Le spectacle était à la fois inédit et désolant. Dimanche 21 septembre, le ministre de la défense nationale qui séjourne à Goma depuis trois semaines s’est rendu au camp militaire de Katindu pour remonter le moral aux blessés de guerre, internés à l’hôpital militaire et pour consoler les membres de familles de quelques militaires tombés au front lors des affrontements entre les forces loyalistes et la rébellion du congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Accompagné du gouverneur du nord Kivu, Julien Paluku, le ministre de la défense qui s’est amené avec un important lot de médicament, a en plus remis 50 USD à chaque blessé de guerre et 500 USD à chacune des huit familles dont le père a péri dans cette guerre.

La nouvelle s’est très vite répandue dans le camp et les autres épouses des militaires également morts au front et exclues de cette opération de distribution, appuyées par leurs enfants, se sont précipitées vers le lieu où se trouvaient le ministre de la défense et sa délégation. Ils ont commencé à lancer des slogans hostiles au pouvoir en place, en reprochant aux autorités d’être incapables de réduire la rébellion du CNDP. Rejoints par les habitants de Goma, les manifestants en ont profité pour exprimer leur ras-le-bol en lançant des pierres contre des véhicules et des magasins et en essayant d’incendier une station-service qui appartiendrait au chef de la rébellion, bravant ainsi courageusement les grenades lacrymogènes de la police nationale et des casques bleus. Le lundi 22 septembre, la situation était encore tendue à Goma. La population est loin de décolérer.


Ville morte à Isiro

Mouvement de colère également à Isiro, dans la province orientale, où environ 2000 personnes sont descendues dans la rue pour exprimer leur colère contre les exactions des rebelles ougandais de l’armée de résistance du seigneur (LRA) sur des populations civiles dans le territoire de Dungu. La marche dite de colère, organisée par les étudiants de l’Université de l’Uélé et la société civile, a drainé un grand public au point que toutes les activités étaient complètement paralysées ce lundi 22 septembre à Isiro. Que reproche-t-on aux rebelles ougandais ? En date du mercredi 17 septembre, ils ont kidnappé quatre-vingt dix enfants dans la région de Dungu, Un chef de village et deux missionnaires italiens et ils ont tué trois civils.

En outre, ‘‘Au cours d’attaques simultanées dans les villages de Kiliwa, Duru, et Nambia, la LRA a pris cinquante enfants d’une école primaire de Kiliwa et quarante autres d’une école secondaire de Duru’’, a précisé le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Des dispensaires ont été pillés et le village de Kiliwa a été entièrement détruit par le feu. ‘‘Les enfants ont sans doute été emmenés dans les bases voisines de la LRA, dans la jungle’’, a ajouté l’Unicef en exigeant leur libération inconditionnelle. Ces enfants pourraient ‘‘à présent être forcés à combattre ou à effectuer des tâches de soutien aux combats, au péril de leur vie’’, s’est inquiété Julien Harneis, représentant de l’Unicef pour l’est de la RDC. ‘‘L’enlèvement d’enfants et l’utilisation d’enfants pas des groupes armés constituent un crime de guerre et un crime contre l’humanité’’, a rappelé l’Unicef.


L’offensive des FARDC

Tels des enfants sans père, les populations congolaises ont compris qu’elles doivent désormais se lever et prendre leur propre défense. Tant la réaction et l’intervention des autorités tardent à venir et même si elles venaient, il y a de fortes chances qu’elles soient inefficaces.

Tout de même, on annonce que les troupes congolaises s’apprêteraient à lancer une offensive contre les bases des rebelles de la LRA qui se cacheraient dans la jungle du nord-est de la RDC, le long de la frontière avec le Sud-Soudan. Au Nord kivu où les FARDC ont déjà lancé l’offensive contre la rébellion de Laurent Nkunda, on signale que près de 100 000 déplacés supplémentaires ont été actuellement identifiés dans cette province. Les grandes zones de concentrations des déplacés sont notamment le Nord, à Kanyabayonga précisément, à Masisi-centre, à Kitshanga, à 80 kilomètres à l’ouest de Goma, et à Minova, à 50 kilomètres au Sud-Ouest de Goma. Et à en croire le coordonnateur des affaires humanitaires, Ocha /Nord-Kivu, la plupart des distributions de l’aide aux déplacés sont suspendues à cause de problèmes d’accès.


Le Révélateur