KINSHASA, 14 avr 2007 (AFP) - L'armée congolaise a eu recours à un usage "disproportionné" de la force lors des violences post-électorales meurtrières qui se sont déroulées fin janvier dans la province du Bas-Congo, dans l'ouest de la République démocratique du Congo (RDC), selon Human Rights Watch (HRW).

L'organisation de défense des droits de l'homme, qui a dépêché sur place une mission du 12 février au 6 mars, a fait part jeudi de ses conclusions provisoires à la commission d'enquête parlementaire chargée de ce dossier.

Des affrontements ont opposé les 31 janvier et 1er février les forces de l'ordre et des partisans du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo (BDK), qui dénonçaient des cas de corruption lors de l'élection du gouverneur dans cette province.

Les violences ont fait 87 morts selon le ministère congolais de l'Intérieur et environ 120 morts selon le dernier bilan de la Mission des Nations unies en RDC (Monuc).

Dans son pré-rapport (le rapport définitif est attendu dans plusieurs semaines), le HRW dresse un bilan de 116 tués dont 104 par l'armée et la police et 12, dont 10 membres des forces de l'ordre, par les partisans du BDK.

"Le 1er février et durant les jours qui ont suivi, l'armée congolaise a eu recours à une force disproportionnée et inadéquate contre les manifestants", a estimé devant la commission d'enquête parlementaire la responsable de la mission de HRW Anneke Van Woudenberg.

"Des soldats ont attaqué un lieu de culte du BDK, un "zikua", à Muanda avec des armes automatiques et des engins explosifs, tuant 23 personnes y compris quatre femmes et deux enfants, dont aucun n'avait participé à la manifestation... Des soldats ont ouvert le feu avec des armes automatiques sur des manifestants du BDK alors qu'ils priaient sur l'esplanade de la commune de Kalamu à Boma, tuant 24 d'entre eux", énumère HRW.

Le BDK est également épinglé dans le rapport. HRW rappelle que la plupart des manifestations ont été pacifiques mais que dans plusieurs cas, "des manifestants du BDK, armés de matraques et de bâtons, ont participé à des actes violents et illégaux".

"Ces manifestants ont tué dix officiers de police et soldats ainsi que deux civils, ont pénétré de force et pillé des bâtiments gouvernementaux et ont érigé des barricades...", selon HRW.

Le gouvernement est également pointé du doigt par HRW: ses représentants "n'ont pas consulté la Monuc (...) qui a une capacité de maintien de la paix et d'aide à la police civile" qui "aurait pu empêcher la violence".

Le gouvernement congolais, qui a ordonné la suspension de trois policiers, avait présenté en février le BDK comme un mouvement paramilitaire ayant échafaudé un plan visant à paralyser la province pour justifier la répression.

"Human Rights Watch n'a pas trouvé de preuve convaincante permettant d'étayer ces allégations", poursuit le rapport.

Dans ses conclusions, HRW recommande à la commission d'enquête d'exiger du gouvernement que soient traduits en justice les militaires, policiers et membres du BDK responsables de ces violences, que les victimes soient indemnisées et qu'un "dialogue significatif" soit entamé avec le BDK.

Une commission d'enquête chargée de faire la lumière sur ces violences a été mise en place par l'Assemblé nationale le 24 février