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A l’attention de S.E. Monsieur Karel De GUCHT Ministre des Affaires Etrangères de la Belgique

Monsieur le Ministre,

Avant 2003, la Belgique s’était distinguée dans le combat pour un monde plus juste, notamment à travers le concept de "compétence universelle". Grâce à la loi dite de compétence universelle, des sinistres personnages tels que feu Pinochet du Chili ou Hisseine Habré du Tchad ont failli être rattrapés pour rendre compte de leurs exploits du passé.

Dès le second semestre de 2003, la récupération de gros poissons américain et israélien par la même loi de compétence universelle a manifestement embarrassé la Belgique. Mais était-ce suffisant pour lui faire embrasser, dans le sens carrément opposé, les moins recommandables des personnages politiques du monde peu soucieux des droits de l’homme et de démocratie ?

Dans le cas d’espèce des relations entre la République Démocratique du Congo (RDC) et la Belgique, plus question de morale ni d’éthique. La Belgique a préféré s’offrir un "champion de la paix" hors norme qu’elle aidé à prendre les fonctions de chef de l’Etat, dans un forcing indécent. Ce soutien mal justifié semble plutôt inciter son principal bénéficiaire, le nommé Joseph Kabila, à se conforter dans les anti-valeurs.

Fort de ses appuis belges, il a laissé libre cours à sa rancune personnelle en mettant aux arrêts Madame Thérèse NLANDU, candidate aux dernières élections présidentielles, et Monsieur Fernando KUTINO, évangéliste affichant des opinions peu favorables au système Kabila, sans oublier l’enlèvement massif et violent des centaines d’enfants de la rue de Kinshasa, portés disparus jusqu’à ce jour. Et ce, au mépris des principes élémentaires d’indépendance et de compétence déclarées de la justice au Congo.

Le cas des enfants de la rue est très inquiétant quand on se rappelle que le même Joseph Kabila fut commandant d’une milice composée d’enfants-soldats utilisés par la coalition rebelle qui a amené son « père » puis lui-même au pouvoir en RDC avant les prétendues élections démocratiques de 2006. Joseph Kabila est en train de reprendre sans se gêner le travail qu’il a réalisé en 1996-97, en étant assuré de la sainte protection de la Belgique alors qu’il devait rendre compte, lui aussi, comme son autre collègue Thomas Lubanga à La Haye.

Le sort des enfants enlevés semble tracé sur du marbre : la mort certaine soit aux combats pour le compte de leur chef –mercenaire Joseph Kabila, soit par exécution sommaire pour insoumission.

De l’actualité récente, il nous revient de la RDC que la « recréation » relative aux anti-valeurs, loin d’être sifflée, est au contraire relancée de plus belle : insécurité généralisée, arrestations arbitraires, intimidations, viols, empoisonnement, vols, privation injustifiée des salaires des fonctionnaires de l’Etat, … Et, le cas le plus éclatant est l’épisode de corruption généralisée qui a entaché les dernières élections sénatoriales.

«Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es ». Ce dicton cher à quelques peuples voisins des belges a bien une portée universelle incontestable. Dès lors, continuer à fréquenter Joseph Kabila est un forcing immoral pour la Belgique. De même, dérouler le tapis rouge sur le sol belge pour Joseph Kabila est un forcing qui finira tôt ou tard par un retentissement négatif sur les relations Congo – Belgique.

Tant que le nommé Joseph Kabila n’aura pas donné des signes forts de son engagement pour la démocratie et la paix, notamment par la libération inconditionnelle de Mme Thérèse NLANDU et de M. Fernando KUTINO, la justification des enlèvements violents opérés chez les enfants et leur réintégration auprès des leurs, la protection de la liberté de la presse au Congo, … , une visite officielle des autorités politiques belges au Congo ou une visite officielle des autorités politiques congolaises en Belgique mettra en péril la sécurité des biens et des personnes dans chacun des deux pays. Seule la Belgique en portera l’entière responsabilité.

Fait à Bruxelles, le 30 janvier 2007

Le Président,

Aubin KIKONKA KILU KANDA

Rue du Carme

1000 Bruxelles

Mémorandum du 30 janvier 2007