Enseignants du primaire au supérieur, en passant par le secondaire, réclament tous l’amélioration de leurs rémunérations. Il en est de même des médecins et paramédicaux, sans oublier les épouses des agents de l’ordre, police et armée, qui veulent voir également les soldes de leurs maris connaître une amélioration. Et pour couronner le tout, les fonctionnaires de l’Etat, à partir de la place Golgotha, ont également décidé de la grève, appelant le gouvernement à respecter l’accord de Mbudi, qui octroyait, pour l’étape finale, 208 Usd au huissier et 2080 au secrétaire général de la Fonction publique. Qu’en est-il donc de la rémunération dans le secteur public ? Le Parlement qui va bientôt voter le budget 2009 peut-il redistribuer autrement l’enveloppe salariale de manière à répondre quelque peu à ces revendications qui sont, dans leur ensemble, fondées ?

Dans leur dernier message, les évêques congolais de l’église catholique dénonçaient les écarts inadmissibles qui existent au sein de l’Etat, entre les détenteurs du pouvoir et les autres agents de l’Etat.

Pour ne citer qu’un exemple devenu de notoriété publique et que citent la plupart des porte-parole des grévistes, c’est celui des émoluments des parlementaires, passés en une année de 1.500 Usd à 6.000 Usd, pendant que celui de l’agent de l’EPSP restait fixe, soit à une moyenne mensuelle d’environ 80 Usd. Converti au taux de change arrêté dans le budget 2008, soit 500 Fc/Usd, cela fait trois millions de Fc pour l’honorable député et sénateur contre 40.000 Fc pour l’agent de l’EPSP.

L’injustice au quotidien

Du point de vue, tension salariale, cela va de 1 à 75. Nos honorables touchent chacun 75 fois ce que gagne un agent de l’EPSP. Ce dernier, qui n’a pas bénéficié d’une augmentation de salaires en 2008, assistera à la dégradation de son pouvoir d’achat de 28% en relation avec une inflation de l’ordre de 35% projetée d’ici fin 2008. Ce qui ne sera pas le cas pour nos « honorables », dont les émoluments auront été multipliés par quatre à la même période.

Sans se focaliser sur les seuls parlementaires, la vraie question concerne les inégalités salariales entre la classe politique et les autres agents de l’Etat ; si on inclut dans le premier groupe, le personnel de la présidence de la République, de la primature, du Parlement (les deux chambres réunies) et du gouvernement (ministres et cabinets).

Selon les données disponibles, l’ensemble du personnel dans ces institutions s’élèveraient à 7.505 unités contre 735.000 dans l’administration et 274.000 militaires et policiers. Tout calcul fait, il se passe que les 7.505 unités des institutions autres que l’administration publique ont bénéficié d’une enveloppe salariale de l’ordre de 64 millions de Fc dans le budget 2008 contre 415 milliards de Fc pour près d’un million d’unités d’agents de la Fonction publique.

Autant dire que, dans les institutions politiques, chaque congolaise et congolais, qui y œuvre dispose d’une rémunération annuelle de l’ordre de 8,530 millions de Fc alors que ses compatriotes travaillant pour le même Etat, ne peuvent disposer que de 411.000 Fc par personne et par an, selon les données figurant dans le budget de rémunération pour l’exercice 2008. L’écart est donc de 1 à 21. Celles et ceux qui oeuvrent dans les institutions politiques gagnent 21 fois plus, que ce gagne l’agent dans le reste de l’administration publique, si ce salaire lui est versé régulièrement. Ce qui n’est malheureusement pas le cas souvent.

Parmi ces mêmes institutions politiques, les écarts sont souvent criants, car la rémunération moyenne mensuelle qui s’élève à environ 2.100 Usd par mois et par personne, se chiffre à environ 1.200 Usd à l’Assemblée nationale ; 1.130 Usd au Sénat ; 820 Usd au gouvernement ; 790 Usd à la présidence de la République, selon toujours les données du budget de rémunération de l’exercice 2008.

La démocratie à deux vitesses dénoncée par les évêques catholiques n’est donc pas fiction. Les rémunérations dans les institutions politiques par rapport aux salaires du reste des agents publics le démontrent. Et parmi ces derniers, les diplomates, pour autant qu’ils peuvent être payés tirent leur épingle du jeu, environ 1.300 Usd par mois, suivi du Corps judiciaire avec une rémunération mensuelle d’environ 1.100 Usd. Les agents de l’ordre se trouvent alors à la queue de ce peloton, avec une moyenne mensuelle de 53 Usd.

Corriger des écarts

Ces écarts sont la preuve d’une grave injustice sociale au niveau interne. Qu’on ne nous dise pas qu’ils sont la résultante des directives imposées par les institutions de Bretton Woods, particulièrement le FMI, dont une délégation vient de boucler ce mardi une mission d’évaluation en RDC.

Une chose est vraie est que, toute son assistance technique à la RDC, le FMI ne s’est nullement opposé à une juste redistribution du revenu national. Ses analyses s’intéressent plutôt à l’enveloppe globale, consacrée aux salaires qui, selon ses experts, ne doit pas dépasser un certain seuil. Nullement, il n a été question à ce niveau d’un quelconque gel des salaires dans la fourchette préalablement définie. Le grand problème réside donc dans la nette volonté du gouvernement à mieux partager ce qui existe, en évitant que de gros écarts se créent à l’intérieur d’une même masse salariale.

Si l’on part de l’enveloppe arrêtée dans le budget 2008, soit 450 milliards de Fc, en la majorant de 35%, en pourcentage du taux d’inflation projeté pour cette année, on arrive à une enveloppe qui sauvegarde le pouvoir d’achat de l’ensemble du personnel de l’Etat.

Mais, le problème, c’est celui de redistribuer cette enveloppe d’une manière équitable de façon à ramener l’écart actuel dans les limites fixées par l’accord de Mbudi, soit de 1 à 10. On dégagerait ainsi de l’argent à même d’améliorer sensiblement les rémunérations du reste des agents de l’Etat. Le budget 2008 signale pour l’ensemble du personnel de l’Etat environ 1,1 million d’unités. Il y a, à coup sûr, de fictifs dans tout cela. Eliminer ces fictifs qui doivent représenter pas moins de 10 à 15% de l’enveloppe officielle, source des recettes pour ceux qui entretiennent ce flou, peut aider à dégager d’autres fonds.

C’est dire que les pistes de solutions existent. Nos « honorables » qui se réclament du peule, de la représentation nationale, dont les agents de l’Etat, sont appelés à se soumettre réellement au service de ceux qu’ils sont sensés représentés au Parlement.

En tant qu’autorité budgétaire, l’occasion est donnée à l’Assemblée nationale de peser sur le partage équitable de l’enveloppe salariale de 2009. Le vice-président de l’Assemblée nationale avait annoncé les couleurs à l’ouverture de la présente session le 15 septembre 2008. Pourvu que son message soit suivi d’effets.

Par Le Potentiel (23/09/2008