Les affrontements entre l’armée, fidèle à Joseph Kabila, et la garde personnelle de l’ancien vice-président et sénateur élu Jean-Pierre Bemba ont fait entre 200 et 600 morts, estime l’ambassadeur d’Allemagne à Kinshasa. Le diplomate, dont le pays assure la présidence de l’Union européenne jusqu ‘en juillet prochain, a appelé les autorités congolaises à tout mettre en oeuvre pour assurer l’existence d’un espace démocratique, afin de garantir la libre expression de toutes les opinions politiques.

Pour ses collègues européens, cette flambée de violence, qui a pris fin dans la soirée du vendredi 23 mars, a infligé un coup sévère au délicat processus démocratique. "Des indications tout à fait claires émanant des hôpitaux et des morgues aboutissent à un chiffre compris entre 200 et 600 (morts)", a dit Karl-Albrecht Wokalek lors d’une conférence de presse à laquelle participaient d’autres ambassadeurs de pays membres de l’Union européenne. Pour son homologue britannique, Andy Sparkes, "ce n’est pas nécessairement la mort (du processus de démocratisation en RDC), mais ce processus a reçu un coup sévère". Les violences ont éclaté à la suite du refus de la garde rapprochée de Jean-Pierre Bemba d’intégrer les rangs de l’armée nationale. Elles ont dégénéré en deux jours de combats à l’arme lourde, au cours desquels l’opposant s’est réfugié à l’ambassade d’Afrique du Sud. Le gouvernement a lancé un mandat d’arrêt contre lui pour "haute trahison" et lundi 26 mars, le chef de l’Etat a juré de traquer les responsables de la flambée de violence, assurant qu’il n’y avait plus rien à négocier avec lui. Il s’agissait du plus important accès de violence à Kinshasa depuis l’élection présidentielle qui, sous la supervision des casques bleus de la Monuc et d’une petite force européenne, a vu la victoire de Joseph Kabila. Quatorze ambassadeurs ou chefs de mission européens ont exprimé « leur indignation à la suite » de ces « graves affrontements ». Les diplomates « déplorent la perte de nombreuses vies humaines, parmi lesquelles (de nombreux) civils, ainsi que le recours prématuré à la force, alors même que toutes les voies de la négociation n’étaient pas encore épuisées », indique une déclaration commune lue par Karl-Albrecht Wokalek, ambassadeur d’Allemagne. Ils ont condamné "les nombreux cas de pillage et de viols commis par les militaires des deux camps" et appelé les autorités à "désormais tout mettre en oeuvre pour assurer l’existence d’un espace démocratique, afin de garantir la libre expression de toutes les opinions politiques". L’ambassadeur Wokalek a estimé à "entre 200 et 500" le nombre de morts au cours de ces violences. Le dernier bilan établi lundi par l’ONG Caritas faisait état de 155 morts et 150 blessés graves. Les diplomates ont aussi dénoncé de "graves violations des normes internationales" et "pris acte des excuses des autorités congolaises" après le bombardement des ambassades d’Espagne et de Grèce, de bureaux de l’Unicef (Fonds des Nations unies pour l’enfance) et l’intrusion de militaires dans la résidence de l’ambassadeur d’Italie. Interrogés sur la situation du sénateur Bemba, hébergé depuis le 22 mars par l’ambassade d’Afrique du Sud et accusé par le pouvoir de "haute trahison" pour "entretien de milice", les ambassadeurs ont plaidé pour une "diplomatie discrète" et assuré être en contact avec toutes les parties. L’ambassadeur britannique Andy Sparkes a souligné que Jean-Pierre Bemba avait obtenu 42% des voix au second tour de la présidentielle d’octobre 2006. "Quoi qu’on pense des événements, ça lui donne une certaine importance sur le plan politique et la stabilité (en RDC) est aussi attachée" au sort qui sera réservé à Bemba et à l’opposition incarnée par son parti, a-t-il ajouté. Depuis Pretoria, Aziz Pahad, vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères, a déclaré que Bemba était "toujours hébergé dans une résidence appartenant à l’Afrique du Sud" et qu’il y resterait "jusqu’à ce qu’il juge opportun de partir". Le sénateur Bemba, qui a déclaré lundi qu’il était prêt à partir en exil si sa sécurité n’était pas garantie, n’avait encore fait mardi aucune demande d’asile, selon une source diplomatique à Kinshasa. En Equateur (nord-ouest), région natale de Bemba Gombo et bastion du MLC ( Mouvement pour la libération du Congo) pendant la dernière guerre en RDC (1998-2003), ses quelque 600 soldats étaient désormais "prêts à intégrer les rangs de l’armée nationale", a affirmé mardi à l’AFP le ministre congolais de la Défense. "Ils se sont comportés comme les éléments d’une armée républicaine. Ils sont restés dans leurs casernes pendant les violences à Kinshasa et sont maintenant en train d’être identifiés", a déclaré Chikez Diemu. A Kinshasa, 125 soldats de Bemba se sont rendus à l’ONU depuis vendredi 23 mars, une cinquantaine a fui à Brazzaville et près de 200 ont été arrêtés. Par ailleurs, Chikez a affirmé qu’il n’y aurait "pas de problème" avec les soldats (moins d’une centaine) affectés à la sécurité du vice-président et ex-chef rebelle Azarias Ruberwa qui étaient aussi prêts à intégrer l’armée.

Reuters/AFP/Congoindependant.com