La garde présidentielle de Kabila accusée de s’être livré à des exécutions sommaires


Une patrouille de la garde prétorienne du "raïs" congolais. Photo d’archives

 
   
                 

Des éléments de la garde présidentielle de Joseph Kabila ont exécuté, hors combats, des soldats de Jean-Pierre Bemba ainsi que des membres de leur famille. Des vendeurs ambulants, hommes et femmes, n’ont pas été épargnés. Ces atrocités ont eu lieu notamment dans les communes de Limete et de Barumbu ainsi que dans certains camps militaires. Les hommes de Bemba, eux, sont accusés d’avoir tué un soldat de la Force navale ainsi qu’un commandant de la police nationale.    

Dans ses journaux parlés, mercredi 21 novembre, la Radio France internationale (RFI) a été la première à donner quelques détails sur le contenu du rapport rédigé par les enquêteurs de la Mission de l’ONU au Congo sur les affrontements sanglants des 21 et 22 mars derniers entre la garde présidentielle de Joseph Kabila et des soldats chargés de la sécurité rapprochée de l’ancien vice-président de la République Jean-Pierre Bemba Gombo. Le rapport, intitulé « Enquête spéciale à travers Kinshasa sur les événements de mars 2007 et leurs conséquences», retrace heure par heure le film de cette affaire. Selon RFI, les conclusions des investigateurs onusiens ont été mises par écrit depuis le mois de mai et transmises au secrétariat général de l’ONU à New York. Pourquoi les Nations Unies tardent-elles à publier le contenu de ce rapport estampillé « strictly confidential » ? RFI croit trouver la réponse dans les accusations gravissimes qui y sont articulées à l’encontre des forces de sécurité congolaises et particulièrement des membres de la garde présidentielle de Joseph Kabila. Il y est fait état d’exécutions sommaires commis par les ex-GSSP, rebaptisés « Garde Républicaine». Des soldats de JP Bemba ont été froidement abattus y compris des membres de leurs familles. Des vendeurs ambulants, hommes ou femmes, ont subi le même sort. Les enquêteurs rapportent qu’au moins une centaine de cadavres ont été repêchés dans les eaux du fleuve Congo durant ces événements. Cependant, il leur a été difficile d’avoir accès à la morgue, aux hôpitaux ainsi qu’à certains camps militaires pour fournir un chiffre exact sur le nombre de blessés et des morts. Les experts onusiens n’excluent pas l’existence de fosses communes dans certains camps militaires et suspectent les autorités congolaises d’avoir instruit les différents services publics de refuser toute collaboration avec les
«fouineurs» de la MONUC. Les hommes de Bemba en prennent également pour leur grade. Il leur est imputé l’exécution d’un commandant de la police nationale ainsi que celle d’un soldat de la Force navale. Pourquoi le contenu de ce rapport de l’ONU devient un sujet tabou ? Y a-t-il une «main internationale» qui cherche à protéger certaines autorités civiles et militaires des conséquences judiciaires et politiques que pourrait générer la divulgation de ce document? « Il y a eu des morts. Beaucoup de morts », avouait Joseph Kabila dans une interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique n°2424 en soulignant la nécessité de connaître «les responsables et de les traduire en justice». Il apparaît que la réticence des Nations Unies à rendre public les résultats de l’enquête ne peut être justifiée que par la responsabilité avérée du numéro un congolais dans le processus du déclenchement de ces hostilités dans la capitale. Un communiqué des ambassadeurs de l’Union européenne donnait un bilan de 600 morts. On peut également gager que le rapport onusien est loin de confirmer la thèse soutenue par Kabila selon laquelle JP Bemba voulait «prendre le pouvoir» et «m’éliminer physiquement». Dans Jeune Afrique toujours, le leader du MLC avait repliqué en ces mots : «Qui a intérêt à tuer qui ? Moi je n’ai aucun intérêt à tuer le président Kabila. Sa mort ne profiterait en rien à JP Bemba. Alors que l’ONU est engagée dans notre processus avec plus de 15 000 hommes, quel homme politique sérieux pourrait se lancer dans un coup d’Etat?». Une affaire à suivre. Nous y reviendrons avec de plus amples détails.

 

    B.A.W        
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