «réputation» de la Banque Centrale du Congo. Vendredi 23 mai, soit une semaine après la sortie médiatique de De Gucht, le gouvernement congolais prend une rafale de mesures : fermeture du consulat général de la RD Congo à Anvers ; rappel en consultation de l’ambassadeur à Bruxelles. Dans une note officielle adressée aux autorités belges, Kinshasa invite celles-ci à fermer les représentations consulaires du royaume à Lubumbashi et Bukavu. Depuis le 27 mai, le Premier ministre Yves Leterme a tenté sans succès d’entrer en contact téléphonique avec Joseph Kabila. Tous les appels ont été déviés vers le Premier ministre d’alors, Antoine Gizenga. Un jeu de cache-cache qui a fini par fatiguer l’ancien homme fort du CD&V. Dans l’entrefaites, la Belgique a fermé ses consulats le mardi 3 juin. Depuis cinq mois donc, Kabila semble user des subterfuges pour éviter toute amorce de dialogue. Qu’en est le but quand on sait que la diplomatie est l’art par excellence de résoudre les différends. Par la négociation.

B.A.W