C’est un coup dur porté au moral des Congolais lorsqu’ils ont appris mercredi sur les antennes de RFI que des défections ont été enregistrées parmi les autorités du Nord-Kivu en faveur du camp du général dissident Laurent Nkunda. Vérification faite, Le Phare est en mesure de confirmer l’information en livrant quelques noms des officiels congolais concernés par ce mouvement de défection. Selon des sources locales bien informées, il s’agit premièrement du conseiller technique du gouverneur Julien Paluku Kahongye, du nom de Désiré Rukomerwa. La particularité en ce qui concerne cette défection c’est que l’intéressé rentre en fait dans son milieu naturel.

Peu après la conférence de Goma, et dans l’euphorie d’une réconciliation encore et toujours hypothétique, le CNDP avait proposé au gouverneur du Nord-Kivu, qui avait accepté, l’un de ses éléments en la personne de Désiré Rukomerwa, pour occuper le poste de conseiller chargé de rapatriement avant de passer plus tard conseiller technique. Avec le coup qu’il vient de porter ainsi au cabinet du gouverneur Paluku et au moral des Congolais, il est permis de se demander il le désormais célèbre conseiller technique n’était pas une sorte de cheval de Troie positionné pour espionner et rendre compte des faits et gestes aussi bien des autorités que de l’Armée nationale. Somme toute, on aimerait bien que cette affaire soit tirée au clair, afin de permettre à chacun d’entre nous de faire la part des choses entre la naïveté et la complicité. Deuxième transfuge ayant quitté les institutions du Nord-Kivu en faveur du CNDP de Laurent-Nkunda, le député provincial Mashagiro, renseignent les mêmes sources locales. Difficile, ici aussi, de se faire une idée exacte des motivations de cet élu du peuple qui a choisi de renier son mandat en faveur d’un avenir somme toute incertain. Quels sont les arguments qui lui ont été opposés ? Quelles sont ses véritables convictions face à la crise ? Quels cadeaux et quelles promesses lui ont été faits pour qu’un représentant du peuple puisse ainsi tourner le dos à ses électeurs en choisissant le camp de ceux qui sèment mort et désolation ? A vrai dire, il n’y a pas que ces deux cas. Des sources parlementaires à Kinshasa évoquaient mercredi, au cours de la plénière de l’Assemblée nationale, beaucoup de défections jusque-là inexpliquées en faveur du CNDP. Pour les observateurs, ceci n’a cependant rien de surprenant, étant donné que les populations passent facilement d’un côté à l’autre au gré des besoins de survie, pour chercher du travail ou consolider les relations d’affaires. Il n’est ainsi pas rare de voir des compatriotes copiner avec les groupes armés pour bénéficier des produits du pillage, du vol, de l’exploitation illégale des ressources du sol et du sous-sol. Une véritable économie parallèle qui attire de nombreuses convoitises. Ce n’est pas tout. Une autre mauvaise nouvelle qui nous est parvenue toujours hier est celle du retrait des Fardc de la localité de Tongo qu’elles avaient pourtant conquise de haute lutte mardi, confirmant les espoirs de la population pour une reconquête rapide des territoires occupés par les groupes armés. Le paradoxe, selon des correspondants de presse, réside dans le fait que c’est le gouverneur de province qui aurait annoncé le retrait. Mais personne ne peut croire que pour une question militaire de cette importance, ce soit l’autorité provinciale qui ait pris la décision ! Des sources non officielles faisaient état hier dans la capitale d’un geste de bonne volonté destiné à favoriser la paix et la réconciliation dans le cadre du programme Amani. La question reste cependant de savoir pourquoi ce genre de retraits ne sont décidés que quand les Fardc ont le vent en poupe. Pour le reste, nous avons appris que la Monuc devrait s’interposer à Tongo entre le Cndp et les Fardc sur un couloir de quatre kilomètres.

Les FARDC sommées d’arrêter leur offensive
(F.M)

Il ne se passe plus une journée sans que l’on annonce des affrontements armés et sanglants dans l’une ou l’autre localité de la province du Nord Kivu. Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est au moment où les FARDC venaient de mettre en déroute les hommes du CNDP à Tongo, voilà que des sommations venues aussi bien de la MONUC que de Kinshasa contraignent le gouverneur de cette province d’ordonner aux forces régulières d’arrêter leur offensive et de se retirer de cette localité qu’elles venaient de reconquérir en mettant en déroute le CNDP dont les éléments se sont réfugiés sur des hauteurs à 6 Kms. C’est en ce moment-là que des combats à l’arme lourde ont éclaté hier mercredi à Ntamugenga, une localité située à vingt Kms de Rutshuru centre et de Kiwanja.

Cette information a été confirmée aussi bien par le colonel Kahimbi, commandant des opérations des FARDC sur l’axe Rutshuru que par le M. Bertrand Bisimwa, porte-parole du CNDP. Du côté des forces régulières, ce sont les éléments du CNDP qui les ont attaquées par surprise, tandis que pour les rebelles et comme d’habitude, leur porte-parole a indiqué que ce sont des éléments des FDLR qui ont investi cette localité après que les FARDC aient fait semblant de se retirer sur demande de la MONUC. Une façon de reconnaître que ce sont eux qui ont relancé les hostilités. Ainsi donc, les deux forces en présence s’accusent mutuellement d’avoir relancé les combats et malheureusement, encore une fois, la MONUC n’est toujours pas en mesure de confirmer si ces affrontements vont cesser définitivement. Tout ce que l’on sait, c’est que les deux protagonistes utilisent des armes lourdes et de longue portée. Les combats de Tongo ont provoqué le déplacement forcé des quelques 500 familles que la MONUC a regroupées autour de sa base mobile. Comme bilan, l’on dénombre 3 tués dans les rangs des forces régulières et 13 chez les rebelles du général dissident. Sans oublier des destructions méchantes causées par des extrémistes de part et d’autres qui ne ratent jamais une telle occasion. Il apparaît de plus en plus évident que le plan de désengagement est en marche car ce retrait unilatéral des FARDC qui semblent avoir le vent en poupe sur le terrain des opérations militaires constitue une indication sérieuse selon les déclarations du colonel Delphin Kahimbi. Celui-ci a ainsi précisé que dans le cadre de la consolidation du cessez-le-feu, la MONUC s’est engagée de réoccuper les positions précédemment occupées par les FARDC en vue de sécuriser les populations civiles non armées en détresse. Entre temps, aucun détail n’a été donné concernant la situation sur le front de Nyanzale situé à 50 Kms de Rutshuru. Toujours est-il que la guerre est maintenant totale dans les deux territoires de Masisi et Rutshuru et si l’on n’y prend pas garde, elle risque d’atteindre le Sud Kivu à partir de la localité de Minova ou des hauteurs de Gungu qui surplombent le territoire de Kalehe qui conduit vers l’aéroport de Kavumu situé à 35 Kms de Bukavu. On rappelle que c’est cet itinéraire qu’avaient suivi les troupes du même général dissident en juin 2004 pour envahir le chef-lieu de la province du Sud Kivu qui sera pillé de fond en comble pendant une semaine avant que des pressions de la communauté internationale et de l’ensemble des forces vives du pays ne contraignent le duo Nkunda-Mutebusi de reprendre le chemin des maquis pour le premier et du Rwanda pour le second.