La liberté de la presse faisant partie de la liberté d’expression est généralement définie comme celle sans laquelle les autres libertés ne sauraient exister. L’assassinat le 16 janvier courant à Kinshasa d’Aimée Kabila, fille de feu Laurent-Désiré Kabila ka Makolo est une opportunité offerte aux analystes pour constater que le Congo à démocratiser n’est pas un jardin où poussent les fleurs de la liberté d’expression. C’est le premier enseignement à tirer de cet assassinat dénoncé le jour même par l’ONG la Voix des Sans Voix sans qu’aucun média congolais paraissant à Kinshasa où diffusant à partir de la capitale ne se donne la peine de relayer l’information. Même la radio Okapi de la MONUC a regagné les rangs !

Curieusement, en violation de la déontologie journalistique, les médias kinois n’ont pas eu froid aux yeux pour diffuser avec jactance le vendredi dernier le communiqué du chef de la maison civile de Joseph Kabila déniant à Aimée Kabila son identité, mieux sa filiation à son géniteur assassiné un certain 16 janvier 2006. Décidément, le cynisme rime avec le sadisme ! Le profil bas adopté par la presse kinoise démontre à suffisance que sa marge de liberté est assez limitée, certains étant d’ailleurs au service du plus offrant, celui qui dispose de l’imperium.

Il serait d’ailleurs absurde de jeter une pierre sur des confrères qui n’ont pas tort de préserver leur intégrité physique pour ne pas subir le sort ignoble réservé à Franck Ngyke et Bapuwa Mwamba. Même alors, tout Kinshasa médiatique sait qu’Augustin Kikukama, secrétaire général du mouvement du 17 Mai, était gendre de LD Kabila. C’est par le biais de sa fille Aimée avec qui il a eu des jumeaux.

On peut donc comprendre que le pouvoir AMP-PALU-UDEMO étant un régime policier, des confrères s’autocensurent l’assassinat d’Aimée Kabila par la garde présidentielle étant considéré non sans raison comme une information délicate. Il est loin , très loin même, le temps où le quotidien kinois La Tempête des Tropiques pouvait se permettre en avril 2002, au lendemain de la conférence de presse du fils aîné de LD Kabila à Sun City, de titrer :  « Etienne Kabila : le président de la RDC est Rwandais ! ».

Qu’aujourd’hui, l’ambassadeur Théodore Mugalu, administrateur de la maison civile de Joseph Kabila soutienne que Aimée Kabila n’a jamais été fille de LD Kabila, cela est diaboliquement ridicule pour quelqu’un qui se veut pasteur comme lui. C’est d’ailleurs le contraire qui aurait étonné car, considéré comme un intrus par la famille biologique de LD Kabila, Joseph Kabila et ses lèches bottes ont décidé depuis longtemps d’ôter à tous les Kabila qui ne sont pas sous sa coupe de leur filiation. C’est une vieille stratégie adoptée au lendemain de la mémorable conférence de presse tenue à Sun City, en marge du Dialogue intercongolais par Etienne Taratibu Kabila, fils aîné de LD Kabila, pour signifier aux Congolais que celui qu’on appelle Joseph Kabila a des parents rwandais et qu’il a été adopté par Laurent-Désiré Kabila à la mort de son père. La réponse du berger à la bergère ne s’était pas fait attendre. Des tracts avaient été distribués le lendemain sur le site du Dialogue intercongolais pour présenter Etienne Kabila comme n’étant pas lui-même fils de Laurent-Désiré Kabila.

Joseph Kabila ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Il va convoquer Freddy Mulongo, ambassadeur itinérant, et lui intimer l’ordre de déclarer qu’il ne connaît pas Etienne Kabila. Le successeur désigné de Laurent Kabila enverra alors un groupe de journalistes interviewer à ce sujet M. Mulongo qui commettra un crime de lèse-majesté en leur disant que Joseph et Etienne Kabila sont tous les enfants de Laurent-Désiré Kabila et qu’ils doivent s’entendre. Depuis ce jour là, Freddy Mulongo s’est retrouvé sur le pavé.

Il n’est pas inutile de rappeler que malgré cette gestion « kabilistique » de la filiation à Mzée Kabila, des émissaires ont été dépêchés en Afrique du Sud auprès d’Etienne Kabila pour lui convaincre de revenir à la « raison » et de reconnaître, d’importants moyens financiers, le successeur de LD Kabila comme son frère. Sans succès !

Néanmoins, des analystes sont d’avis que l’assassinat d’Aimée Kabila, et c’est le deuxième enseignement, permet de lever un coin de voile sur l’identité des géniteurs de Joseph Kabila. En effet, pour la première fois, des laboratoires de désinformation au service du régime policier de Kinshasa ont mis sur le web un tract dans lequel il est souligné que parmi les enfants de Laurent-Désiré Kabila et Sifa Mahanya, il y a un fils adoptif du nom de Selemani Kanambe dont le père, Adrien Kanambe fut ami à LD Kabila. Il ne s’agirait donc pas de Joseph Kabila, jumeau avec sa sœur Jaynet, et premiers enfants nés en 1971 du couple Kabila-Sifa.

Parce que le ridicule ne tue pas, on veut faire croire à l’opinion que l’autre preuve de la filiation de Kabila Kabange à LD Kabila est que lui et son frère Zoé se ressemblent comme deux gouttes d’eaux. Etienne Kabila explique pour sa part cette ressemblance par le fait que Joseph et Zoé sont les fils de feu Christopher Kanambe et de Mme Katerebe qui vit à Kampala où Zoé se rend très souvent en homme d’affaires. Et puis pourquoi évoque-t-on seulement le cas de Selemani Kanambe alors qu’il y a aussi Saïdi, un autre fils adoptif qui lui jouit de toutes les faveurs ?

On aurait bien voulu voir les auteurs de ce tract, (les prétendus douze compagnons et amis de Mzée LD Kabila qui ne peuvent pas cracher dans la main qui les nourrit) expliquer à l’opinion pourquoi ils tiennent absolument à faire des enfants Sifa Mahanya avec LD Kabila les premiers enfants de l’ancien chef de l’Etat assassiné. La famille de Patrice-Emery Lummba pourrait leur servir de modèle de respect de la vérité et de la tradition. Quand bien même on sait que la dernière lettre de Lumumba a été adressée à sa femme Pauline encore vivante, cette dernière n’a jamais soutenu que seuls ses enfants avec Lumumba sont les seuls enfants du Héros national. Or, il n’est secret pour personne qu’elle n’est pas la mère de François Lumumba, président du MNC, et fils aîné du premier Premier ministre du Congo indépendant ! Peut-être parce qu’aucun fils Lumumba n’a succédé à son père !

En dernière minute, Etienne Kabila a confié ce vendredi 18 janvier à Congoone que certains membres de sa famille à Kinshasa qui se sont rangés dans le camps de Joseph Kabila pour des raisons évidentes sont tétanisés et sommés de ne pas se rendre au deuil et aux funérailles d’Aimée Kabila au risque de perdre quelques miettes qui tombent de temps à autre du prince régnant.

Il y a lieu d’avouer qu’une telle haine, même à l’égard d’une femme assassinée, n’est pas dans la culture congolaise. Suivez mon regard !

CongoOne, Mise en ligne le 19-01-08